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Deen Burbigo – Cercle Vertueux

Deen Burbigo – Cercle Vertueux

Deen Burbigo est de retour sur la planète rap, 3 ans se sont écoulés entre Cercle Vertueux et Grand Cru sorti en 2017. Avec ce 2ème album produit via son label Saboteur, Deen va nous balader entre ses vices et ses vertus.

« Han, pénis taille poney sous le levi’s cartonné », c’est ainsi que Deen invite les auditeurs/auditrices à rentrer dans ce Cercle Vertueux. Il est aisé de comprendre que sur ce projet les choses vont se jouer entre égo-trip et des touches d’humour parfois un peu gras.

Pour Deen Burbigo ses saboteurs (son entourage) sont importants, ce qui se ressent à travers les feats présents sur l’album, ici la notion du collectif et de l’entourage reste fondamentale. 5 feats sont présents sur l’album, aucun n’est hors de propos, le tout est bien dosé. C’est avec Alpha Wann qu’il ouvre le bal avec IMMUNITÉ DIPLOMATIQUE, sur ce feat l’ambassadeur de Don Dada et  l’ambassadeur de Saboteur se lancent dans un égo-trip et ils maîtrisent le sujet, « Même dans le noir, j’t’assure qu’on brille, même blessés j’t’assure qu’on flex ». C’est avec un passe-passe que Deen et Eff Gee se répondent sur VROOM!, les 2 Mcs de L’Entourage rappelle à quel point la notion de collectif est importante pour eux le tout saupoudré d’égo-trip, « Han, vive mon rap, mon label, vive mon tieks, mon squa, mon équipe », « Chez nous, personne ne tire la courte paille, on préfère la courte échelle ».  Ne pas faire tourner son P2 mais faire rouler sur sa cons’, c’est la philosophie que développent Deen et son compère Esso Luxueux sur P2, ils déroulent leur rapport par rapport à leur consommation de cannabis, « Toute la journée avec une haze », « J’roule mon taga sur la plaquette, j’mets toute l’assiette dans la baguette », avec un Esso Luxueux qui se charge aussi de ramener sa vibe planante sur le pré-refrain. P2 n’aurait pu être qu’un simple son de stoner mais c’est un peu plus que ça. Sur PIÈGE À LOUP, Deen est plus smooth dû à un flow plus rappoté et Edge vient accentuer cet effet sur le pré-refrain et le refrain sur lesquels il apparaît. On retrouve aussi Némir sur l’album, les artistes n’en sont pas à leur première collaboration, sur BNB, ils nous relatent une relation entre Deen et une fille dont il n’est pas amoureux mais avec qui l’entente est bonne, Némir ramène son côté mélodieux et sa voix sur le refrain ce qui apporte une nuance en plus au morceau.

Pour ce qui est de la charpente musicale de Cercle Vertueux, le rappeur s’est entouré en parti de beatmakers avec lesquels il avait déjà travaillé où ayant déjà travaillé avec son entourage.  Il est très plaisant de retrouver Astronote aux manettes de quelques morceaux. Le beatmaker orléanais qui a notamment travaillé avec Kendrick Lamar et Little Simz (il a produit le grandiose Backseatentre autre), apporte avec ses prods une dimension organique et chaleureuse aux morceaux. Que ce soit en solo sur JEU D’ECHECS, BNB, ou associé à d’autres beatmakers comme Dojo The Plug (qui travaille avec Infinit) sur CERCLE VICIEUX ou Chilea’s (autre beatmaker orléanais qui forme avec Astronote et Aayhasis le groupe The Forty Fivers) sur SAVOIR-FAIRE, Astronote ramène cette touche qui lui n’appartient qu’à lui. On retrouve un compère de notre Georges Crooney, En’Zoo qui est au manette de 5 prods dont celle d’un des titres phares de l’album, TOUT DEDANS. Johnny Ola & Monomite compose pour Deen la prod de COLLE À LA PEAU qui change au niveau du 2ème couplet de Deen, ce qui donne à l’instru une nuance assez inquiétante. JayJay & 3010 viennent apporter avec la prod de GRAND-PÈRE qui a une couleur un peu polar blaxplotation, un côté smooth à Deen Burbigo. Junior Alaprod, qu’on ne présente plus fait lui aussi parti du casting de beatmakers en mettant son savoir faire au service de la prod du morceau éponyme CERCLE VERTUEUX. Kezo, lui vient donner cette couleur un peu vaporeuse à la prod de P2, ce qui apporte la bonne corrélation avec le thème du morceau.

Pour habiller ces prods, Deen met en avant beaucoup d’égo-trips, il en fait même un art. Il se sert de ses derniers pour se raconter un peu, mais il les met aussi au service du collectif, il s’en sert aussi pour raconter son équipe. Le rappeur aborde beaucoup le thème de la fume, il aime ça et il le rap, on sent qu’il apprécie tout particulièrement les phéno de weed rares qui permettent d’éviter de stresser comme il le rappelle sur PRADO. Il fait énormément d’allusion à sa consommation de weed « J’renverse mon grinder dans l’Classe E », « Les joints bavent, les Zippo brillent, les yeux sont fluorescents », « Pour passer l’odeur de l’urine, j’ai rallumé une tulipe à l’Hollandaise, han », tout l’album est truffé de référence à la consommation de cet or vert originaire d’Asie. Il clame aussi ses ambitions, notamment faire de l’argent « J’veux l’bif’ des Bolloré », mais aussi le fait d’en avoir plus qu’avant « Plus d’argent plus de problèmes. Ouais beh, j’préfère mes nouveaux problèmes ». Il met tous ces thèmes en actions avec différentes textures de flows « les flows, eux, sont plutôt récents », en n’oubliant pas et en dosant bien ses utilisations d’adlibs. Il s’attarde avec SAVOIR-FAIRE sur un morceau autobiographique où il raconte son parcours, ce qui apporte une couleur qui tranche avec les égo-trips.

Entre vices et vertus, c’est apparemment dans cette sorte de zone grise que Deen Burbigo dit se situer, tout au long de cet opus. La meilleure illustration de cette ambivalence c’est le morceau OG SAN où il répète sur ce refrain en fin de morceau « Pacifiste et violent, religieux et drogué, j’suis l’pire et son contraire ». Les égo-trips sont parfois un peu récurrents, mais en même temps Deen en maîtrise les arcanes sans oublier la notion de collectif qui transpire du projet. Il a su dosé ce projet comme un bon kamas roulé à la hollandaise, ce qui rend l’album efficace.

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