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Pire que l’ENA, l’ENA qui vient

Pire que l’ENA, l’ENA qui vient

Annoncée par Macron lors du soulèvement populaire des Gilets Jaunes, la suppression de l’ENA a été actée par une ordonnance en juin dernier. Loin de la fin de l’école des têtes-à-claque (Hollande, Macron, Philippot etc.), il s’agit d’un changement de nom, elle s’appellera désormais l’Institut National du Service Public et son recrutement ne devrait différer qu’à la marge. Néanmoins, derrière l’épouvantail de l’ENA, il y a une véritable réforme de la haute-fonction publique, qui devrait fortement fragiliser les fonctionnaires. Avec à la clef, une normalisation des pantouflages (le passage du public au privé pour le plus grand bénéfice des entreprises), des rétro-pantouflages et un affaiblissement des inspections générales (avec, pour effets probables, des rapports complaisants sur les fonctionnements des ministères et une impunité encore renforcée).

Défenestrer l’ENA ! Qui n’en a pas rêvé ? L’école des imbus de soi-même, des administrateurs sans cœur, des gouvernants par tableau Excel, des magouilleurs public-privé et, dans le fond, de la pensée zéro du politique. Administrateurs de grandes entreprises et gérants de pays, et vice-versa, la même ruine morale et intellectuelle. D’Alain Minc à Emmanuel Macron en passant par une ribambelle d’affairistes – catastrophes tels que Jean-Marie Messier et de politiciens opportunistes, tels que François Hollande, Florent Philippot, Ségolène Royal Laurent Wauquiez ou Laurent Fabius, cette école a produit les personnages parmi les plus sinistres de notre histoire récente.

Sinistres et… incompétents ! Leur principale source de légitimité, la compétence louée par tous les journaux, est une pure invention que les anciens élèves ont si largement démenti que l’on peut se demander si l’ENA n’est pas, avant tout, une école de bras-cassés. De Messier qui coule toutes les entreprises dont il a la charge jusqu’à Hollande qui détruit un parti politique centenaire en même temps que le pays, en passant par un Fabius “responsable mais pas coupable” (d’avoir assassiner des milliers de personnes pour économiser quelques sous). L’ENA fabrique des incompétents, le Covid n’aura fait que confirmer ce fait. Depuis l’absence de masques jusqu’au n’importe-quoi de la politique hospitalière, il n’est pas un point sur lequel ces “responsables” n’ont pas prouvé leur nullité.

Au regard de ces têtes d’affiche citées, représentantes du plus détestable de cette république si peu démocratique, on ne peut que se réjouir de la suppression annoncée par Macron. Mais si ce dernier nous a appris quelque chose de lui en sept ans de vie publique, dont quatre à la présidence, c’est sa capacité exceptionnelle à faire toujours pire. Il a le don de faire regretter des situations lamentables qu’il aura transformées en calamités. Le train était trop cher et mal desservi, les “bus Macron” (2015) assurent un service dégoûtant avec, en sus, un chauffeur surexploité et une petite prime à l’énergie fossile. Les flics étaient violents et irrespectueux, ils sont convertis en Benalla Boys en folie qui font passer les précédents pour des gentlemen. La fortune de Bernard Arnaud vous semblait indécente, elle a doublée durant sa présidence. Les minimas sociaux vous semblaient indignes, ils ont été réduits et les contrôles pour les obtenir accrus. Vous vous inquiétiez des skinheads dans la rue, ils sont maintenant sur les plateaux de télévision.

Oui, Macron a le talent rare d’empirer ce qui n’était pas brillant. Et, à y regarder de plus près, la conversion de l’ENA en “Institut de la Fonction Publique” est certainement l’une des manifestations de ce talent. Pour commencer, le fait qu’un énarque annonce cette fin ne peut que susciter de la méfiance. De plus, Macron représente moins le simple énarque mais, exactement, le fruit de toutes les dérives de l’École, voire exactement contre quoi, originellement, elle avait été fondée. En effet, celle-ci avait pour ambition au sortir de la guerre de former non pas des dirigeants politiques mais des haut-fonctionnaires capables de mettre en œuvre les décisions des politiques. Ces derniers n’ont pas à avoir des compétences particulières ; en démocratie ils/elles devraient être comme vous ou moi. Car la démocratie est le gouvernement de n’importe qui, selon la formule de Jacques Rancière.

Ainsi, que l’ENA se soit converti en la fabrique de dirigeants (incompétents) est une dérive. Les anciens élèves ne devraient être que des exécutants. De plus, l’ENA a été pensé pour former des fonctionnaires, et seulement des fonctionnaires, si bien que leur essaimage dans les grandes entreprises constitue une seconde dérive. Dirigeant politique et banquier chez Rothschild, Macron est la parfaite illustration des dérives de l’ENA. Et s’il souhaite supprimer cette école ce n’est certainement pas pour retrouver l’idéal étatique original mais bien pour normaliser sa propre situation de renégat de la haute-fonction publique.

Par ailleurs, les personnages détestables que nous avons cités ne représentent qu’une très petite minorité des anciens élèves de l’École. Pour la plupart, ce sont de discrets fonctionnaires qui pâtissent de l’image exécrable offerte par leurs petits camarades têtes d’affiche (et à-claques). Or, derrière le chiffon rouge de l’ENA se cache un dynamitage des corps d’État. Autrement dit, la haute-fonction publique va être fortement bousculée. Encore une fois qui irait se plaindre de ce que ces privilégiés inamovibles de la République connaissent un peu la rudesse du monde qu’ils imposent aux autres ? Mais ce système –injuste- est remplacé par quoi ? C’est là que le bât blesse. Censé permettre un recrutement plus ample et divers, la réforme annonce tout autre chose. Un recrutement des mêmes, mais les pires parmi les mêmes.

Loin de la réforme vers le haut, en l’occurrence il faudrait dire vers le bas puisqu’il s’agirait de recruter des personnes normales et non des fils de. biberonnés aux privilèges d’Ancien Régime. Les bénéficiaires de la réforme seront sont ceux qui, en plus de l’arrogance de la caste étatique, vénèrent l’argent. Ce sont les agences de conseil (où sévissent ces braves gens qui, après s’être formés tout frais grassement payés par les contribuables, délaissent le contrat qui les lient à l’État pour se goinfrer dans le privé). Autrement dit, les mêmes catastrophes qu’ils provoquaient en tant que préfets, juges administratifs ou inspecteurs des finances, ils les réaliseront désormais comme “conseiller” (avec le double avantage d’être encore mieux payés et encore plus dé-réponsabilisés de leurs décisions).

Enfin, en supprimant l’inamovibilité des agents des inspections générales, qui seront désormais « nommés pour une durée renouvelable » selon l’ordonnance, ceux-ci auront tendance à rendre des rapports plus complaisants puisque leurs renouvellements de contrat dépendront des ministères sur lesquels ils enquêtent. Autant dire que si l’impunité dans ces milieux était déjà la norme, elle va devenir la règle intangible.

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Références

Ordonnance du 2 juin 2012

https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000043590607

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