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Médine France – L’identité en question

Médine France – L’identité en question

Fort de ses plus de 20 ans de carrière, Médine a sorti son nouvel album ce vendredi 13 mai intitulé « Médine France ». Un titre loin d’être anodin, dans une période où le débat public se cristallise autour des questions identitaires. Médine y questionne le concept même d’identité, les injonctions qu’il sous-tend et la redéfinition qu’il nécessite.

Fidèle à sa plume engagée, Médine s’est encore distingué ce vendredi avec un album sans featuring consacré à la question de l’identité. À 39 ans, le rappeur continue à peser sur la scène hip-hop, en adaptant toujours son style aux nouveaux courants. Déjà amorcé dans son précédent album « Grand Médine », il poursuit son évolution vers des morceaux plus mélodieux, avec un usage maîtrisé de l’autotune. Il ne manque pas non plus de proposer des sons plus kickés, qui ont longtemps constitué sa marque de fabrique. 

L’identité nationale par la négative

Dans son morceau éponyme « Médine France », présenté en avant-première, Médine annonçait déjà la couleur de son album. Une anaphore débutant par « J’suis pas Médine (made in) » énumérant les raisons pour lesquelles l’artiste ne se reconnait pas ponctuellement dans les territoires cités.

« J’suis pas Made in France quand j’vois les étudiants d’vant le CROUS faire la queue pour obtenir la moitié d’un casse-croûte »

Le sentiment d’appartenance chez Médine n’est pas un soutien inconditionnel à son pays. C’est surtout un regard critique envers ses injustices et envers ses symboles au travers desquels il ne se projette pas : « J’aime pas les drapeaux, les képis, les calots / Les batailles de bateaux, les rafales de Dassault » (« Allons zenfants »). Mais pour cela, il faut déjà avoir la possibilité de les remettre en question, voire de se les approprier.

Une identité imposée

On peine généralement à définir l’identité nationale. Qu’est-elle finalement : un drapeau ? Un hymne ? Une histoire ? Une carte d’identité (à l’image de la cover de « Médine France ») ?

Cover de l’album « Médine France »

Tous ces éléments se rapportent à une définition très figée de l’identité nationale, comme une checklist dans laquelle il faudrait cocher le plus de cases. Mais est-ce vraiment ça être français ? Et tout simplement : existe-il vraiment une identité culturelle ?

Des ressources plus qu’une identité 

Si l’identité culturelle est immobile, coincée dans le passé, les ressources culturelles permettent de se projeter dans le futur. C’est la définition même qu’en donne le philosophe François Jullien.

« Il n’y a pas d’identité culturelle […] mais nous défendons les ressources d’une culture »

Considérant cette perspective de pensée, l’identité nationale perd de son sens. La défense des ressources culturelles permet de se penser français différemment, en faisant fructifier la richesse d’un patrimoine culturel plutôt qu’en restant figé sur une pensée préconçue. Cela rend possible l’appropriation de ses codes pour les réinventer, comme Médine dans « Allons zenfants ». 

« L’hymne de la nation, j’vais le réécrire moi-même ».

Un ancrage territorial 

Dans cette optique, le sentiment d’appartenance découle d’un libre choix du citoyen : celui de s’approprier les ressources culturelles de son choix pour en enrichir l’existence. A ce propos, ce qui traverse toute la discographie de Médine, c’est son ancrage normand, son amour pour sa ville du Havre, ce qu’il nomme dans un morceau « La puissance du port du Havre ».

L’artiste défend sa culture locale, ses spécificités géographiques, ses pratiques culturelles. Une autre manière de se sentir français dans un sous-ensemble territorial faisant partie du « tout » français. 

Médine candidat ?

Le chanteur n’a jamais caché son engagement pour sa ville, notamment par le biais associatif.  Cette année, il a passé une étape supérieure en évoquant ouvertement son soutien pour le candidat Jean-Luc Mélenchon dans une interview pour Mediapart

Ce soutien marque l’entrée de l’artiste dans une sphère plus politicienne de la politique – lui qui, jusque-là, s’était contenté d’un engagement par le biais musical et associatif. Une telle insertion exacerbée par son évocation, certes semi-ironique, de s’engager en politique. Interrogé par Mouv’ sur son ambition de se présenter dans des élections locales, le rappeur rétorque : « Pas pour l’instant, ça me chauffe pas trop, mais faut pas trop me chauffer [rires]. Si je vois qu’il y a un truc intéressant à faire, on va y aller ».

Quoiqu’il en soit, avec « Médine France » le rappeur propose une ouverture pertinente au thème de l’identité, dans une période où les analyses complexes sur le sujet se font rares. Et même face aux dérives qui adviennent au nom de la France, comme le dit Médine, son « p’tit cœur restera français ».

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