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L’Amour du Disque – Hiba

L’Amour du Disque – Hiba

Hiba ; elle était aux platines de la Belleviloise le 30 septembre dernier, aux côtés de Habibi Funk, une soirée organisée par le collectif Free Your Funk. Hiba, 22 ans, Libanaise, elle grandit à Dubaï. À 18 ans, elle s’installe à Édimbourg pour les études. Elle décide immédiatement de s’investir dans la musique qui la fascine tant. La radio EHFM voit débarquer cette fille qui dit aimer la musique et rien de plus. Vous connaissez l’histoire ; récente mais prometteuse !

Habibi Funk et Hiba à la Belleviloise

On commence par le commencement. Tu avais des disques chez tes parents quand tu étais enfant ?

Avec mes parents j’écoutais pas forcément de musique. Moi j’aimais le rock et le rap et mes parents écoutaient les classiques de la chanson arabe. Pour les vinyles, y’en avait pas trop, ça reste assez cher dans le monde arabe, nous c’était plus les cassettes piratées. Plus tard ils ont acheté des CD aussi.

Comment as-tu commencé à te passionner pour le disque ?

J’ai travaillé dans une station de radio qui s’appelle EHFM. C’était mon deuxième semestre à la fac et j’avais besoin de rencontrer des personnes qui aimaient la musique. Là j’ai pu rencontrer des collectionneurs de vinyles, des gens qui mixaient, dont c’était la passion ! C’est vraiment quelque chose que j’admire !  Ça a été un grand changement pour moi après 6 mois à Édimbourg où j’avais toujours les mêmes conversations légères : «  Salut tu viens d’où ? Tu étudies quoi ?  ». Je me posais là pour un set de 2 heures à discuter avec eux et les regarder mixer. J’étais fascinée et je me demandais : «  Pourquoi ils collectionnent les disques ?  ».

Je me posais là pour un set de 2 heures à discuter avec eux et les regarder mixer.

Tu as débuté comment ?

Pour moi, en tant qu’étudiante dont les parents sont à l’étranger c’est un gros engagement de collectionner des vinyles. Je vais devoir les ramener un jour ! Et j’ai pas le budget pour ça.
Quand j’ai voulu collectionner, je me suis volontairement restreinte aux boutiques solidaires où j’allais trouver des pépites pour pas cher.

Du vrai digging à l’ancienne !

C’est ça ! En même temps je faisait des recherches en lignes pour trouver des artistes arabes, tout simplement. C’est là que j’ai compris où chercher, comme les plateformes Bandcamp ou Discogs. J’ai découvert DJ Plead par exemple, un australien-libanais. Mais j’adore le digging  ! À Dubaï il y a quelques disquaires aussi, ils vendent surtout des vieux 7 pouces.

DJ Plead – Come Quick

Pourquoi t’es-tu mise au mix finalement ?

J’étais dans cette radio [EHFM] et je voyais des gens cool faire ça, je voulais juste faire la même chose ! Et en parallèle, j’allais en club et j’entendais de “la musique orientale“ qui exotisait totalement ma culture, je n’aimais pas ça. J’avais besoin de me réapproprier ma culture et de la célébrer. Il faut savoir qu’en Écosse en général il y a peu d’arabes, encore moins à Edimbourg qu’à Glasgow. En tant que femme arabe j’avais envie de proposer autre chose et montrer que le monopole de l’homme blanc n’est pas une fatalité. Tu peux être DJ, tu peux faire ce que tu veux.

Quand tu dis «  célébrer ta culture  », on parle de quelles références ?

Quand j’étais enfant mon père aimait beaucoup Oum Kalthoum… ma mère, Warda… tous les classiques en fait : Mohammed Abdo, Abdelhalim Hafez… Mais, je savais même pas qui étaient ces gens, c’était de la musique ancienne et voilà. Moi je voulais écouter de la pop ou je sais pas quoi, des trucs américains qui passaient à la radio.
Arrivée aux Royaumes-Unis, je me suis sentie un peu isolée, culturellement… et j’ai commencé à redécouvrir la musique arabe et a vraiment apprécier ce que mes parents m’avaient apporté.

Comment tu compose tes mixes aujourd’hui ? J’ai pu constater à la soirée que tu ne passais pas que de la musique arabe et dans la musique arabe, pas seulement du moyen-orient.

J’essaie de ne pas me limiter à un genre spécifique. En plus la musique arabe n’est pas un genre en soi. L’objectif c’est de mettre un son, tu l’écoutes et tu te dis : «  j’ai envie de danser  ».

Génial, tu fais ça au feeling !
Et la rencontre avec Habibi Funk alors ?

Une amie (Tania) connaissais Jannis [Stürtz, Habibi Funk] de Beyrouth, donc on l’a amené à Edimbourg puis à Glasgow. Avec lui [qui est un homme blanc] sa démarche est stricte, il fait toujours en sorte que ça ne soit pas exotique. C’est ce que j’ai beaucoup aimé chez lui.
Le public de Edimbourg, c’était surtout des gens qui aimaient le label. Leur introduction à la musique arabe c’était Habibi Funk. À Glasgow, y’avais plus d’arabes et quand tu mettais des chansons nostalgiques tu pouvais voir dans leur yeux qu’ils le sentaient ! C’était la première fois que j’ai pu toucher la mémoire du public. Tu les connais pas mais en jouant un titre tu leur apporte tellement, c’est dingue ! D’ailleurs hier aussi à Paris j’ai ressenti la même chose.

Tu préfères jouer pour des arabes c’est ça ? Haha

C’est important aussi pour ceux qui ne sont pas arabe d’être introduit à cette musique en se disant : «  ah tien qui est cet artiste ? un artiste indépendant, je vais aller voir ce qu’il fait, sur quel label…  » Je pense que la culture club en général est vraiment importante.

Merci !
Techniquement comment tu travaille ?

J’alterne digital et vinyle mais en réalité je suis toujours en apprentissage, depuis le premier jour où je me suis mise à mixer. J’ai commencé sans savoir comment faire et j’apprends toujours.

Super, quel courage !
C’est quoi le futur ?

Je ne sais pas trop, je suis concentrée sur mon master. Après, je ne sais pas si un but en soi mais j’aimerais bien créer des ateliers gratuits pour apprendre à mixer au personnes qui viennent du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord qui n’ont pas les moyens. Ce serait à Glasgow où je viens de m’installer.

On souhaite le meilleur à Hiba et on vous invite à suivre son travail au plus vite !
Photographies réalisées par Darwon Rashid

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