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Yasuke Kurosan, la création d’une identité par la rencontre de deux cultures.

Yasuke Kurosan, la création d’une identité par la rencontre de deux cultures.

Yasuke Kurosan est le second volet d’un voyage commencé au Japon par le danseur chorégraphe Smaïl Kanouté. Un conte à la croisée des cultures d’Afrique et d’Asie.

Le samedi 11 juin, dans la cadre du festival June Events, la pièce a fait sa première représentation au théâtre de l’Aquarium, à la Cartoucherie de Vincennes.

Avec ce 2e volet, Smaïl Kanouté avec 6 autres interprètes nous raconte la métamorphose du corps recourbé de l’esclavagisé en un corps fier et droit du samouraï.

Yasuke Kurosan, l’Afro Samurai

Le destin de Yasuke Kurosan, je l’ai découvert, en 2007, grâce à la série d’animation Afro Samurai réalisé par Kizaki Fumitomo. Samuel L. Jackson prêtait sa voix au héros et RZA du Wu Tang Clan réalisait la bande originale (obligée de la voir !).

À l’origine de la série, le manga de Takashi Okazaki retrace le destin extraordinaire d’un Mozambicain (mais d’autres pays d’Afrique revendiquent ses origines) esclavagisé au XVIe siècle. Un père jésuite italien le prend, alors, à son service et l’emmène au Japon.

À Kyoto, la présence de cet homme noir suscite un vif intérêt de la part du Seigneur Oda Nobunaga. Le père Jésuite lui offre « l’Africain » comme tribut. Le Seigneur Oda Nobunaga depuis toujours ne respecte pas les exigences propres à son rang. Il renomme «l’Africain » Yasuke, lui apprend les codes du bushido, l’art martial ultime japonais et fait de Yasuke un samouraï.

Performance Yasuke Kurosan de Smaïl Kanouté au musée du Quai Branly

Ce récit épique fascinant est mis en scène par Smaïl Kanouté dans sa pièce Yasuke Kurosan. C’est l’occasion d’avoir une discussion avec son créateur chorégraphe.

Boulomsouk Svadphaiphane : Smail Kanouté, c’est le 2e volet que tu crées autour de l’histoire de Yasuke Kurosan. D’où vient ton intérêt pour ce destin de vie?

Smaïl Kanouté : Yasuke Kurosan s’est créé une nouvelle identité, un destin alors qu’il avait été capturé par les Portugais au XVIe siècle. Des Jésuites l’ont emmené au Japon. Il a été présenté au chef de guerre Oda Nobunaga qui l’a fait samouraï. Je me suis intéressé à la relation entre l’Afrique et l’Asie. De son statut élevé comment ce japonais, un chef de guerre, a senti quelque chose de similaire en lui? Au point de lui transmettre le bushido qui est le summum de l’art du guerrier au Japon.

Comment je le traduis sur scène? Je vais donc parler de personnes qui ont une double ou triple culture. Qui sont dans un pays qui n’est pas le pays d’origines de leurs parents. À partir de leurs héritages , de leurs origines, comment ils arrivent à se créer une nouvelle identité.

Boulomsouk Svadphaiphane : J’ai découvert ton travail en 2017 avec « Actes du désert – 180° » . Tu parlais déjà d’identité et même de migration. Ce qui entre en résonance avec mon travail, notamment avec ma dernière exposition peinture qui s’appelle « MIGRATIONS » qui parlent de déplacements de populations, d’un territoire à un autre. Je voulais savoir comment au travers des gestes, tu traduis cette quête d’identité et cette migration?

Actes du désert – 180° de Smaïl Kanouté

Smaïl Kanouté : Cette migration je la traduis déjà par le groupe. Comment le groupe évolue dans l’espace ensemble, avec des singularités. Au niveau du mouvement, on passe facilement de mouvements de danse africaines, urbaines à des mouvements de danses qui s’inspirent d’arts martiaux que chacun.e a amené dans la pièce. Le passage de mouvements de différentes cultures qui fait que la migration se fait. Egalement par la musique, j’ai demandé à Julien Villa de créer à chaque fois un frottement entre des sonorités africaines et asiatiques.

Boulomsouk Svadphaiphane : Venons à tes danseurs, danseuses dans cette quête d’identité. Je sais qu’ils.elles sont tous métissé.e.s. Peux-tu m’expliquer cette démarche volontaire d’aller chercher le métissage chez tes danseurs?

Smaïl Kanouté : Quand j’ai fait le film Yasuke Kurosan au Japon, une vidéo de danse qui raconte son histoire, je voulais finir le film en rencontrant des danseurs afro-japonais. Finir le film sur ces rencontres était pour moi une ouverture sur la question, de la migration, de la double culture, l’histoire du métissage. Quand j’ai continué la recherche du film sur scène, comme le film finissait avec des danseurs afro-japonais, j’ai voulu travailler avec des danseurs et des danseuses qui sont afro-asiatiques. Dans la pièce, par exemple, Dedson Bonaparte est Sierra-Léonais Laotien. Joyce Aisi Zhou est Sino-Gabonaise. Félicia Dotse est Sino-Togolaise.

Boulomsouk Svadphaiphane : Est ce que l’histoire inscrite dans leur ADN t’a apporté quelque chose dans la construction de ce volet 2?

Smaïl Kanouté : Mon travail avait commencé seul, puis j’ai commencé à travailler avec eux. Alors, j’ai vraiment confronté mon rêve à eux. Ils l’ont nourri par leurs interrogations, leurs parcours, leurs histoires. C’est vraiment une collaboration avec eux. Je proposais quelque chose. On en discutait. Ils étaient force de propositions. Ils ont amené des qualités de mouvements que je ne connaissais pas. Si je n’avais pas travaillé avec des afro-asiatiques, le rendu serait totalement différent. Je n’aurais pas pu aller chercher ce que je voulais. Par exemple, Joyce Aisi Zhou est née en Chine. Elle a appris les danses traditionnelles chinoises, les arts martiaux. Elle s’intéresse aux danses urbaines et contemporaines. Du coup, c’est quelque chose de précieux et d’authentique.

Yasuke Kurosan de Smaïl Kanouté – Crédit photo : Nora Houguenade

Boulomsouk Svadphaiphane : Tu n’es pas seulement danseur, chorégraphe, tu es également plasticien. Tu utilisais la vidéo dans « Actes du désert – 180° ». Puis je t’ai vu en sortie de résidence au 104, en 2018, avec Jidust où tu allumais un mur de leds avec de l’eau. J’ai l’impression que je t’ai découvert avec beaucoup d’images, de la lumière et qu’avec ce volet 2 de Yasuke Kurosan, tu gardes la lumière mais tu es plus dans l’épure, dans l’essence des corps ou des idées? Tu es dans quelle démarche à présent par rapport aux techs?

Smaïl Kanouté : J’ai commencé avec de grosses techniques et dispositifs. Maintenant, je travaille plus à partir du corps. La lumière vient dessiner l’espace graphiquement mais autrement. Au niveau de la tech je vais dans une sorte d’épurement.

Boulomsouk Svadphaiphane : Ça correspond à une quête en toi? Tu sais d’où ça part? Pourquoi maintenant?

Smaïl Kanouté : Je suis de formation graphiste. Maintenant, je pense que j’ai plus besoin de me confronter au corps, aux sens. Du coup, le graphique vient à présent au second plan. C’est une progression.

Boulomsouk Svadphaiphane : Yasuke Kurosan est le volet 2. Du volet 1, comment es-tu arrivé au volet 2 et vers quoi vas-tu aller pour le volet 3 ? Pourquoi as-tu envie de développer cette histoire sur plusieurs volets. Je sais que tu l’as déjà fait avec la calligraphie, de multiplier des projets sur la même thématique, d’autres histoires. Dans ton processus de création d’où vient ce besoin de multiplier?

Smaïl Kanouté : Cela part de sujets qui m’intéressent et de rencontres.

Le 1er volet s’appelle « Never Twenty One », c’est un spectacle lié aux armes à feu, dans le Bronx, à Rio et Soweto.

Teaser Never Tweety One de Smaïl Kanouté

Nous étions un trio qui racontaient les témoignages de personnes qui ont perdu des jeunes à cause de la violence des armes à feu. Certains témoignages étaient écrits sur le haut du corps. Torse, bras, dos, comme si nous étions des pancartes de manifestations qui évoluent dans la pièce. Avec la transpiration les mots disparaissaient.

A partir de ce travail, j’ai alors rencontré une artiste à Paris, à la goutte d’or. En discutant avec elle, elle m’a confié qu’elle connaissait des habitants du Bronx, auprès desquels elle avait recueilli des témoignages. Je savais que j’allais jouer les « Actes du désert – 180° » à NYC. J’en ai profité pour faire un court-métrage qui parle de ça.

Quand je suis revenu à Paris, j’ai adapté le sujet en l’élargissant à d’autres villes.

Pendant l’année culturelle japonaise en France, j’ai fait des affiches mélangeant des motifs africains et japonais. Ensuite, je me suis demandé comment je pouvais prolonger cette thématique dans le corps. Je me suis, alors, rappelé l’histoire de cet africain fait esclave et devenu samouraï. J’ai pris ce lien de l’esclavage, en partant des états-unis, comme pour le volet 1, pour montrer que cet esclave est devenu quelqu’un de très noble dans une autre culture.

Le volet 3, entre le Bénin et le Japon

Pour le 3e volet, j’ai rencontré quelqu’un qui m’a emmené au Bénin dans une communauté qui pratique le vaudou originel. Le Bénin est le berceau du vaudou. Au Bénin, ils ont érigé sur la plage la porte de non retour pour symboliser qu’il y a eu beaucoup d’esclaves partis du Bénin et qui ont fait la traversée transatlantique. J’ai trouvé ces lien entre ce pays d’Africain et le Japon. Le Bénin est une des sources des croyances animistes. Ce culte est aussi très présent au Japon, avec différentes formes. J’avais envie de me reconnecter à ces croyances animistes et à cette terre, épicentre de la traite négrière où des gens sont partis en Amérique.

Le film du volet 3 est déjà tourné. Le travail sera prêt en 2023.

Agenda 2022-2023

Yasuke Yurosan, les dates à venir :
25 septembre 2022 : 1 représentation à la Fondation Gulbenkian – Lisbonne
30 et 1er septembre 2022 : 2 représentations au KLAP sur le Festival Actoral – Marseille
04 et 05 octobre 2022 : 2 représentations au Théâtre jean Vilar – Vitry sur Seine
17 et 18 novembre 2022 : 2 représentations à l’Espace 1789 – Saint Ouen
10 et 16 mars 2023 : 6 représentations / série à la MC93 – Bobigny

Never Tweety One, les dates à venir :
10-13 mai 2023 : 4 représentations au Théâtre National de Chaillot – Paris

View Comment (1)
  • S.K. : La transition de la communaute afro-americaine a cette premiere d’un “afro-japonais” bien avant l’arrivee des militaires americain apres la seconde guerre mondiale, s’est passee via l’histoire de la traite negriere transatlantique. Les afro-americains sont des afro-descendants qui sont venu par l’esclavage et Yasuke Kurosan, le samourai africain, a ete capture aux alentours du Mozambique au me siecle par les portuguais qui l’ont vendu a des jesuites qui l’ont emmene au Japon pour le commerce. Le jesuite Alessandro Valignano l’a presente au chef de guerre Oda Nobunaga qui a ete subjuguer par l’homme noir. Il a donc demande au jesuite de le laisser, en echange de marchandises, et lui appris les codes du samourai (le bushido) pour qu’il devienne soldat de sa garde rapprochee. J’ai voulu parler de ce destin unique et hors du commun car l’esclavage avait change la vie de Yasuke et son identite est devenu une creation nouvelle au contact de la culture japonaise. Il est le seul et unique samourai etrange de l’histoire du Japon.
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