pixel
Now Reading
Quand le rapgame s’emmêle au politique

Quand le rapgame s’emmêle au politique

Alors que la campagne électorale s’accélère à grands renforts de sondages autofinancés et de débats stériles, les rappeurs ont, eux aussi, décidé de s’y mettre. A croire que ces deux mondes se répondent en écho, voire exercent une fascination l’un sur l’autre. Mais est-ce vraiment le politique qui s’inspire du rapgame ou le rapgame qui se mêle, voire s’emmêle au politique ? 

Fianso n’a peut être pas tort quand il compare le monde politique et le rapgame finalement. Mais est-ce les politiques qui sont devenu.es des artistes rap ou l’inverse ? Le rapgame ne s’emmêle-t-il pas désormais dans le politique ? Si oui, est-ce vraiment une bonne chose ? Telle est la question de la semaine.

Allez comprendre ! Elleux qui ne juraient jusqu’alors que par la neutralité politique et surtout le non engagement, sont désormais investi.es d’une “conscience” nouvelle. Enfin, surtout celleux dont c’est le fond de commerce, car dans le fond du fond, les choses bougent peu ou pas…

Les soutiens affichés clairement

Outre Sako (dit aussi chien de paille) qui a clairement intégré la campagne LFI, des rumeurs ont induit un soutien de Nekfeu à ce même parti. A croire que la couleur politique de nos idoles importent plus que leur lyrics. En tout cas, ça fait couler plus d’encre. 

La tentative de récupération #mavoixcompte

Nous avons eu droit aussi à une campagne menée par les partis pour impliquer des artistes sur le #mavoixcompte. Ce dispositif visant à ce que les jeunes s’inscrivent sur les listes électorales, n’est pas sans rappeler le collectif “devoir de mémoire” notamment mené par Joey Starr (et Besancenot à l’époque). 

A ceci près que #mavoixcompte ne s’appuie sur aucun principe autre que la nécessité de voter dans un système où le reste du temps la parole citoyenne est confisquée.

Autrement dit, il ne sert que les partis et leurs stats. Si certains ne votent plus, c’est précisément parce que ce jeu politique ne leur convient plus et que les partis manipulent autant leurs soutiens que leur concitoyen.ne.s. 

Finalement, les artistes qui refusent d’afficher leur couleur politique ailleurs que dans leurs choix musicaux, économiques et artistiques, refusent surtout d’être instrumentalisé.es par les partis. Ces derniers ne les reconnaissent étrangement qu’en période de campagne. Ils ne cessent de dénigrer cette culture tout le reste du temps, ne l’oublions jamais. 

Les rappeurs qui se mêlent au politique

Mais le rap a-t-il seulement déjà vraiment été politique ? Certain.es le revendiquent, d’autres non. Est-ce à nous de trancher? Est-ce si bienvenu que le rap se fasse politique au sens où celle-ci se donne à voir actuellement ? Question…

Nous avons donc vu cette semaine le retour de Kery James avec sa « politique fiction » où un ersatz de Napoléon aurait été élu président en avril 2022… Un son long de 8 minutes entre Malcom X et Martin Luther pour exposer le cauchemar d’une élection ratée. Sous entendu, votez bien, sinon, ça sera la guerre !

Dans la même verve, nous avons pu voir aussi le Médine France. Pas étonnant venant de celui qui a fait de l’engagement politique tant national qu’international une marque de fabrique, voire une marque tout court. Le rap made in France, est donc entre  “Ademo, N.O.S et Pierre Desproges” nous dit-il.

Sous entendu, un truc de mec (faudrait pas déconner non plus) qui décrit le réel non sans un certain recul. Recul qui est en soi une forme d’engagement politique puisqu’il permet d’analyser, de ne pas réagir à chaud et d’éviter ainsi les erreurs de jugement.

Les retournements de vestes point commun du rap et du politique

Pourtant, ce recul semble lui aussi à deux vitesses. Quand il s’agit de faire du chiffre, comme en politique, ça drague à tout va et à tous bords. Médine n’avait pas hésité à faire un featuring avec Booba en 2018 alors que ce dernier soutenait déjà le Z en 2011.

Ajoutons à cela que ce même Booba s’est déjà affiché avec Messiah lors de l’un de ses nombreux passages à TPMP, a défendu la police américaine dans les pages du Monde en aout 2018, et en vient aujourd’hui à valider une fois de plus les propos de Zemmour.

Autrement dit, celui qui se prétend le rappeur ultime prend position pour défendre les propos d’un nazillon qui veut nous faire croire que “nos enfants sont endoctrinés”, mais reste adoubé même par celleux qui se disent « engagé.es » contre les identitaires et autres réactionnaires.

Le rap game est il de droite ?

Pour peu qu’on suive de près les propos de M. Yaffa, rien d’étonnant. Il a toujours été de droite n’en déplaise à certains. Peut être serait-il enfin temps de questionner véritablement la frange réactionnaire du game. Oui, oui, celle qui veut nous faire croire que pour être un vrai rappeur, il faut être sexiste, capitaliste et surtout hétéro. Que le rap est un truc de mec, fait par eux, pour eux et surtout qu’il ne faudrait surtout rien n’y changer.

Cette même frange qui a peur que les enfants soient endoctriné.es (mais qui ne se posaient pas ou très peu de question sur les manuels scolaires jusqu’à ce que la question du genre intervienne), que les femmes leur coupent les couilles juste en refusant leur sexisme et surtout qui prient avec ferveur pour que leur position dominante reste et demeure un privilège. 

Celle-ci est malheureusement relayée et soutenue par des piliers du game, qu’iels soient artistes, dans l’industrie ou les médias. Cette frange est engrenée par les conceptions virilistes et sexistes de celleux qui font le game (ou se font croire qu’iels le font).

Le rapgame n’a plus rien à envier au politique

De fait, nous ne pouvons qu’observer le même phénomène qu’en politique : harcèlements, abus de pouvoir, agressions sexuelles… le tout couvert par l’omerta de l’entourage, d’une opération de discrédit des victimes, voire de chantage affectif comme dans cette affaire encore en cours, mais que notre rédaction suit de près.

Bref Darmanin, Tron, ou même Zemmour n’ont plus rien à envier au rapgame et inversement… Alors, à quand un vrai nettoyage du game ? Oui, oui, celui où il faut dépoussiérer pour redorer le blason. Alors prêt.e.s à dénoncer tous les agresseurs du game ? Prêt.e.s à questionner le culte de la réussite, la starification et le culte de la personne ? Parce que ça aussi ça serait politique, et finalement plus pertinent que de s’emmêler les pinceaux dans cette campagne.

View Comments (0)

Leave a Reply

Your email address will not be published.

Scroll To Top