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Je digge donc je suis : l’ère du streaming

Je digge donc je suis : l’ère du streaming

Les 2 volumes précédents présentaient les aventures de diggers qui se débrouillaient avec peu de moyens. Avec la démocratisation de l’informatique et l’arrivée dans l’ère du streaming, une révolution va encore impacter le digging.

Après les révolutions du CD gravé et du MP3 qui avaient modifiées les modalités du digging, l’arrivée du streaming va encore modifier la manière de « consommer » la musique. Dans cette ère du streaming où les auditeur.rice.s ont un accès illimité à la musique. Plus besoin d’avoir ses tapes homemade ou de déployer des trésors d’inventivité pour pouvoir graver le CD tant désiré. Une fois de plus la technologie et la toile offre un nouvel espace pour les diggeur.euse.s mais est-il vraiment pertinent ?

Youtube : 1er jalon de l’ère du streaming

Le 1er stade de la dématérialisation fut le MP3. Format qui nous a permis de pouvoir avoir des centaines de morceaux sur nous, grâce aux lecteurs qui allaient avec. Mais une 3ème révolution arriva en 2005 et ce fut Youtube. Le site ouvrait un nouveau champ des possibles pour le digging. En effet, très vite les artistes ou des particuliers ont uploadé des morceaux sur la plateforme qui est devenue indispensable aux passionné.es de musique et aux autres. Exit MTV ou M6 music entre autres pour regarder les clips, Youtube les a supplantées. Pour digger Youtube a un avantage certain : l’accès à un nombre de morceaux incommensurable sans sortir de chez soi. Encore faut il savoir où chercher et comment.

Youtube, c’est une multitude de chaînes dans tous les styles musicaux, de quoi perdre un peu la tête parfois. Néanmoins, la plateforme reste une mine d’or musicale dont le filon est inépuisable. Il est notamment devenu plus facile d’avoir accès aux samples de nos morceaux préférés via un site comme Whosampled (site qui donne accès au sample des morceaux) qui renvoie aux morceaux sur Youtube. Donc autant dire que j’ai passé des heures, des nuits, à me régaler devant ce buffet musical à volonté qu’est Youtube.

Il est rare mais il arrive qu’un morceau ne soit pas sur la plateforme. J’en ai fait l’amère expérience récemment. Cependant, mes vieux réflexes sont revenus et j’ai fini par trouver mon bonheur. Après une recherche google j’ai fini par trouver le morceau sur Soundcloud. Ouf l’honneur est sauf !

Sample de Shook Ones part II de Mobb Deep

L’arrivée de Deezer et Spotify

Respectivement créées en 2007 et 2006, ces 2 plateformes aussi ont participé à la transformation profonde de nos manières de consommer la musique. Personnellement, c’est Deezer que j’utilisais. Sans doute parce que c’était une plateforme française.

De plus, c’était la 1ère plateforme avec ce mode de fonctionnement dont j’avais entendu parler. Au début de la plateforme l’accès aux titres était totalement gratuit. C’est-à-dire que nous avions des comptes freeniums sans pub. Autant dire que le modèle économique n’était sans doute pas des plus rentables.

Mais ces plateformes, à mon avis, ne favorisaient pas le digging. Du moins, je ne m’en suis jamais servie à cet effet. Puis, les majors ou les artistes se sont sans doute rendu compte qu’ils perdaient une manne financière et les titres ont commencé à être inaccessibles. Était-ce la fin du streaming ?

C’est mal connaître le capitalisme qui s’adapte. La plateforme est donc devenue payante à coup de pubs et d’abonnements. Les smartphones sont également arrivés dans nos quotidiens et force est de constater que ces plateformes se sont adaptées à ces nouveaux objets.

La perte d’une partie du catalogue musicale

Aujourd’hui les plateformes, que ce soit Deezer, Spotify, Napster, Huawei, Amazon Music ou encore Youtube, nous proposent des playlists en tous genres. Playlists qui peuvent s’avérer faites pas des curateur.rice.s employé.es par les plateformes ou par des particuliers. Ce qui guide finalement l’écoute.

Si on ajoute les algorithmes, nos écoutes sont encore plus balisées. Même si à l’intérieur de ces playlists des découvertes peuvent être faites, ça reste quand même limité. Il y a peu de place pour l’improvisation.

Il se pose également un autre problème : quid d’une partie du patrimoine musicale qui n’apparaît pas sur les plateformes ? Par exemple on ne retrouve pas le classique de 113 Les Princes De La Ville sans doute pour causes de problèmes contractuels. Les 3 premiers opus de Solaar n’ont été uploadés que courant 2021. Plusieurs autres projets sont encore aux abonnés absents. L’abcdr via un article de 2019 relatait cette perte d’héritage.

Donc comment avoir accès à ces œuvres manquantes qui sont des jalons de l’histoire de la musique ? Encore une fois peut-être le téléchargement illégal ? Le support physique si il est encore possible de trouver ces disques en vente ? Mais la solution vient sans doute de Youtube où il est possible de les trouver sur des chaînes non officielles parfois obscures mais bien utiles pour avoir un accès à ces œuvres.

Ce n’est pas la chaine officielle de 113

Le physique résiste au streaming

Même avec l’émergence du streaming, les formats physiques n’ont pas disparu. Les ventes de vinyles n’ont pas cesser d’augmenter ces 5 dernières années. La part des ventes de vinyles correspondait à 20,2% des ventes physiques en 2019, contre 3,6% en 2015, avec 42% des acheteurs qui ont moins de 30 ans. C’est donc une petite victoire pour ce format qui crée toujours des émules chez les passionné.es. Chercher, fouiner, dans les bacs des disquaires à encore de beau jour devant lui.

Une autre révolution va peut-être encore changer le visage de l’industrie musicale et la manière dont nous la consommons : l’arrivée des NFT. Snoop Dogg a récemment racheté Death Row (Label historique West Coast), avec l’ambition d’en faire le 1er label NFT. D’ailleurs Doggystyle, The Chronic et Dogg Food ne sont plus accessible sur les plateformes. Sans doute pour en tirer profit ultérieurement en NFT. Peut-être ce mode de vente relancera-t-il le téléchargement illégal ? En tout cas au vue de la stupéfaction et la déception d’une partie du public c’est une éventualité.

Tant qu’il y aura des pasionné.es de musique, le digging aura encore de beaux jours devant lui. La manière de digger s’adaptera juste aux moyens et technologies proposées et cela de manière légale ou pas. Avec le streaming le digger a une arme de plus dans son arsenal.

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