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Freeze Corleone, La Menace Fantôme

Freeze Corleone, La Menace Fantôme

Après la mixtape Project Blue Beam sortie en novembre 2018, Freeze Corleone revient avec son 1er album LMF. Tout au long de ces 17 titres, Chen Zen va nous plonger dans son univers sombre, inquiétant et labyrinthique.


« Freeze Raël, sur la prod’, kicke comme Israel, fuck ces nègres comme Israël » c’est ainsi que Freeze rentre dans son album sur le titre Freeze Raël produit par Flem. La couleur est annoncée, Freeze va kicker et tuer la concu. Tout au long de l’album, Freeze va kicker les prods sans relâche, s/o team no lacking. Il ne rappote pas, ne chantonne pas, ne pousse pas la voix et les notes, ici c’est tout pour kick et la précision sur les prods comme un stretch 4.  

Il s’offre quelques feats plus ou moins réussis, qui, quand vous connaissez l’univers du Professeur Chen vous paraîtront tout à fait naturels. On aura eu droit au feat avec Alpha Wann grâce à une pétition signée par les fans des deux rappeurs, ce qui donne sûrement un des meilleurs voire le meilleur feat (cela reste à la discrétion de chaque auditrice/auditeur) de l’album, ce passe-passe ne laisse personne indifférent. Ce qui peut contrebalancer notamment avec le feat avec Despo Rutti où l’auteur de Convictions Suicidaires, se trouve bien mal inspiré sur son couplet. Notons aussi l’alchimie entre Freeze et Stavo sur Numérologie, où Stavo emmène Chen Zen pour des travaux sur la science des nombres (science initiée par Stavo sur Code 46). On retrouve également des membres de 667 tels que Kaki Santana, Osirus Jack ou Black Jack, mais aussi des rappeurs lyonnais qui sont proches de la secte, comme Ashe 22 sur Scellé Part 2 et sa prod Uk Drill ou La F sur Moncler morceau où Freeze s’efface un peu pour laisser la place au rappeur. C’est ici que l’on tombe sur Alpha 5.20 et Shone (Manager de Freeze) du Ghetto Fabolous Gang sur le morceau PDM (Peine De Mort). Vous ne serez pas passer à côté de la présence du Roi Heenok sur Dans le buisson avec Osirus Jack, la présence du Roi fait sens dans l’univers de Freeze, même si la pertinence de sa performance peut-être questionnée.

En terme de sonorités, l’identité musicale est travaillée par plusieurs beatmakers, principalement Flem qui est aussi au mix et mastering. Cependant il n’est pas seul a travaillé sur la charpente musicale de l’album qui oscille entre trap sombre et Uk Drill. Ce qui pourrait au premier abord paraître redondant mais qui donne cette atmosphère si particulière à l’album dès le premier titre. Cet album c’est l’impression de rentrer dans une maison hantée où les prods sont une enfilade de pièces sombres, avec parfois des voix qui donnent une impression fantomatique comme sur Freeze Raël où l’on entend cette voix féminine qui pourrait faire penser à une sirène qui voudrait happer l’auditeur/l’auditrice dans les profondeurs de la musique de Freeze.  L’expérience s’intensifie sur la morceau R.I.P Pop Smoke remix de la version de Welcome to the party de Freeze, où l’absence de tout élément de percussion donne une atmosphère particulière soutenue par ce piano et cette guitare sombre. Pour construire la charpente musicale de cette maison hantée avec Flem, on retrouve Amine Farsi avec Raaash sur Tarkov, C2S avec Marlex sur Big Pharma ou Moncler, M.O.I associé à Flem sur Numérologie ou PDM et d’autres morceaux, Tab sur Desiigner, JayJay avec Ocho sur Rap Catéchisme. Toutes ces associations fonctionnent et arrivent à donner cette couleur très forte qu’a l’album.


Pour habiller cette charpente musicale, Freeze dégote toutes sortes de références comme à son habitude. Ainsi il shout out notamment Oxmo ou encore Tandem ou bien Mac Tyer ou Prodigy. Mais ce n’est pas ses seules références, il est apparemment féru de jeux vidéo, il cite notamment Tarkov avec le morceau du même nom ou encore NBA2k via le titre Strech 4. Il name drop également des footballeurs. Comme beaucoup de rappeurs de cette génération il fait aussi référence à des mangas tels que One Piece ou Dragon Ball Z mais aussi des films comme Star Wars ou encore Le Seigneur des anneaux. Il fait aussi allusion à un vocabulaire qu’on assimile à la sphère complotiste comme la mention « Big Pharma ».  Il n’est pas non plus avare d’allusion ou références à des personnages historiques tels que Sun Tzu (auteur de l’Art de la guerre) ou encore Marcus Garvey (précurseur du panafricanisme). S’ajoute à tout ça un mode d’écrire et de mise en place des idées qui n’appartient qu’à lui, notamment avec des tournures de phrases comme : « Et j’suis pas comme eux comme si j’ai subi des mutations » où l’utilisation du présent supplante l’imparfait après la conjonction si. Il joue également sur l’utilisation des adlibs, ce qui accentue en plus la dynamique des morceaux. Tous ces éléments agencés ensemble donne parfois un côté sibyllin aux morceaux de l’artiste, ce qui renforce un fois de plus son univers singulier et quelque peu mystérieux.


Pour appréhender cet univers obscure et  labyrinthique, plus d’une écoute est nécessaire. Chen Zen et toute l’ékip notamment les beatmakers ont construit sur ce projet un univers unique, qui peut parfois s’avérer borderline, qui interpelle de temps à autre, qui peut effectivement être choquant pour certain(e)s. Un univers ultra sombre où le but est peut-être de ne laisser personne indifférent. Ce qui est chose faite, avec LMF certain de vos sens seront mis à contribution et parfois même vous serez égarés. La Menace Fantôme c’est le dédale dans lequel Freeze nous embarque, vous voici prévenus.

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