pixel
Now Reading
Des Victoires de la Musique en quête de diversité. Où est le rap ?

Des Victoires de la Musique en quête de diversité. Où est le rap ?

Chaque année, la cérémonie des Victoires de la Musique fait grand bruit. Cette grand messe de l’industrie musicale censée récompenser le talent, interroge quant à sa partialité et ses accointances. Retour sur une programmation manquant cruellement de rap et de diversité.

Le 10 janvier dernier, nous avons découvert la liste des nominé.e.s et des catégories de la prochaine cérémonie des victoires de la musique. Comme chaque année, cette liste est autant attendue que source d’étonnement, devenant ainsi un marronnier. Comment la cérémonie des Victoires de la Musique peut-elle être aussi aveugle à la diversité et invisibilise autant que faire ce peut le rap ? Bonne question…

Un manque criant de diversité

Entre les catégories qui se réduisent comme peau de chagrin, alors que la culture ne cesse de se développer et de proposer de nouveaux formats et cross over et des nominé.e.s dont la légitimité interroge, est-ce que ces victoires en sont vraiment pour la musique en particulier et la culture en général? 

Ce qui étonne cette année encore, c’est en premier lieu le manque de “diversité”. Terme générique pour parler de la pluralité des parcours, des profils et des genres, c’est un principe essentiel de toute démocratie qui se respecte.

N’en déplaise aux identitaires, la France n’est pas QUE blanche. Un petit détour par nos cours de géographie du primaire et nous reviennent en mémoire que des départements et territoires dits d’outremer sont administrativement français (c’est donc la France telle qu’iels l’entendent).

A cela s’ajoute aussi bien sûr, l’histoire coloniale et l’intégration forcée de certain.e.s à la nation française selon les contextes historiques et politiques.

Bref, ce n’est pas le blanc qui fait le français. C’est la citoyenneté, qui fait le français. Celle-ci recouvre toutes les couleurs, toutes les orientations, toutes les croyances. Il n’y a pas de profil type du citoyen français. C’est juste une histoire de papiers et non de couleur, ni de police.

Une frilosité ancienne vis à vis du rap

Les artistes sont donc des citoyens français (sauf les belges bien sûr). A ce titre, leur légitimité ne s’évalue pas à leur couleur, mais à leur audience. Or, la musique la plus écoutée en France par le public français (peu importe sa couleur) est depuis plusieurs années le rap et ses extensions.

Qu’il se fasse un tissage ou qu’il chérisse sa coupe et sa découpe originale, cela reste du rap de Jul à Benjamin Epps, en passant par Meryl, Casey ou Fianso. 

Autrement dit, pour le dire vrai et sans fioriture, c’est très très blanc tout ça. Les victoires de la musique seraient elles en réalité les victoires de la blanchité? La question se pose.

Même Télérama relève et questionne ce manque de couleur au sein de la programmation. C’est dire qu’il est palpable et pas une lubie d’une poignée d’hystériques en mode victimisation, comme se plaisent à le dire certain.e.s.

Des catégories qui ne reflètent en rien la réalité

D’autant que cet état de fait est renforcé, voir assumé, au regard des catégories proposées. Il ne s’agit plus de célébrer la musique rap dans une catégorie à part, comme c’était le cas en 2019, mais de nier totalement son existence en ôtant purement et simplement la dite catégorie.

A noter d’ailleurs que celle-ci faisait suite à la très décriée catégorie “musique urbaine”, instaurée en 2007 pour réunir rap, R’n’B, ragga, etc. 

https://www.youtube.com/watch?v=6ccrYwK3hhQ

« Dire ‘musiques urbaines’ pour ne pas dire rap, c’est comme lorsqu’on dit cinéma de genre pour ne pas parler de cinéma d’horreur, parce que c’est vu comme une sous-catégorie« 

Yérim Sar pour un article France TV par Alice Galopin février 2021

En somme, la catégorie album rap de l’année a été mise en place une seule fois, quand Damso a remporté le prix, sans pour autant être reconduite. Etrange, vous avez dit étrange?

Un noir aux victoires de la musique serait un acte si révolutionnaire qu’il s’agirait surtout de ne pas le reproduire trop souvent? Pire, un rappeur noir ne peut être adoubé par le petit monde de l’industrie musicale sans que cela soit l’exception qui confirme la règle? L’expérience de l’an 2000 avec le 113 les aurait traumatisés au point de ne surtout pas top réitérer ?

A Voir la réponse des organisateurs, c’est ce qui est effectivement à craindre… Apparemment, ce qui nous saute aux yeux n’a pas été perçu par le comité d’organisation. A croire que nous n’avons pas le même logiciel pour distinguer les couleurs.

“ Romain Vivien se dit ouvert au débat concernant la nouvelle formule et l’absence des catégories de niche. Quant au manque de diversité parmi les nommés, il promet d’y travailler pour la prochaine édition. »

Extrait article de Gregoire Sauvage (journaliste RFI) – janvier 2022

Une condescendance désormais impossible à nier

Si, à ses yeux, le rap est une catégorie de niche, franchement, il y a comme un problème. Aujourd’hui, le rap est la musique la plus écoutée, la plus vendue et la plus streamée en France.

C’est donc une véritable aberration que de le cantonner à une espèce de sous catégorie mise en place uniquement au bon vouloir des organisateurs et des votants qui jouent plus ou moins tous pour leur paroisse.

A croire que l’industrie musicale ne serait qu’un petit monde où règnent entre soi, passe droit et copinage… N’est-ce pas Sinik ?

De l’aveuglement au racisme

S’élèvent quelques voix ici et là pour rappeler que l’an dernier, trois femmes noires ont été célébrées. Trop d’honneur, trop aimable, nous en sommes fort aise.

Il n’en demeure pas moins que l’argument du “je suis pas raciste, regardes j’ai une copine noire” ne dupe personne et qu’il s’agit là du même procédé.

Puisque Yseult et Lous and the Yakuza ont eu un prix, c’est le totem d’immunité contre toute attaque de racisme ou de sexisme ? Merci, aurevoir. 

Bien sur, les adeptes du grand remplacement se ruent sur l’occasion pour nous rappeler combien la blanchité fait partie de l’ADN de cette France mythique (voire mythologique) qu’ils dépeignent à longueur de tweet.

Qu’il y ait des blancs à l’affiche, bien sur. Que toute l’affiche soit blanche, c’est en effet un problème quand la plupart des artistes “les plus écoutés” et donc les plus vendus sont des non-blancs. 

N’y a t il pas une forme de racisme à vouloir cantonner toujours les non-blancs à des catégories à part, quand ils participent du rayonnement culturel français à l’international ?

Pourquoi la catégorie album de rap a-t-elle tout bonnement disparu? L’industrie musicale aurait-elle un intérêt à maintenir la culture HipHop et le rap en particulier la tête sous l’eau? Pourquoi récompenser les blancs pour leur créativité mais les non-blancs juste pour leur chiffre? L’approche qualitative relève du privilège blanc ? C’est ce que la catégorie “les plus streamés” laisse entendre.

Finalement, ce qui est récompensé, ce n’est pas le talent, la capacité créative, l’innovation, mais bien la capacité à se commercialiser. Y a t il plus condescendant comme traitement comme le résume Yard ? Perso je vois pas, mais il faudrait qu’on apprenne à se taire et surtout que chacun reste à sa place… Très peu pour nous.

Scroll To Top