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Frets and cakes avec Itse

Frets and cakes avec Itse

Nous rencontrons Itse, née à Brimingham en Alabama qui vit à Minneapolis dans le Minnesota (USA) depuis 2017. Agée de 27 ans, elle écrit depuis 2007, fait des gâteaux très spectaculaires entre la cuisine et l’art et est aussi mannequin à ses heures perdues.  

Pourquoi avoir choisi ce nom, qu’est-ce qu’il signifie ?

Mon nom a une origine plutôt triste. C’est le nom de mon chat qui est mort dans l’incendie d’une maison où je me trouvais peu avant que je commence les graffitis.

Peux-tu nous dire comment tu as commencé à écrire ?

J’ai commencé à graffer à l’âge de 19 ans. Je viens d’une petite ville (Birmingham, AL) qui n’a pas beaucoup de graffitis. J’ai emménagé dans un appartement qui se trouvait juste à côté de la ligne principale de chemin de fer. J’ai tout de suite été accroché quand j’ai vu les graffitis sur les trains. Je n’ai jamais été spécialement douée pour le dessin. Je ne l’ai pas pratiqué avant le graffiti.

Qu’est-ce que le writing t’a apporté ? 

Je pense que le graffiti m’a donné beaucoup d’estime de soi. Il m’a donné l’opportunité de devenir quelqu’un d’autre quand j’en avais le plus besoin. 

Pourquoi vouloir devenir quelqu’un d’autre ?

J’étais très malheureuse lorsque j’étais adolescente, pleine de haine envers moi-même et envers la plupart des choses qui m’entouraient. Je dirais que je n’avais pas beaucoup de raisons de vivre à ce moment-là.

Qu’as-tu étudié à l’école ?

J’ai fait une école de cosmétologie pendant une courte période. J’ai fini par trouver un emploi dans une boulangerie et je m’y suis tenue.

Que recherches-tu lorsque tu crées des lettres ? 

Je cherche des lettres qui dansent les unes avec les autres. Mais aussi des lettres qui sont suffisamment stables pour se suffire à elles-mêmes. J’aime les angles aigus et les contours fins.

D’où viennent ces recherches pour tes lettres ?

Quelques personnes m’ont aidé au cours de mes premières années de peinture. Ils m’ont expliqué certaines bases, comme m’assurer que mes lettres étaient proportionnelles. Je devais commencer par là, puis essayer d’ajouter du style. Dans l’ensemble, j’essaie d’absorber toutes les connaissances que je peux des gens qui m’entourent. Ce qui, avec le temps, m’a aidé à développer mon style actuel.

Tu peins des trains, des murs, que préfères-tu ? 

Je préférerai toujours peindre des trains plutôt que des murs. J’adore les trains, c’est comme ça que j’ai découvert le graffiti… Donc ils auront toujours une place spéciale dans mon cœur. Peindre des trains c’est simplement plus excitant et plus aventureux que de peindre un mur.

Quel rapport avez-vous avec la photo ? Tu es un peintre, mais tu dois prendre des photos de tes œuvres pour en garder la trace.

J’ai essayé de m’améliorer pour prendre de bonnes photos. Une grande partie de mes peintures sont faites la nuit. Les photos ne sont donc pas très bonnes. Je compte beaucoup sur les autres personnes qui observent les trains pour prendre des photos de mon travail. Il y a beaucoup de panneaux de trains que je n’ai jamais vus en photo. 

Tu réalises aussi des gâteaux, des photos, ta vie semble bien remplie ?

Je travaille comme chef pâtissier/décorateur de gâteaux. Je suis très occupée par mon travail… Mais le graffiti passe toujours en premier pour moi. J’ai fais des sculptures pour une galerie à Miami, FL pour Art Basel.  Je travaille également sur un projet photographique intitulé « Cake&Destroy » qui consiste en une série de modèles brisant des gâteaux que j’ai fait.

Question classique : comment est-ce d’être une fille dans un environnement masculin ?

Quand j’ai commencé à faire des graffitis, être une femme me semblait un frein. Non seulement j’étais un toy, mais j’étais aussi une femme, donc personne ne me prenait jamais vraiment au sérieux. Je me souviens de quelqu’un qui disait « les filles n’ont pas leur place dans le graffiti ». Ce qui m’a vraiment énervée à l’époque. Cela m’a mis le feu aux fesses et m’a poussée mentalement à être meilleure qu’eux et à leur prouver qu’ils avaient tort. Je dirais que j’ai appris avec le temps à être très sélective quant aux personnes avec lesquelles je peins et m’entoure dans la communauté du graffiti.

Penses-tu que peindre des trains attire plus de respect que des murs, surtout si tu es une fille ?

Je ne pense pas que l’un soit spécifiquement plus respectable que l’autre. Mais je pense que vous devez peindre illégalement pour vous considérer comme un graffeur. Que ce soit des trains ou des murs bombardés. Je pense que si vous peignez des murs légaux tout le temps, vous êtes un artiste et non un graffeur.

Nous vivons dans une société où les filles doivent être jolies et les garçons forts, prendre des photos de toi est une façon de garder ta féminité ?

Tous ceux qui me connaissent savent que je saisirais n’importe quelle opportunité pour m’habiller ou prendre de jolies photos. Je traîne généralement en t-shirt et je ne me soucie pas trop de mon apparence. Le fait de voir des photos de moi sous un jour différent me fait me sentir bien dans ma peau. J’aime avoir l’impression d’avoir le meilleur des deux mondes.

Est-ce qu’un univers composé majoritairement de mecs contribue à créer des codes où la féminité n’est pas mise en valeur, on se retrouve à osciller entre deux mondes: entre une émancipation genrée classique et un retour à ce qui nous essentialise dans la société ?

J’ai effectivement l’impression d’osciller entre deux vies différentes à certains moments. Je crois que le principal responsable de cette situation est que le graffiti vandale n’est pas une activité très féminine. Quand je pense à la féminité, je l’associe à la douceur, à la sensibilité et à la beauté. Ce qui est à l’opposé de beaucoup de choses qui vont de pair avec la peinture de graffitis. Tu dois être forte et ne pas avoir peur de te salir.

Donc avec le writing en illégal, tu as brisé certains stéréotypes ?

Je suppose qu’on peut dire ça, vu que la plupart des femmes n’ont pas envie de sortir tard le soir dans les gares.

Si l’œuvre d’art crée un monde et que la vie imite l’art plus que l’art n’imite la vie, quel genre de monde voudrais-tu que ta peinture impulse ?

Je crois que le graffiti est apparemment dénué de sens pour la personne moyenne. J’aimerais que l’absence totale de sens du graffiti ait un impact sur les gens et les aide à comprendre qu’il y a autre chose à faire dans la vie que de courir après le dollar ou de faire ce que la société leur dit de faire. Qu’ils regardent un graffiti qui passe dans un train et se demandent « pourquoi quelqu’un ferait ça ? ». Pour ensuite se retourner et se demander pourquoi ils font ce qu’ils font dans leur propre vie.

As-tu des projets ?

Actuellement, je travaille toujours à la construction de ma série de photos Cake&Destroy. J’ai très envie de transformer mes photographies de gâteaux en quelque chose qui puisse être exposé et apprécié dans une galerie. Mon intention est aussi de voyager et de peindre à Londres et à Winnipeg l’été prochain. J’ai également prévu de déménager à Los Angeles, en Californie, dans les deux prochains mois.

As-tu un mot pour la fin ?

J’apprécie que tu ais pris le temps de m’interviewer. Merci à tous ceux qui m’ont inspiré et poussé à devenir meilleure.

Plus de photos : https://www.instagram.com/its_itse/?hl=de

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