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La violence ou la non-violence ? Les Black Panthers

La violence ou la non-violence ? Les Black Panthers

La question de la violence dans les luttes politiques est d’actualité. Souvent, sous forme d’accusation : la violence n’est pas démocratique. Ou de déni : « Les violences policières en France n’existent pas » (Christophe Castaner). Il y a, dans l’histoire des luttes, une longue généalogie de la violence, une philosophie même : car, qu’est-ce que « se défendre » ?

Parmi ceux qui ont fait une politique de l’autogestion défensive, il y avait les Black Panthers. Cette politique était une véritable démystification de la violence de l’État. Au départ, la source théorique du Black Panther Party (BPP), ce sont les textes de Robert F. Williams, penseur de l’autodéfense armée. Cette influence détermine le tournant pris par le mouvement BPP pour les droits civiques et pour l’abandon définitif de la philosophie de la non-violence. Les années 70 seront marquées par cet usage ouvertement affiché de l’action directe violente.

Dans ses textes, Williams prône le recours à la violence dans la mesure où il n’y a pas de justice pour les Noirs en Amérique. Pour lui, l’autodéfense est la dernière et la seule possibilité de défendre sa vie, par quoi les Noirs défendent leur humanité même. Williams n’oppose pas la stratégie d’autodéfense à la tactique non-violente : il dit que l’autodéfense intervient quand la non-violence arrive à un point sans solution, et que persister dans la non-violence équivaudrait à un suicide. Williams n’admet pas cette non-violence qui interdit aux militants de se défendre face aux agressions subies sous prétexte que cela reviendrait à utiliser la violence contre la violence ou que ça redoublerait la répression.

D’après lui, l’usage de la violence est en général refusé pour deux raisons : soit, au nom d’un effet de mimétisme qui changerait les dominés en dominants ; ou alors, au nom du risque d’amplification réactive qui augmenterait la violence des dominants, plutôt qu’à l’arrêter. Pour Williams, un tel pacifisme sert au contraire à désarmer les opprimés, d’où sa totale opposition à une stratégie non-violente. La non-violence et l’autodéfense peuvent être combinées, mais la violence est la seule à pouvoir changer un élément aussi fondamental que l’oppression sociale. La violence défensive est une dynamique insurrectionnelle, à même de modifier les rapports de pouvoir. L’usage de la violence permet de déclarer la guerre à ceux qui défendent leurs privilèges en attaquant ceux qui défendent leurs vies et leurs libertés.

Au moment où Williams théorise tout ceci, Franz Fanon élabore, lui aussi, une philosophie de l’action violente.

Inspiré par les textes de Williams et de Fanon, le Black Panther Party milite alors pour le Black Power qui va plus loin que l’autodéfense : celle-ci mute en défense explosive qui veut rendre coup pour coup. Le fait de se défendre en attaquant devient pour les Blacks Panthers l’affirmation qu’un droit injustement dénié peut générer l’affirmation d’un sujet, devenu porteur de ce droit qui lui est refusé.  

Habillés en noir, avec des bérets noirs, les Black Panthers construisent une communauté unie contre la violence policière et contre le capitalisme. L’autodéfense est la philosophie de la lutte elle-même. A la même époque, Martin Luther King et Malcolm X réfléchissent eux aussi à des stratégies de défense. Martin Luther King considère que des militants armés mettent en danger tous les autres car leur armement donne de fait à la police un « droit de tuer ». Malcolm X, à l’inverse, s’oppose à cette position : « En appelant les Noirs à ne pas se défendre, King est la meilleure arme des Blancs contre les Noirs », considère-t-il.

Pourtant, tous les membres du BPP ne prônent pas la violence. Certains se réclament de la non-violence et donc d’une certaine endurance dans la lutte. En revanche, ceux qui revendiquent la violence estiment qu’il n’est possible d’agir que dans le choc, quand la violence rencontre la violence. Pour eux, « il n’est plus question d’avoir l’Histoire à l’usure », il faut faire la révolution. C’est une philosophie du combat qui considère que le moment, le kairos révolutionnaire, se joue dans l’efficacité du coup rendu.

Dès 1966, le Black Panther Party for Self-Defense, ancêtre du BPP, a opéré une véritable repolitisation internationaliste du droit à l’autodéfense armée. L’apologie de l’autodéfense s’exprime en terme de « gun power »: si la police avait seule le pouvoir, désormais une partie du peuple va l’avoir aussi. En Californie, le principal ennemi du parti BPP devient alors la police tandis que dans les États du Sud, au départ, cette organisation protégeait la communauté noire des exactions commises par les milices fascistes et racistes.

Puis, en 1968, le Black Panther Party abandonne le terme d’autodéfense (Self Defense). Le parti se place à l’avant-garde de la révolution sociale, au-delà de sa vocation première d’autodéfense. Les militants s’entraînent aux arts martiaux et apprennent à tirer avec une arme. Ils ont aussi l’obligation de lire (en priorité Fanon et Marx) et d’écrire, car « le stylo est une arme ». Le BPP agit contre la violence sociale, il organise des petits déjeuners dans les écoles, fait du soutien scolaire. Il ouvre des établissements scolaires, des dispensaires, des cours du soir pour adultes, des permanences juridiques et propose des bourses aux vêtements et aux livres. Ces actions étaient invisibilisées par une campagne de dénigrement systématique des Black Panthers, et une répression par le FBI.

Elaine Brown, membre du Black Panther Party, rappelle que le parti était à l’avant-garde de la révolution : son objectif était l’organisation du prolétariat contre la bourgeoisie, parce que les Noirs composaient massivement le prolétariat sous- payé, non employé ; et de transformer ce prolétariat en armée révolutionnaire.

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