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Hip-Hop Cinéma : Episode #2 – Les années 80: Spike Lee did the right thing !

Hip-Hop Cinéma : Episode #2 – Les années 80: Spike Lee did the right thing !

Dans mon anthologie du cinéma, les années 80 ne seraient pas hip hop sans « Do the right thing » de Spike Lee.

Spike Lee a amené l’énergie de la rue dans le cinéma. Le cinéaste a influencé la génération hip hop dans sa manière de parler, de s’habiller et d’appréhender l’espace urbain. Cinéma, musique et style de vie de la génération hip hop lui doivent un héritage important.

Tout le long de sa filmographie, le cinéaste Spike Lee pose un regard critique sur la société américaine. Chacun de ses films parle, en filigrane, de problématiques, sociales, criminelles ou économiques qui transcendent l’intrigue principale.

Ses films divertissent autant qu’ils conscientisent. Spike Lee n’oppose pas les gentils pauvres à de méchants oppresseurs. Au contraire, il montre la réalité de la rue et de la misère qui pousse à s’entretuer. Il montre le lien entre la misère et la criminalité, tout en dénonçant le racisme et les violences policières.

En cela d’après ma définition, le cinéma de Spike Lee est Hip Hop. La preuve avec un film « Do the right thing », sorti en France en 1989.

La musique pivot de « Do the right thing »

Le film ouvre une longue séquence où Rosie Perez danse sur « Fight the Power » de Public Enemy. Combattre le pouvoir: le ton est posé!

Ouverture de « Do the right thing » de Spike Lee

Spike Lee voulait une bande musicale originale. Au départ, sa production et lui souhaitaient que Raymond Jones, du groupe Chic, se charge du beat. Heureusement, The Bomb Squad, le groupe de producteurs lié à Public Enemy, fut finalement choisi.

Le rap a la part belle dans Do The Right Thing. L’ un des personnages les plus pacifiques du film est Radio Raheem. En écoutant sa chanson qui intime de combattre le pouvoir, ce porteur de ghetto blaster fait sa révolution silencieuse, d’une manière bruyante.

Spike Lee place alors ainsi la rap dans la lignée des musiques noires, en faisant déclamer les noms des génies du jazz, du blues et de la soul par le DJ de la radio locale. « Fight the Power » est probablement devenu la chanson la plus connue de Public Enemy.

La dialectique du LOVE and HATE dans Do the right thing

Dans le film « Do the Right Thing », Radio Raheem récite un soliloque sur l’amour et la haine. Dans cette scène, il porte une bague en laiton qui dit « haine » sur sa main gauche et une autre qui dit « amour » sur sa droite.

La caméra est du point vue subjectif de Mookie (joué par Spike Lee himself), face à Raheem. Radio Raheem brise ainsi le quatrième mur et s’adresse directement à la caméra, donc au public. Il commente l’histoire des Noirs et la lutte contre le racisme dans le monde réel, de l’autre côté de la caméra. Raheem articule poétiquement l’attrait de l’amour et de la haine et la fluctuation constante qui se produit entre ces deux forces opposées. Le hors-champ est une lutte externe contre le monde extérieur où le racisme réside dans l’effort combiné et la fluctuation des deux forces.

« Love and Hate » de Radio Raheem

La lutte au centre de « Do the right thing »

Do the Right Thing est une pure fiction, mais les faits qu’il relate ont évidemment une résonance particulière. Spike Lee pour écrire Do the right Thing est parti d’un événement tragique, le « Howard Beach incident », qui s’est produit à New York, en 1986.

Trois jeunes Noirs rentrent tard du travail un soir. Leur voiture tombe en panne dans un quartier de Queens, « Howard Beach ». Ils marchent quelques kilomètres pour essayer de trouver un téléphone. Ils arrivent dans une pizzeria et se sont attaqués par des jeunes Italiens armés de bâtons de baseball. Michael Griffin est pourchassé jusqu’à l’autoroute. Il se fait renverser par une voiture et meurt.

Do the Right Thing n’est pas une adaptation de cette affaire. Le film en a gardé les conflits raciaux entre Noirs et Italo-Américains, la pizzeria comme théâtre du drame, le bâton de baseball et la mort. Spike Lee dira (attention spoiler) de la scène de la mort de Radio Raheem qu’elle a été inspirée par l’incident racial de Howard Beach en 1986.

Do the right thing dénonce Les violences policières

Le film est par ailleurs dédié à Michael Stewart et Eleanor Bumpers, victimes des forces de police de New York.

Le 15 septembre 1983, Michael Stewart, graffeur de 25 ans, tague un mur de la First Avenue. La police new-yorkaise l’arrête et le frappe. La violence du tabassage plonge le jeune homme dans le coma. Il mourra 13 jours plus tard d’un arrêt cardiaque.

Le 29 octobre 1984, la police est présente pour faire exécuter une expulsion ordonnée par la ville de Bumpurs contre Eleanor Bumpers. La femme est afro-américaine âgée et handicapée et vit dans un logement public dans le Bronx. La police ouvre la feu et la tue.

Comment combattre le pouvoir?

Il y a enfin cette question, lancinante, qui traverse tout le film de Spike Lee: to be or not to be violent?

Dans « Do the right thing », les esprits s’échauffent avec la canicule, les crispations, les confrontation. Mookie (donc Spike Lee, l’acteur mais surtout le cinéaste) balance une poubelle dans la vitrine de ses employeurs et fait éclate l’émeute.

Quelle est la bonne solution? L’action politique non-violente et donc potentiellement consensuelle? Ou le recours à la violence avec le risque de l’ostracisation du combat et de la répression pour l’autre ?

Le film se conclut sur deux citations, l’une de Martin Luther King condamnant la violence, l’autre de Malcolm X la justifiant. Spike Lee laisse au spectateur la liberté de réfléchir et d’éventuellement choisir entre les deux options.

To be or not to be violent?

« Violence as a way of achieving racial justice is both impractical and immoral. It is impractical because it is a descending spiral ending in destruction for all. The old law of an eye for an eye leaves everybody blind. It is immoral because it seeks to humiliate the opponent rather than win his understanding; it seeks to annihilate rather than to convert. Violence is immoral because it thrives on hatred rather than love. It destroys community and makes brotherhood impossible. It leaves society in monologue rather than dialogue. Violence ends by destroying itself. It creates bitterness in the survivors and brutality in the destroyers. »

Martin Luther King, Jr.

L’expression « Do the Right Thing » est tirée d’un discours de Malcolm X. Cette phrase évoque le dilemme de la violence politique. Spike Lee réalisera le biopic du leader politique quelques années plus tard pour faire perdurer sa pensée.

« I think there are plenty of good people in America, but there are also plenty of bad people in America and the bad ones are the ones who seem to have all the power and be in these positions to block things that you and I need. Because this is the situation, you and I have to preserve the right to do what is necessary to bring an end to that situation, and it doesn’t mean that I advocate violence, but at the same time I am not against using violence in self-defense. I don’t even call it violence when it’s self- defense, I call it intelligence. »

Malcolm X

L’héritage de « Do the right thing »

Avec « Do the Right Thing », c’était la première fois qu’un Africain-Américain faisait un film en contrôlant l’écriture, la réalisation, la production. Enfin presque si vous avez lu l’épisode 1 de ma chronique Hip Hop Cinéma. Spike Lee remue le fer politique dans l’une des plaies sociales du pays, le racisme. En parallèle, le rap fait de même.

Par la suite, dans les années 90, dans le cinéma de Singleton ou les frères Hughes l’influence du cinéma de Spike Lee n’est pas loin. Cette aura a également traversé l’océan pour s’infuser dans le cinéma de Jean-François Richet et de Mathieu Kassovitz.

Ça tombe bien, c’est les sujets de mes 2 prochains articles de mon odyssée du Cinéma Hip Hop. Donc to be continued…

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