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Hip-Hop Cinéma : Episode #3 – Les années 90, les Hood films

Hip-Hop Cinéma : Episode #3 – Les années 90, les Hood films

Les Hood films sont au cinéma, ce qu’est le gangta rap au Hip Hop. Focus sur 3 films : New Jack City de Mario Van Peebles, 1991, Boyz Ν the Hood de John Singleton, 1991, et Menace II Society des Hughes Brothers, 1993.

Le Hood

Dans les années 80, une jeune génération d’Africain.e.s Américain.e.s a grandi dans les quartiers noirs, le Hood. Harlem comme les gangsters de New Jack City. South central ou Watts comme les héros tragiques de Boyz N the Hood et de Menace II Society.

Baignée par le rap et la culture hip-hop, les deux mondes convergent et font front dans l’affirmation d’une nouvelle conscience noire sur les écrans cinématographiques.

À tel point que le rappeur Ice T dans New Jack City joue le policier Scotty Appleton, Ice Cube joue Dougboy, le grand frère dealer dans Boyz N the Hood et Tupac Shakur aurait du jouer dans Menace II Society.

Le terreau : l’ère Reagan

Ronald Reagan, lors de ses deux mandats présidentiels, a profondément divisé la nation et en particulier sur les questions raciales.

Dans Boyz Ν the Hood, dans les premières 10 minutes, les héros, enfants, découvrent une affiche pour la réélection du couple Reagan-Bush, criblée de balles.

Boyz N the Hood by John Singleton

À la mort de Reagan en 2004, la grande majorité des médias américains ont fait l’éloge du plus grand président du XXe siècle. L’homme qui a ramené l’espoir et l’optimisme en Amérique, le président qui a uni le peuple… Mais de quel peuple parlent-ils?

Le lauréat du prix Nobel de la paix, l’évêque Sud-africain Desmond Tutu aura ses mots pour Ronald Reagan.

« Votre président (Ronald Reagan) est le gouffre en ce qui concerne les Noirs. Il est assis là comme le grand, grand chef blanc d’autrefois »

Desmond Tutu

En 1964, le Mississippi a été le site du meurtre brutal des militants des droits civiques James Chaney, Andrew Goodman et Michael Schwerner. En 1980, à Philadelphie, Mississippi, lors de sa campagne après l’investiture républicaine, Reagan garda le silence sur le meurtre des défenseurs des droits civiques. Mais il annonça son soutien aux «droits des États». Ce terme a justifié tour à tour l’esclavage, la sécession de l’Union, la ségrégation du Sud …

Pendant son 2e mandat, Reagan opposa son veto à l’extension de la loi sur les droits civils en 1988. En parallèle, il essaya d’obtenir des exonérations fiscales pour l’Université Bob Jones, qui avait des politiques ouvertement racistes.

La violence

Fin des années 80, début des années 90, l’Amérique est en crise tant les tensions sociales sont fortes dans le pays avec une communauté africaine-américaine ostracisée. L’accès à l’emploi, à la santé, aux grandes écoles reste impossible pour le plus grand nombre.

New Jack City s’ouvre sur une vue panoramique de New York. La caméra survole la ville. La voix du journaliste remplit l’espace avec une énumération de chiffres sur le chômage et les inégalités sociales.

Des combats difficiles et peu gagnés d’avance. Menace II Society l’illustre parfaitement, par le biais d’un American Dream vicié et hypocrite. Parabole d’une société américaine déshumanisée, violente et injuste. Poussant chaque individu face à un mur qui semble insurmontable. À l’instar de la dramatique spirale à laquelle est confrontée Caine, le héros du film.

Menace II Society by the Hugues Brother

Cette mise au ban de la société, ce renfermement communautaire va être total. Jusqu’au-boutiste puisque vont apparaître des guerres entre quartiers. Boyz N the Hood s’ouvre sur cette phrase, lapidaire:

«  Un homme noir américain sur vingt et un meurt assassiné. Ces crimes sont majoritairement commis par d’autres hommes noirs  »

Boyz N the Hood by John Singleton

John Singleton pose ainsi la question de l’abandon par les institutions de la communauté africaine-américaine. Mais, il interroge aussi cette dernière sur sa responsabilité dans son propre malheur. En créant un système où la violence répond par la violence. Où les gangs érigent la vengeance en un principe de base et méprisent les membres qu’ils estiment plus « faibles ».

Une réalité dont la communauté noire, pour revenir maitresse d’elle-même, doit s’emparer pour exprimer ses colères, ses crainte et ses espoirs. D’abord par le biais du rap puis du cinéma avec les Hood films.

La bande, la nouvelle famille

La bande reproduit une cellule familiale. Elle se substitue aux manques de la famille, à l’absence du père ou de la mère. Dans Boyz N the Hood, la figure maternelle est défaillante, dans New Jack City, la relation frères ennemis est le pivot de l’histoire, dans Menace II Society, les parents ont disparu. Il ne reste plus comme tuteur que des grands-parents et une jeune mère solo.

New Jack City by Mario Van Peebles

Cette famille de choix est constituée des amis proches et des hommes de confiance. Les relations se tissent dans une fraternité sans lignage. Les « jeunes » comme hors sol, sans passé familial, adoptent de nouveaux noms. Ils forgent leur appartenance au groupe en s’appelant « brother » ou « homeboy ».

Ce dernier terme évoque le titre d’un chapitre de l’autobiographie de Malcolm X, et caractérise un jeune homme qui quitte le monde rural et migre vers la ville en quête du « Rêve Américain ».

Homeboy

La résurgence de l’emploi du terme « Homeboy » dans le mouvement Hip Hop en a fait évoluer son sens. Il représente alors dans les années 90, les groupes de jeunes qui veulent obtenir leur dû par la force si nécessaire. Le système leur est hostile et ils l’assimilent à un racket à grande échelle.

Dans New Jack City, la frontière entre le bien et le mal est ténue. Il y a un portrait de Malcolm X dans l’appartement du policier Appleton (Ice-T).

Un avenir chargé du passé

Derrière la tragédie des Hood films, l’espoir dans un avenir heureux est présent mais brûlant. Comment s’inventer un happy end quand sa propre vie et celle de sa communauté sont lourdes d’(H)istoire.s ?

Les thèmes de la migration, des compensations et du racket sont présents dans Boyz N the Hood, New Jack City. Dans Boyz N the Hood, le héros, Tre, enfant, fait la leçon à la classe sur l’esclavage. Dans New Jack City, la chanson de Stevie Wonder «Living for the City» parle de la Grande Migration des noirs américains du Sud vers le Nord au début du vingtième siècle. Elle met en garde contre les fausses apparences, la perte des valeurs et la déshumanisation qui guette le migrant dans la ville.

Cette chanson de Stevie Wonder et le travelling avant de Mario Van Peebles surplombant la Statue de la Liberté permet d’y lire une histoire des Africains Américains, des côtes de l’Afrique aux rivages du Nouveau Monde à travers le Middle Passage.

Derrière toute cette violence, les Hood films sont des films d’alerte et de transmission. Un rappel d’un mal venu du passé qui se perpétue par les institutions, la politique, dans les hoods et parasite ses membres aliénés. Un cri pour se réveiller dans un dernier sursaut car plus dur sera la chute (à voir dans l’épisode #4 à suivre).

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