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Médine – Grand Médine

Médine – Grand Médine

Médine revient en ce 6 novembre 2020 avec son 7ème album studio, qui fait suite à Storyteller sorti en avril 2018. Avec ce 14ème projet le rappeur havrais continue à questionner sans concessions ce monde et ses travers mais pas que. 

« Viens pour entendre la musique, viens pas pour entendre parler de musique », Médine invite à sa façon les auditeurs/auditrices à plonger dans cet album dans le 1er titre Ignorez l’intro. Ce qui annonce également que la musicalité sera importante, elle sera un véhicule pour ses mots. 

Plus que jamais en place dans son époque, Médine distille tantôt avec dureté, tantôt avec humour, tantôt avec douceur, un regard sur le monde, la France, sur sa famille tout au long de l’album. Dès l’intro, la bien nommée Ignorez l’intro, le rappeur nous met dans le bain. Sans ce côté un peu professeur « moralisateur » terme qui a souvent été employé pour qualifier le rappeur, Médine rend compte des absurdités et des problématiques du monde dans lequel chacun évolue. Il questionne notamment sur le titre Voltaire le traitement médiatique des personnes racisés et le racisme systémique en France, « Allez-vous traiter MHD comme vous avez traité Cantat ? » ou encore « Mais c’est jamais pour nos frères qu’on sépare l’œuvre de l’homme » ou « Mennel ou Mila, le traitement n’était pas équitable », sans oublié de faire un shout out à Casey en ajoutant à la fin du morceau une de ses interventions. Il n’hésite pas à critiquer certains qui se prétendent religieux et qui sont parfois dans une sorte d’aveuglement à travers God Complex, « Beaucoup d’foi pour haïr mais pas assez pour aimer », il introduit également ici un volet sur l’écologie plus précisément sur la souffrance animale, « Tant qu’c’est halal, bats les couilles d’la souffrance animale. Tant qu’c’est casher, on s’en tape que ce soit l’dernier d’l’espèce ». Même si le havrais a évolué et manie très bien les codes du rap actuel en terme de longueur des couplets, de rythmique, il a su garder ses fondamentaux tels que les storytellings notamment. Storytellings ancrés dans l’actualité tel que Sara, le dernier volet de sa série Enfant du destin, qui raconte le destin d’une jeune Ouïghour. Grand d’la tess, conte aussi l’histoire d’un grand de la tess de quarante ans campé par Médine et d’un jeune de tess campé par Hatik, qui joue sur une dualité entre ancien et jeune du quartier. Le rappeur a parsemé son album de quelques égo-trips bien sentis tels que le titre FC Grand Médine, « Toutes les années, j’crée la surprise, dans leur MP, j’suis une dick pic », égo-trips saupoudrés d’un humour parfois un peu grinçant. Dans L’imposteur, il aborde cet espèce de syndrome de l’imposteur, qu’il rappote à la 1ère personne, « j’suis pas à une contradiction près », il est lui aussi le produit de ses contradictions comme chaque être humain. 

Pour habiller ses propos, Médine a complètement intégrer les codes du rap actuel en terme de forme. Il joue sur les textures de flows et de voix, sur les textures des textes entre morceaux à couplet unique et les titres aux structures plus classiques. Il joue sur les adlibs comme sur les titres FC Grand Médine ou HLM Grand Médine, ce qui dynamise les morceaux. Il se permet aussi de chanter sur certains refrains et de rappoter sur certains titres. Il démontre ainsi une maîtrise des différentes couleurs du rap actuel, il a clairement fait une mise à jour de la forme sur ce projet. Il parie sur certains titres sur des couplets plus courts comme sur le 1er couplet de Voltaire, ce qui le pousse peut-être à aller plus directement à l’essentiel, ce qui joue aussi sur la durée des morceaux qui se sont globalement raccourcis eux aussi. Cette façon de traité la forme, sert aussi son discours qui n’est pas toujours des plus joyeux, le rappeur aura trouvé une sorte d’équilibre sur ce projet. Comme il le dit si bien lui-même, «Pour moi, changer de flow et d’avis comme de chemise n’est qu’une question de propreté  ».

Pour ce qui est de la partie musicale Médine a choisi de travailler comme à son habitude avec Proof (beatmaker signé chez Din Records et qui accompagne Médine depuis ses premiers projets),qui a travaillé sur la majorité des titres parfois en association comme sur Tête à cœur avec MIK , mais pas que, il a aussi fait appel à d’autres producteurs et non des moindres. Il s’est ainsi entouré d’Achraf Baati qui officie sur Ignorez l’intro avec UNCL, sur Barbapapa prod à laquelle il a donné une couleur ensoleillée et sur FAQ l’outro du projet. Ignorez l’intro qui joue d’ailleurs sur un changement d’instru sur le 2ème couplet de Médine, le titre est aussi un petit clin d’œil à Mobb Deep plus précisément au morceau Hell On Earth dont on entend la prod à la fin du morceau. Wladimir Pariente est aussi présent sur le projet, il signe God Complex, Tue-l’amour avec DST, Usky et Dinos, prod avec une légère couleur R&B ce qui donne une épaisseur en plus au titre, ainsi que FC Grand Médine avec Mikuda, à la prod plus énergique . Pour la prod à la couleur mélancolique d’ À l’essentiel, c’est le combinaison Redzol et Le Motif qui sont à l’œuvre. Sur certains morceaux tels que Grand d’la tess et Ray, des nappes de piano aux couleurs mélancoliques donnent de la profondeur aux titres, grâce au touché de Sofiane Pamart, qui est associé à différents beatmakers comme Denza et MOC sur le feat avec Hatik et à MOC sur Ray. L’atmosphère musicale construite par les différents beatmakers est cohérente avec les thèmes abordés et qui s’avère être un soutien à l’interprétation de Médine.   

Le rappeur havrais n’est jamais avare de collaborations et de partages sur ses projets. Il a choisi des artistes qui ont des couleurs musicales différentes sans que cela rendent les feats de l’album hors de propos. Il partage le storytelling de Grand d’la tess avec Hatik qui campe lui le personnage d’un jeune de tess déscolarisé qui veut faire de la mula à tout prix. Sur le titre Reste, il se connecte avec YL les 2 rappeurs abordent ce qu’il reste à l’humanité, « l’amour c’est tout ce qu’il nous reste ». Il réédite son désormais célèbre posse cut Le Grand Paris, avec cette fois ci Koba LaD, Pirate182 (qui fait forte impression), Larry, Oxmo Puccino et Rémy. Qui aurait pu imaginer Koba LaD et Oxmo coexister sur un même titre avant ce posse cut ? À travers Quartier VIP, avec Soso Maness, ils rappent, rappotent et chantent les atermoiements qui sont inhérents à la vie dans certains quartiers, « Y a plus d’espoir quand t’es coincé en bas dans l’binks ». Avec Tête à cœur et Bigflo & Oli, ils abordent les dilemmes entre le cœur et la tête mais surtout le changement qu’induit parfois le fait de vieillir ou de grandir, phase au quelle les êtres humains sont souvent confrontés. Sans oublier le touchant Barbapapa où il réitère le fait de feater avec son fils Massoud (ils avaient déjà rappé en ensemble sur Papeti apparaissant sur Storyteller l’opus précédent), où l’on entend aussi en voix additionnelle Mekka la fille du rappeur, ce qui symboliquement peut faire penser à un passage de flambeau surtout avec Massoud. 

Plus que jamais avec ce projet, Médine s’ancre dans la réalité de notre époque. Entre critique d’un état policier où certaines violences ont fait irruption dans le débat public, « On n’ouvre pas la porte du vivre ensemble avec une clé d’étranglement », critique du traitement des racisés en France, critique des religieux aveugles, mise en lumière du sort des Ouïghours en Chine et bien d’autres sujets abordés sans oublier cette prise de conscience écologique qui fait son apparition dans son discours, Médine partage ses points de vue du monde et notre dame nation qu’est la France. Sans oublier de faire part de contradictions dont il est lui même quelque fois atteint. Tout n’est pas que nuance de gris dans cet opus, il y a quelques éclairs de lumière avec les titres Barbapapa et Tue-l’amour, qui donne des petites respirations à ce projet finalement assez dense, même si le rappeur à évoluer dans la forme, ce qui à peut-être contribué à rentre le tout plus digeste, l’Arabian Panther n’a pas travesti son discours au contraire il l’a fait évoluer

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