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L’Europe sera-t-elle sauvée par son immigration ?

L’Europe sera-t-elle sauvée par son immigration ?

L’immigration a toujours été un facteur majeur d’innovation et de création de valeur. Nous avons besoin de sortir de la consanguinité qui nous écrase, de faire émerger des leaders multiculturels pour réinventer un monde qui ne nous convient plus. La diversité est l’une des grandes clés de la transformation qui vient. Faisons le pari de l’immigration pour une Europe plus juste, plus forte.

Bonjour à tou.te.s. Pourquoi ça bloque ? Pourquoi sommes-nous tétanisés ? Sans l’ombre d’une réponse face à la déferlante qui s’abat sur le monde ? Par où commencer ? où sont les réponses ? Le premier constat qui s’impose est du côté de nos dirigeants. Leur manque de légitimité pour nous projeter dans la complexité d’un futur qu’ils ne comprennent pas. Ce ne sont pas les élèves obéissants et bien-pensants issus des écoles de commerce ou des écoles de la République qui vont redonner à la France et à l’Europe sa dignité. Nous sommes représentés dans la guerre pour réhabiliter nos droits par des « enfants sages » aux parcours brillants et sans faute mais surtout lisses et sans souffle. Il y a un abîme entre le nouveau monde qui se construit et le conservatisme de nos dirigeants. Des personnalités en creux, sans expérience et sans audace, qui dominent et étouffent le monde économique et politique.

Sortir de la consanguinité

C’est le premier pas à accomplir : sortir de l’entre-soi qui tue le désir et la détermination d’agir. La diversité sera l’une des grandes clés de la transformation qui vient. Recycler tout ce que cette planète contient de cultures, de présences, d’idées et de récits. Comprendre que rien ne nous appartient vraiment, que tout n’est qu’emprunt, refondation. Nous avons besoin de ces brassages d’idées pour explorer et s’aventurer dans toutes les palettes des possibles et sortir de la consanguinité qui nous écrase. Une consanguinité qui entretient une forme de « paresse » qui a infiltré l’Occident depuis plusieurs années. Les racines sont profondes, le confort, la peur de l’autre, du mouvement et de la transformation qui émousse la nécessité d’apprendre, de se défendre, de transcender. C’est en accélérant le métissage, l’inclusion et le pluralisme, en favorisant le métissage que nous mettrons en place des infrastructures inédites pour nous renouveler et faire émerger des pensées divergentes. Comprendre les autres cultures pour en faire [sa] propre culture.

Sortir de l’incrémentalisme

L’« innovation ne peut venir que des exclus », dit Christelle Bazin, coordinatrice 2B2 France, comme le montre l’expérimentation d’Utopia Maker. Nous devons faire évoluer notre regard sur les mouvements de population perçus comme un danger, une perte d’identité, alors qu’elles sont une condition sine qua non pour sortir de nos logiques biaisées et étriquées. L’enjeu est de faire émerger des leaders multiculturels pour réinventer un monde qui ne leur convient plus. Si la créativité is just connecting things, les immigrés qui traversent la méditerranée ont une multitude de points de vue à relier, un autre regard sur le monde pour construire avec nous les écosystèmes de demain. S’embarquer dans des expérimentations ouvertes, avec des acteurs sélectionnés pour leur exigence et leurs expériences. Des acteurs décidés (ou qui n’ont pas le choix) à sortir de l’incrémentalisme et à « enjamber les analyses et préparer les synthèses », disait Michel Serres, favoriser la pluridisciplinarité, l’interdisciplinarité, l’interpénétration qui englobe mathématiques, physique, chimie, écologie, sociologie, psychologie, économie, politique, géopolitique, bref, toute l’infinie panoplie du savoir humain. 

L’Amérique a un temps d’avance

Si l’Amérique traverse une crise nationaliste majeure, elle nous offre en parallèle ce qu’elle a de meilleur ; la force créatrice de son immigration. La « Victory Squad » renouvelle la politique et redonne de l’espoir à des millions de gens issus des classes populaires. Alexandria Ocasio-Cortez (d’origine portoricaine), Ayanna Pressley (élue noire de Boston), Rashida Tlaib (d’origine palestinienne) et IlhanOmar (arrivée à 10 ans de Somalie) on totalement rebattu les cartes au sein du Parti démocrate et ressuscité la campagne de Bernie Sanders. Elles incarnent une génération avide de justice sociale et raciale et dégagent une forme de positivité et d’enthousiasme, sans agressivité qui transcende les blocages. Signe de cette évolution, dans son quartier populaire de New York, Alexandria Ocasio-Cortez a détrôné un démocrate, homme, blanc et quinquagénaire, qui briguait un dixième mandat. 

Construire une nouvelle Europe

L’Hexagone est encore loin de cette capacité de renouvellement. Le potentiel est totalement bloqué au sein des appareils politiques ou économiques qu’ils soient de gauche et de droite. De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélanchon en passant par Macron ou Faure, tous les responsables pensent la politique comme il y a cinquante ans et n’ont aucune aptitude, expérience ou formation pour s’engager et nous engager dans le XXIem siècle. Leurs préoccupations sont obsolètes, ils s’écharpent encore pour savoir si l’Islam est compatible avec la laïcité en attisant les haines et les déchirements alors qu’une majorité de la jeunesse se trouve déjà ailleurs, dans un autre « espace ». Ouvrons les portes à ces nouvelles forces pour construire une Europe plus juste, plus forte. Faisons le pari de l’immigration.

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