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3 QUESTIONS À… Yérim Sar, conseiller musical de l’exposition Hip-hop 360 à la Philharmonie

3 QUESTIONS À… Yérim Sar, conseiller musical de l’exposition Hip-hop 360 à la Philharmonie

À partir du 17 décembre, les cultures hip-hop s’exposent à la Philharmonie. L’exposition Hip-hop 360 célèbre les disciplines de ce mouvement, encore malmené dans les représentations et le discours médiatique. Pour nous la présenter : 3 questions à Yérim Sar.


Polémiste rap, auteur de documentaires, Yérim Sar fait partie des conseillers musicaux qui ont travaillé sur l’exposition. À lui qui pourfend crûment l’indécence des « puissant.e.s » sans distinction à coup de tweets piquants et pertinents, on lui a demandé comment il s’était retrouvé à bosser pour cette institution.


Comment t’es-tu retrouvé associé à ce projet ?

C’est une expo qui a pour ambition de parler du hip-hop depuis son arrivée en France jusqu’à aujourd’hui. Ils avaient déjà une petite équipe constituée sur la danse et le graff. Pour le rap, il y avait déjà Pierre-Yves Boquet, expert en rap US. Il a quitté le projet à cause de son emploi du temps. Le tout premier contact remonte à septembre 2019.

Le covid et le confinement ont décalé le projet. Je me suis dit que ça pouvait être cool de participer à un truc comme ça, entouré des bonnes personnes. Au lieu d’essayer de tout faire en interne et de prendre quelques consultants qui ne sont pas décisionnaires, les gens de la Philharmonie laissent la latitude aux personnes qu’ils ont sollicité.

François Gautret, un spécialiste de rap FR, un ancien, est commissaire de l’expo. Ils n’ont pas été intrusifs. Pour la sélection de lives, de textes ou de clips, ils ne se sont pas mêlés de l’aspect éditorial.


Qu’est-ce qu’on va pouvoir retrouver dans cette exposition ?

Y a Alpha 5-20, déjà, ça c’est particulier (rires) !


Je veux dire qu’il y a des incursions dans des univers artistiques plus atypiques et inhabituels pour un musée, à côté d’artistes comme IAM, Oxmo, Ärsenik…

La difficulté, ça a été de faire une sélection de textes tout en essayant de représenter toutes les époques et les zones géographiques. J’ai choisi de catégoriser par style plutôt que de manière chronologique pour souligner et relever toute la diversité du rap. J’ai participé à la sélection des lives, des vidéos et fait celle des textes en y intégrant par exemple de très récents comme ceux de Tuerie ou de So La Lune.

À l’entrée, on peut entendre un mix, exhaustif en termes de style, avec la volonté de ne pas être trop vieillot, trop classique. Chaque salle est dédiée à un aspect du hiphop. Dans l’une d’elle il y a des textes très longs. Les visiteurs ont un mix mais ensuite ils peuvent s’arrêter sur un morceau en particulier.

Il y a des vidéos avec un montage de punchlines de rappeur.se.s dans l’espace Boxe avec les mots par exemple. Un truc auquel je n’aurais pas pensé tout seul, qui s’est imposé en discutant n’était pas bête du tout. C’était de faire une catégorie « rap festif ».

Toute l’expo est truffée de références, comme le sous-titre de l’expo. C’est Gloire à l’art de rue. Vous avez échappé à Nique la musique de France, – du nom de la mixtape du même nom, ndlr-, ça a été retoqué !

Je disais qu’ils n’avaient rien imposé, sauf un truc. Ils voulaient qu’il y ait une catégorie rappeuses à part. Je ne trouvais pas ça spécialement subtil -je les avais inclus direct au départ-. J’en ai mis huit et j’ai diversifié les textes pour qu’il y ait plein de styles et d’époques représentées.


Il y aura toujours des gens pour estimer que c’est de l’argent public dépensé pour des sauvages. À la Philharmonie, ils ont l’habitude car dès qu’ils font un truc trop «moderne», on vient le leur reprocher.


Séries, docus, cette exposition et par ailleurs tout un écosystème sur internet de médias et de contenus et aussi dans les charts…
Est-ce que la bataille culturelle est gagnée pour le rap ou il y a encore du chemin pour légitimer cette culture ?

Non, parce que Rachel Khan existe ! (rires)


Ce sont eux qui sont venus nous chercher, ce n’est pas un événement indépendant. C’est très bien qu’ils mettent de l’argent public là-dedans. C’est peut-être une victoire symbolique car il y a un lieu prestigieux qui dit : « Oui, on vous respecte ! » mais ça reste un truc extérieur.

Ca fait plaisir, c’est sympathique, c’est un truc positif . Je ne vais cependant pas vendre l’expo comme une victoire car c’est faux.

Je sais qu’il ne faut pas comparer la France et les Etats-Unis pour plein de raisons. Pour se faire une idée concrètement là-bas un rappeur comme T.I qui a sa notoriété ( et ses casseroles, aussi, ndlr) mais n’est pas ni Jay-Z ni Kanye arrive à financer tout seul un musée sur la trap ! Alors oui c’est pas comparable et cruel car ce n’est pas la même situation. Mais l’équivalent pour la France sera le jour où Koba la D fera un musée rap à Evry.

Comme c’est beaucoup dit dans l’expo, « le combat continue » !

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