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Ôde aux rappeuses et aux opens mics

Ôde aux rappeuses et aux opens mics

En 2022, qui peut prétendre écouter du rap, sans écouter de rappeuses ? Dans les opens mics hip-hop, les rappeuses sont bien présentes. Elles se confrontent directement au public. Une validation du public qui ne se compte pas au nombre de likes, mais à l’ambiance survoltée de la salle.

Quoi de mieux que de voir un public bouger la tête sur ta musique pour reconnaître ta valeur artistique ? A l’heure où Booska-P ne mentionne aucune rappeuses dans son top 11 des rappeurs à suivre en 2022 (et une seule femme depuis 2018). Dans les opens mics hip-hop, le talent ne ment pas, et il transcende le genre.

Sur scène, c’est quitte ou double pour les rappeurs et rappeuses émergent-e-s. Pas facile de se jeter à l’eau pour ces artistes qui se confrontent directement au jugement du public.

« Quand t’as des gens qui sautent devant toi quand tu rappes, c’est comme une transe. »

La rappeuse, La Giu, lors d’un open mic.

La jeune rappeuse parisienne, La Giu, a tout d’abord passé de nombreuses soirées à écouter les artistes, sans se lancer. Maintenant, les opens mics sont pour elle une expérience à part entière : « J’aime me connecter à un public souvent inconnu. C’est des gens qui ne te doivent rien, quand tu les vois kiffer c’est un super moment. L’énergie du live, quand t’as des gens qui sautent devant toi quand tu rappes, c’est comme une transe. »

Rapper en opens mics, à l’ère des vues sur les réseaux sociaux et du nombre de streams

« Percer, c’est pas le million de vues de ton plan séquence, quand y’a vingt gars à ton concert et que tu te caches au lieu de t’y rendre » lance la rappeuse suisse, KT Gorique dans son morceau, Walou. Elle y fait référence à tout ceux qui jugent son rap à son genre, plutôt qu’à son talent.

Pour cette artiste qui a obtenu le titre de championne du monde de freestyle, le live est primordial. Elle s’est produite dans le monde, et a justement commencé à rapper en open mic, à l’âge de 14 ans : « Je traînais au centre de loisirs et on a voulu faire un open mic, […] ils m’ont dit “vas-y rappe !” et c’est la première fois que j’ai rappé devant quelqu’un. Ça les a convaincus [..] ça m’a donné de la force » confie-t-elle dans une interview.

« C’est une expérience qui m’aide à prendre confiance en moi. C’est même soignant en vrai, par rapport à l’effet négatif des réseaux sociaux. »

Quant à la rappeuse, La Giu, elle est présente en open mic depuis quelques années, et fait ses débuts sur Tik Tok. Elle constate la différence entre ces deux manières de diffuser sa musique. « En open mic, je pense que comme c’est un public qui aime le rap, ils savent reconnaître le bon rap. Ils t’encouragent à te lancer. Je sais que les rappeurs présents aiment ce que je fais quand ils me proposent des feats par exemple. Alors que sur les réseaux c’est violent. Je me fais insulter, je me prend v’la les réflexions sexistes » explique-t-elle.

Quant aux opens mics, « c’est une expérience qui m’aide à prendre confiance en moi. C’est même soignant en vrai. Par rapport à l’effet négatif des réseaux sociaux » ajoute la jeune femme.

Le droit à la réussite, et à la médiocrité

« Les meufs osent moins aller sur scène, alors qu’il y a des mecs qui montent et qui ne connaissent même pas leurs textes. Pour être reconnue au niveau d’un gars, tu dois rapper mieux que lui. Mais tu ne seras pas vue comme meilleure, juste comme rappant bien. Je me suis dis déjà dit en voyant un gars rapper, si une meuf faisait ça, on dirait qu’elle est nulle » nuance La Giu.

« Pour être reconnue au niveau d’un gars, tu dois rapper mieux que lui. Mais tu ne seras pas vue comme meilleure, juste comme rappant bien. »

Comme l’a souligné la journaliste, Mekolo Biligui, le droit à la médiocrité n’est pas accordé aux rappeuses. Sur scène, c’est une pression de plus pour les rappeuses qui ne peuvent pas se fondre dans la masse, en livrant seulement leur texte et leur flow. Leur genre sera forcément pris en compte dans le jugement de leur prestation.

La rappeuse, La Giu, lors d’un open mic organisé par La Familiale et ME-TECH.

La Giu déplore ce qu’elle appelle le « sexisme bienveillant ». qu’elle retrouve dans des phrases comme : « T’es forte pour une rappeuse ». Elle préfère passer outre ces réflexions, et se réjouit de la force et des connexions faites entre artistes durant ces évènements. Tout comme les rappeuses, Pearly, ou encore Bry’o, qui organise des open mic, elle va continuer à conquérir la scène hip-hop parisienne.

« J’ai envie d’être reconnue comme une bonne rappeuse, d’être évaluée au même titre que les autres rappeurs. »

« J’ai envie d’être reconnue comme une bonne rappeuse, d’être évaluée au même titre que les autres rappeurs. Mais en sachant que je suis une femme, ça va faire partie intégrante de l’expérience. A travers mes textes féministes, et tout simplement quand on me voit. Il y a un moment il faut quand même que ça s’efface, on est tous des passionné-e-s au final » conclue-t-elle.

Photo © ME-TECH

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