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Exposition « 6 continents ou plus » au Palais de Tokyo : Visite guidée

Exposition « 6 continents ou plus » au Palais de Tokyo : Visite guidée

Le Palais de Tokyo accueille sa nouvelle exposition « Six continents ou plus » jusqu’au 20 mars 2022 : de l’Art, des events, des fêtes, des DJ sets, des échos aux appels « dUbuntu, un rêve lucide », lexposition de la commissaire invitée Marie-Ann Yemsi. Tout pour faire Humanité ensemble. Visites guidées comme à notre habitude.

Le 25 novembre, soir du vernissage au Palais de Tokyo, j’ai le magic ticket pour la visite de l’exposition « 6 continents ou plus ». C’est grâce à Pascale Obolo, la rédactrice en cheffe de la revue AFRIKADAA invitée par Jay Ramier, l’un des exposants. Le dimanche 28 novembre, je retourne encore au Palais de Tokyo pour une deuxième visite des expositions et y célébrer le magnifique film « Marcher sur l’eau » d’Aïssa Maiga

Lors de mes deux visites, je me suis donc consacrée à trois expositions. Ces trois artistes sont exposé.e.s au grand sous-sol du Palais de Tokyo. Chaque visite au Palais de Tokyo de l’exposition reste une redécouverte.

Jay « One » Ramier, un artiste Hip Hop qu’on ne présente plus.

« Keep the fire burning (gadé difé limé) », titre de son exposition, est un hommage à James Baldwin et aux paroles de Gwen McCrae. « The flame of love is about to die / We’re gonna fan the fire, come on along. »

Le fil rouge de sa carte blanche est bien la musique comme moyen d’émancipation pour les Noir.e.s. Il rend également un hommage à son père, dans son exposition, décédé l’année dernière .

L’oeuvre la plus frappante trône au centre. Tout le monde se photographie devant cette immense fresque faite comme une pochette d’album, réalisée avec les codes esthétiques du grafitti et avec des tissus cheap de la place Saint pierre à Montmartre.

Ses invités

Derrière, se trouve une pièce sombre où Jay Ramier compose un album avec plusieurs pistes. Il y invite aussi des artistes comme Hervé Télémaque qui évoque aussi la noireté dans sa peinture. Avec un panneau sur lequel « White person only » est écrit, il rappelle que cet épisode de notre Histoire n’est pas si ancien.

Martine Barrat, photographe du hip hop et de la condition noire aux USA, dénonce à son tour le système carcéral américain avec sa photo « Jobs not jail ». En effet, ce business ne profite pas à la réinsertion sociale des incarcérés qui sont en majorité Noir.e.s et Latino.a.s.

Aussi, Ariles De Tizi présente le portrait de Michel Zecler, victime d’un contrôle policier d’identité sauvage. Le cliché laisse entrevoir la rage mise à la tâche par les forces de l’ordre. Il rend aussi compte de la réalité du quotidien d’un producteur de musique noir en France.

L’exploration de la relation paternelle est autant existentielle que politique. Elle participe de fait, de sa réconciliation avec son Africanité. « La relation enfant/parents aux Antilles est compliquée car il y a beaucoup de tabou autour du passé, de leur histoire » nous confiera Jay Ramier lors de la visite.

Sarah Maldoror, cinéaste méconnue, sauf des cinéphiles.

Dans l’immense salle de l’aile gauche, l’exposition se concentre sur Sarah Maldoror. Artiste, femme et Noire, elle cochait donc toutes les cases de notre société pour être invisibilisée.

Les deux commissaires, Cédric Fauq et François Piron, lui rendent ainsi hommage en exposant sa perspective intersectionnelle (à la jonction de plusieurs oppressions). Ils tenaient à mettre en lumière une personnalité si inspirante et décédée l’année dernière.

Sarah Maldoror a traversé le 20e siècle, à travers les luttes de décolonisation. Elle a ainsi côtoyé nombres d’artistes, d’intellectuels, de poètes de la négritude comme Aimé Césaire et Léon Gontran-Damas.

La première cinéaste du continent africain

Née en 1929 d’une mère Gersoise et d’un père Guadeloupéen, elle vient étudier à la Sorbonne, à Paris dans les années 50. Elle y rencontre tout le milieu intello-artistique dans les mouvements, de luttes de l’époque.

En 1958, elle crée sa compagnie de théâtre, tout en se disant que le cinéma serait un meilleur outil pour parler des luttes. Formée à Moscou, elle rejoint ensuite les révolutionnaires comme Frantz Fanon au moment des luttes à Alger.

Elle réalise ainsi ses premiers films et connaît ses premières censures. Avec une quinzaine de films à son actif, Sarah Maldoror est considérée comme la 1ère cinéaste du continent africain. L’exposition présente certains de ses films et les archives de ceux qu’elle n’a pas pu faire par manque de moyens.

La présence dans cette exposition de l’illustratrice Maya Mihindou, de la peintre Ana Mercedes Hoyos ou de la sculptrice Anna Tje prend tout son sens comme autant de prolongement du travail de Sarah Maldoror.  

Maxwell Alexandre : une référence actuelle au Brésil

C’est dans l’immense salle de l’aile droite que le travail de Maxwell Alexandre est exposé. La visite de l’exposition se poursuit à travers les sous-sol du Palais de Tokyo. La lumière est crue, en contraste avec les deux autres expositions.

Parmi le top cinq des artistes référents actuels du Brésil, sa proposition « New power » est une installation composée de grands panneaux de tissus peints, constitués par des pans plus petits. Selon la légende urbaine, son atelier serait trop petit pour peindre de si grandes toiles.

Les panneaux de peintures sont faits de kraft qui se dit en brésilien pardo. Le terme pardo est utilisé pour le recensement des populations au Brésil et recouvre ainsi toutes les nuances de couleur et de métissage entre « blanc » et « noir ».

Reprendre le pouvoir

Maxwell Alexandre l’évoque pour parler de la situation au Brésil où il est plus «politiquement correcte » d’employer le mot pardo que noir. A l’instar, du mot « black » en France.

L’idée de Maxwell Alexandre est de reprendre le pouvoir en occupant les places qui appartiennent en majorité aux Blanc.he.s. Investir l’espace. Reprendre sa place. Son panneau de peinture raconte des choses différentes selon le public. Son signifiant change si c’est un gardien noir du musée ou une conférencière blanche qui lui fait face.

 

Ses grands panneaux-tableaux cloisonnent les espaces, nous enferment dans des cubes blancs et jouent de la perspective. Toutes les personnes peintes sont noires, cheveux décolorés en blond pour recréer une unité, une communauté.

Des saynètes ordinaires du quotidien sont immortalisées ainsi que le quotidien de la communauté noire comme les arrestations de police. Sur un ton plus léger, ses tableaux regorgent de références artistiques et culturelles à découvrir. La promesse de découvrir à chaque visite une nouveauté, d’accéder au Nouveau Pouvoir.

Ça tombe bien, j’y retourne le 18 décembre ! Une nouvelle visite du Palais de Tokyo autour de cette exposition ! Jay Ramier a invité la revue AFRIKADDA pour perturber son exposition avec un acte éditorial performatif sur les révoltes silencieuses dans les Antilles. Ce souhait sera exaucé. Ce fameux 18 décembre, la revue présentera une performance avec la complicité de Françoise Vergès et moi-même dans son ombre (call me Igor !).
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