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Quand les ouvriers du textile deviennent designer : dans l’atelier d’About a Worker

Quand les ouvriers du textile deviennent designer : dans l’atelier d’About a Worker

Sur Hiya, on aime vous parler de problématiques transversales qui touchent à tous les domaines de société. Alors quand on a entendu parler d’About a Worker, un projet créatif et social qui permet aux ouvriers et artisans de devenir designer le temps d’une collection, on a absolument voulu rencontrer ses initiateurs.

Le rendez-vous est donné dans leur atelier du 11e arrondissement, qui se trouve dans l’annexe de l’école Boulle, mais ça je ne le sais pas encore. Je cherche mon chemin. Je prend un grand dadais en filature, veste en cuir arrondie, grand jean évasé et destroy, sneakers perchées sur des plateformes blanches et de grands sacs shoppings dans les mains. Il me mènera sûrement à bon port. Bingo : il saisit le code sur l’interphone, et je m’engouffre dans ce grand lycée qui me ramène à mes heures de rêveries sur des chaises aux montants jaunes pétard. Je grimpe l’escalier pour découvrir l’atelier de Kim Hou et Paul Boulenger, deux potes qui ont fondé About a Worker en 2016, s’appuyant sur le projet de fin d’études de Kim, qui est de faire participer les ouvriers à la conception d’une collection textile. Dézinguer la hiérarchie en place dans le secteur de la mode, c’est leur projet.

Hiya : Salut Paul et Kim, vous pouvez d’abord nous dire ce qui vous a mené à créer About a Worker ?

Kim Hou : j’ai fait mes études en Hollande, à la Design Academy d’Eindhoven pendant quatre ans, je me suis focalisée sur les problèmes sociaux et environnementaux dans la mode. J’ai essayé de créer de nouveaux systèmes de production et de création et je me suis rendue compte qu’il fallait d’abord s’intéresser aux premiers acteurs de l’industrie. L’industrie de la mode c’est un monde où tout le monde collabore ensemble, mais sans vraiment se connaître. C’est très hiérarchisé. Le but d’About a Worker c’est d’aller à la rencontre des acteurs de la mode et surtout des ouvriers qu’on n’entend jamais, qui sont pourtant ceux qui produisent tous nos vêtements sans avoir de voix dans l’industrie alors qu’on est dans une période où on est en train de repenser l’industrie de la mode. Paul et moi on s’est rencontré à Londres, on est très complémentaires : j’ai fait des études de design, Paul d’entreprenariat et de business management. On a fait un peu nos chemins de notre côté mais Paul était très intéressé par le milieu de la mode.

Chandy, un ouvrier/designer de l’association Antifashion à Lille en novembre 2020 © About a Worker (Instagram)

Paul : j’ai fait des études d’entreprenariat mais j’étais intéressé par les industries créatives au sens large. J’ai fait des stages dans des studios de design, des galeries d’art, et vers la fin de mes études plutôt dans l’industrie textile, dans des usines notamment au Maroc où sur certaines lignes ils produisent des vêtements de luxe et juste à côté des produits promotionnels pour la grande distribution : ce sont les mêmes personnes qui les font, juste les tissus qui changent. Puis on s’est retrouvés avec Kim autour de son projet de mode où la direction artistique se ferait par les gens qui produisent. 

Kim : on a commencé notre aventure à Mode Estime, un chantier d’insertion à Saint-Denis, ce qui nous a permis de rencontrer les premiers ouvriers, de voir si cette idée farfelue pouvait fonctionner, aussi. On a créé une initiation en 4 étapes, qui part du tableau de tendances au produit final et permet à l’ouvrier de s’exprimer, de raconter son histoire, et là on s’est focalisés sur le parcours de chaque ouvrier avant d’arriver en France parce qu’ils étaient pour la plupart d’entre eux réfugiés politiques. On a continué ensuite dans différents pays, on est un peu un studio de design itinérant, on est allés à Venise dans une prison pour femmes où il y avait un atelier de couture, ensuite on a fait une collaboration avec les employés du centre logistique de La Redoute.

Quels postes occupent-ils ?

Paul : ils sont manutentionnaires et techniciens logistiques. La Redoute représente beaucoup de marques, ont leur propre marque mais tout est centralisé dans un entrepôt qui est immense à côté de Lille. Quand toi tu commandes sur la Redoute, ces gens-là mettent les vêtements dans des cartons et ça part partout dans le monde, je crois que c’est le deuxième plus gros centre logistique d’Europe, et on s’est rendu compte qu’ils font partie de La Redoute, manipulent les vêtements toute la journée mais sont encore moins visibles que les gens qui fabriquent, finalement. Ils font partie de la chaine de valeur et sont un peu insoupçonnés. 

Kim : ce qui était vraiment super c’est que les employés de la logistique se retrouvaient à la même table que les designers, les modélistes, c’était vraiment une réunion avec des gens qui ne se connaissaient pas. Après on est partis à Shenzhen, en Chine, juste avant la crise sanitaire, et on a collaboré avec des femmes licenciées d’un sweatshop (atelier de misère, ndlr). C’était l’un de nos plus gros rêves, le plus important d’aller à la rencontre des workers d’aujourd’hui qui produisent la plupart de nos vêtements. C’était la première fois qu’on était confrontés à des problématiques aussi grosses, en Chine, on s’est retrouvés dans le village de Bao’an, un village ouvrier à deux heures du centre-ville de Shenzhen, menacé d’être complètement rasé. 

Deux ouvrières designer de Bao’an en Chine, en mars 2020 © About a Worker (Instagram)

Paul : En Chine, il y a beaucoup d’exode rural et Shenzhen, en l’espace de deux générations c’est passé du village de pêcheur à, je crois, la troisième ville de Chine. Les villes s’étendent tellement vite qu’ils sont obligés de raser les quartiers pour construire des tours et forcément les populations sont repoussées. Ces ateliers de couture fermaient au fur et à mesure.

Kim : On était invités pour une exposition, la Bi-City Biennale of Design and Architecture et inévitablement on a été confrontés à la censure. Il fallait qu’on parle d’une certaine manière, on ne pouvait pas demander aux participantes de critiquer la Chine ou le système, mais à partir de leur initiation on leur a demandé plutôt de nous expliquer les transformations de Shenzhen et la façon dont elles les avaient vécues depuis qu’elles étaient arrivées, parce que toutes étaient menacées de devoir partir du village. 

A chaque projet, les problématiques que rencontrent les travailleurs sont différentes…

Kim : quand on est partis à Venise, vu que l’initiation était adressée à des détenues je pense qu’elle a eu un but assez thérapeutique. On s’est focalisés sur l’identité des détenues, qui elles étaient à l’extérieur de l’identité de la prisonnière. C’est ce qu’on a remarqué quand on s’est arrivés en prison avec Paul, le fait de se sentir constamment observés par les gardes, plus forcément comme un être humain. Avoir cet atelier de couture en prison permettait à certaines des détenues de s’échapper de l’idée de prison et de s’échapper de leur lieu de vie. 

Quand on a commencé l’initiation, l’idée c’était qu’elles retrouvent leur force de caractère, on leur a demandé de dessiner et matérialiser les masques, du stylo au patchwork pour leur permettre de dessiner un avatar qui les représentait vraiment; Les tenues finales c’étaient des tenues inspirées des dentelières de Burrano, pour chaque collection on s’inspire d’un uniforme local, nous on leur a demandé d’apposer leur propre identité. 

Pour cette collaboration vous étiez confrontés à quelles problématiques ? 

Paul : il y avait une forme de désabus, les détenues s’ennuyaient profondément. Elles n’étaient pas toutes là pour la même durée ou la même raison mais elles étaient blasées parce que souvent c’était des destins de vie au mauvais endroit au mauvais moment, de la malchance. Tout le monde tournait en rond dans cette prison. Le fait d’avoir cet atelier de production pour des créateurs locaux c’était une vraie échappatoire, et là le fait d’avoir pu créer leur propre collection elles se sentaient plus écoutées. 

Kim : se retrouver en prison, c’est un cercle vicieux où psychologiquement tu te sens encore plus mal que quand t’es arrivé en prison. Et je pense qu’avec About a Worker, ça permet de dévoiler les valeurs de chaque ouvrier mais aussi leurs talents manuels. Par exemple à Mode Estime, Misbao qui est l’un des ouvriers avec qui on a travaillé, aujourd’hui il est devenu le second d’atelier alors qu’il était parti sur un contrat à durée déterminée. C’est cool de voir que pour certains des workers avec qui on a bossé, pas pour tous bien sûr, que pour certains, ça permet de voir un peu plus loin que leur situation du moment. 

Pour cette collection dans la prison vénitienne, c’est vous qui les avez contactés ? 

Kim : on a été invités par deux curatrices, Camille Guibaud et Anaïs Hammoud qui curataient l’exposition Venice Design pendant la période de la biennale de Venise. On avait la chance de pouvoir exposer au Palazzo Michiel, et au départ elles voulaient montrer la collection conçue à Saint-Denis. Nous ça faisait un an qu’on tournait avec, on voyait pas vraiment le rapport avec Venise non plus, pourquoi montrer une collection de Saint-Denis à Venise alors qu’il y a tellement de beaux savoir-faire qui viennent de Venise aussi ? Ça a été l’opportunité de commencer une deuxième collection sur le terrain, on a été aidés par le groupe de curateurs de Venice Design. On a souhaité se pencher sur de nouveaux systèmes de production à Venise et c’est là qu’on a pu trouver la prison de la Giudecca où il y avait une sorte d’atelier couture. Il y a aussi une marque fondée par une ancienne prisonnière de la prison de la Giudecca, un magasin de prêt à porter à Venise entièrement produit par les prisonnières de la Giudecca, des pièces conçues à partir de chutes de tissu recyclé d’artisans locaux. 

Vous avez aussi travaillé avec Lidewij Edelkoort, l’auteure du manifeste Anti fashion ?

Paul : On a travaillé avec le Lille World Design, Lille était la capitale du design l’année dernière, il y avait plein d’expos partout et à la gare Saint-Sauveur, qui est un énorme lieu d’exposition, Li Edelkoort était invitée à organiser une exposition et elle nous a invités à participer. Elle voulait que les médiateurs et le staff de l’exposition aient des uniformes et qu’éventuellement le public puisse être impliqué dans la création des uniformes. Pendant une semaine, on a donc créé un workshop avec une association locale, Antifashion : le but était de créer les tabliers avec une initiation au design auprès de quatre jeunes, un peu comme on le fait nous mais pour qu’après tout au long de l’exposition ils puissent redonner cette initiation aux visiteurs et aux médiateurs de l’expo. Les visiteurs arrivaient dans l’expo, venaient sur notre stand, créaient le tablier, faisaient le tour de l’expo et repartaient avec le tablier.

Kim : ce groupe Antifashion, c’est une association qui existe depuis quelques années, au début d’un cycle de conférences à Marseille, fondé par Stéphanie Calvino et Lidewij Edelkoort. Aujourd’hui Stéphanie Calvino travaille avec des jeunes à Roubaix qui n’ont pas forcément l’argent pour se payer une école de mode et les guide pour découvrir le monde de la mode à travers différents projets. Le groupe de jeunes avec qui on a travaillé sont actuellement workers pour le projet Résilience qui est un atelier né pendant le confinement pour produire des masques, tenus par Christophe Lépine, un des fondateurs de Bleu de Paname

C’est une vision de la mode beaucoup plus collaborative finalement.

Paul : oui, nous on était contents de participer à cette exposition parce qu’on aime beaucoup Li Edelkoort et que l’expo était carrément canon, mais on se disait aussi que c’était hyper intéressant aussi, Antifashion c’est un peu comme Casa 93 (école de mode gratuite située en Seine-Saint-Denis, ndlr), on s’est dit finalement ce serait trop bien de faire venir et participer à l’expo un groupe de jeunes, qui soient autant designers que nous. 

Une modèle porte le costume en denim créés par des employés de La Redoute © About a Worker (Instagram)

Comment avez- vous décidé de franchir la cloison entre création et production du côté du monde ouvrier ?

Kim : Je pense que le vrai souci de beaucoup de designers (et j’en faisais partie) c’est que l’on ne connait pas ce qu’il se passe au “bas niveau” de la chaîne : quand tu es formé en tant que designer on te dit “vas-y, dessine une robe” mais tu vois pas quel est le monde ouvrier alors que c’est fondamental pour un jeune designer de découvrir ce qu’il se passe derrière. C’est le souci de l’industrie de la mode : beaucoup de grandes marques ne sont jamais allées voir leurs usines. S’il y avait eu ce contact il y aurait peut-être moins de soucis aujourd’hui. Je pense que pendant trop longtemps on a voulu ne pas voir les problèmes, et on se retrouve avec les catastrophes éthiques et naturelles.

Paul : C’est plus facile de regarder la création finie que le processus. Ce qui me fascine dans la création en général c’est plus le geste, la méthode, la pratique plus que le résultat final. C’est l’importance de la matière, que ce soit du bois, du verre ou du tissu d’ailleurs.  

Kim : dans l’éducation, c’est fondamental d’aller voir ce qu’il se passe vraiment dans l’industrie parce qu’on se retrouve avec des générations de designers qui n’ont pas conscience de l’impact qu’ils ont en produisant. Je vois dans certaines écoles, tu es obligé de produire une collection de 20 pièces complètement folles mais en fait est-ce que vraiment c’est possible de créer ces pièces dans le monde actuel ? Qui va les produire si c’est en grande quantité ? Ce lien et cette collaboration doit se faire entre les designers et les workers. 

Vous faites de l’upcycling depuis la création de la marque.

Paul : On fait de l’upcycling mais on ne l’affiche pas forcément, c’est plus qu’on essaie de faire au mieux socialement et environnementalement parlant. Vu ce qu’on fait, acheter des matières en Chine, leur faire traverser la moitié de la planète, pour les produire en France pour les revendre aux Etats-Unis, ça n’a pas vraiment de sens. Nous on s’est dit “si on gratte un peu, qu’on cherche, il y a de la matière qui dort partout, pourquoi ne pas l’utiliser”. On crée des partenariats avec d’autres marques, avec des industriels, avec des designers qui développent des matières innovantes, ou qu’on trouve belles, par exemple ce denim-là (il montre une casquette en denim bleu) a été fait sur des machines du XIXe siècle par un anglais qui s’appelle Daniel Harris qui fait tout dans son garage et qui fait des denim de fou, du coup on récupère ses chutes.

Kim : il y a tellement de rouleaux qui dorment. Les industriels n’en peuvent plus des rouleaux qui nous envahissent, nous on récupère ! 

Comment se passe la conception d’une collection ? 

Kim : notre spécialité, c’est vraiment de créer des initiations qui répondent aux problématiques d’un contexte. Avant ça, on fait plein de recherches en amont sur le contexte de l’industrie en soi-même, les traditions locales, les valeurs, les problématiques, les avantages de ces entreprises, on va interviewer les ouvriers… On est obligés de passer par une phase de recherche avant de commencer un projet, surtout qu’on est une marque itinérante, on est français, on veut pas arriver comme des colons en fait. Le but, c’est pas d’ “éduquer” les ouvriers mais de constituer un échange, d’utiliser le design comme un langage universel par exemple en Chine on ne parlait pas du tout chinois. Moi je réapprends le chinois parce que je suis à moitié chinoise mais je ne parlais pas chinois, on communiquait par les formes, les textures, tout simplement par la création. Et c’était largement suffisant pour se comprendre. Après la phase de recherche on créée une initiation à durée différente selon les besoins des entreprises. Ce qu’il faut savoir c’est qu’on demande chaque fois que les ouvriers soient payés sur leurs heures de travail, ce n’est pas du volontariat. Ils sont tous volontaires mais sur leur temps de travail. Ensuite à chaque fin d’initiation on leur demande de créer un objet, une collection de vêtements. Par exemple on était à Matera, en Italie, la capitale de la culture en 2019 où on a travaillé avec des locaux autodidactes et on a créé un festival de théâtre ensemble. Il y a toujours une phase finale, un objet ou événement final. A chaque fois qu’il y a un objet mis en vente, bien sûr on doit s’adapter aux partenaires mais on essaie de reverser de l’argent aux ouvriers aussi. Pour Shenzhen, vu qu’il s’agissait d’employés d’usines, la fondation qui nous a invitée a payé un peu les ouvriers, et la collection était exclusivement disponible à Shenzhen, donc les ouvrières touchaient la majorité des pourcentages de la collection. 

Paul : oui, dans le cas de la prison on a reversé l’argent aux associations parce que c’était compliqué de donner de l’argent aux détenues. A chaque fois le modèle change parce qu’on s’adapte au contexte. Pour en revenir aux étapes de l’initiation, la première étape c’est plus de visualiser l’environnement, il y a un exercice de prise de photo, de vidéo, d’écriture ou de dessin. La deuxième étape, on essaie de matérialiser ces éléments visuels ou sensoriels ou de motifs. On essaie de l’appliquer sur une matière puis on l’applique sur des prototypes. 

Quels sont vos projets à venir ? 

Paul : On revient de Cognac après un projet dont les pièces seront vendues à Noël prochain…

Kim : c’était la première fois qu’on travaillait avec des artisans qui maintenaient des savoir-faire, en l’occurrence de la charentaise, un savoir-faire qu’ils maintiennent depuis plusieurs générations. L’atelier Charentaise est la nouvelle entreprise qui a été reprise par l’un des anciens dirigeants de Rondinaud et de l’un des petits-fils de Rondinaud, c’était la dernière usine de charentaises qui a fermé l’année dernière.

Paul : Ils étaient 120 et ils ont fermé il y a un an et demi maintenant. Ils ont racheté de justesse les machines qui allaient partir à la ferraille, c’étaient les dernières machines qui permettent de faire des charentaises avec la vraie technique. Ils sont partis à 12 je crois. Maintenant ils sont 15 et ça repart tranquillement, ils ont pas mal de commandes parce que les gens se sont un peu réveillés. Nous, quand on a entendu qu’ils fermaient il y a un an et demi, on a tout de suite voulu entrer en contact avec eux.

Paul et Kim aux côtés des ouvriers de la maison de cognac Martel, en février dernier © About a Worker (Instagram)

Kim : et on a été invités par la fondation d’entreprise Martell qui est dirigée par Nathalie Viot et qui permet à des jeunes designers ou artistes de collaborer avec des artisans locaux, ils ont une résidence à Cognac où il y a plein d’ateliers, pour travailler le bois, le verre, la céramique je crois aussi. Pour ce projet, ça a été l’initiation la plus rapide qu’on ait faite, parce qu’on l’a établie sur quatre jours, nous on était deux semaines sur place à planifier des exercices, essayer de mener l’initiation en fonction des caractères des artisans. Ca s’est fait assez facilement parce qu’ils avaient une expertise de dingue donc quand tu leur demandais de faire un exercice ils exécutent très rapidement et n’avaient pas peur d’être créatifs non plus. 

Est-ce qu’il y a des problématiques qui reviennent régulièrement chez les travailleurs ?

Paul : si notre travail a toujours un intérêt pour certaines personnes, ça veut dire qu’il y a encore des choses à faire ! 

Kim : quelque chose qui est inévitable, c’est qu’on sent qu’il y a souvent comme une hiérarchie qui s’impose dans l’industrie de la mode, mais qu’elle est en train de se transformer et même au sein de grosses entreprises comme La Redoute, par exemple. Mais ça prend du temps de se défidéliser de l’image du monde de la mode très hiérarchique qui aussi vend des paillettes finalement.

Paul : il y a toujours un écart dans la chaîne hiérarchique et une distance entre les gens. C’est déjà arrivé dans plusieurs projets que les gens travaillent ensemble depuis des années, ils se parlent à peine, ils connaissent pas le travail les uns des autres, les problématiques de chacun et donc quand une équipe créative donne un brief créatif à une équipe de production, finalement tu as un brief qui est fait un peu de manière aveugle sans tenir compte des problématiques de l’autre et forcément l’autre n’arrive pas à faire un rendu qui correspond au premier, juste parce qu’ils ne connaissent pas assez bien les réalités et les méthodes de travail des autres, et qui créée de l’incompréhension.

Retrouvez l’actualité d’About a Worker sur leur compte Instagram et leur site.

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