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Hard-corps : les élèves de l’école Kourtrajmé s’exposent au Centquatre

Hard-corps : les élèves de l’école Kourtrajmé s’exposent au Centquatre

Que peut nous apprendre la jeunesse ? L’exposition Hard-corps rassemble au Centquatre les projets visuels, sonores et interactives de la dernière promo de l’école fondée par le réalisateur Ladj Ly, entre lucidité et espoir. 

Silhouette en TN, kebab à la main, corps et visages fatigués dans des paysages délavés, fragments de vie. Pour son projet 2060, Basile Huma mêle photographie et arts sonores pour nous livrer “une dystopie plutôt aquatique”. Plus loin, le danseur et photographe Willow Evann présente son “Google Noir”, une réflexion plastique sur la représentation des hommes identifiés comme noirs dans les sociétés occidentales alors que Li-Lù June C. nous donne à voir une DJ au regard planté dans l’objectif, bouche, lunettes et casquettes rose bonbon qui empêchent nos yeux de se décoller.

Trois ans après sa création à Clichy-sous-bois et Montfermeil sur l’initiative de Ladj Ly, l’école Kourtrajmé s’expose au CentQuatre, haut-lieu d’exposition du 19e arrondissement parisien pour faire parler les cœurs et les corps. 

© Li-Lù June C.

En 2020, la promo précédente présentait au Palais de Tokyo “jusqu’ici tout va bien”, le résultat d’un workshop tissant des liens entre La Haine (Kassovitz, 1995) et Les Misérables (Ladj Ly, 2019). Cette exposition est assurément plus personnelle. On retrouve, au sein de Hard-Corps, une vingtaine de projets, de la photographie au remake cinématographique en passant par l’œuvre sonore qui traitent de la perception des corps, des diktats de la beauté, de la danse comme outil de résistance. 

Pourquoi le mot muse n’existe pas au masculin ? Quels liens entre pole dance et normativité ? Qu’adviendra-t-il de nos corps en 2060 ?  Au Centquatre, les élèves esquissent des pistes de réponses, encadrés à la direction artistique par l’artiste JR, l’actrice Ludivine Sagnier ainsi que José-Manuel Gonçalvès, le directeur du lieu qui accueille chaque année le festival de photographie émergente Circulations

Hard-corps est pensée comme un outil de transmission extrême, qui laisse une large place à l’intime, et pas d’autre choix que d’être entièrement immergé.e, notamment avec le travail photographique et sonore de Côme Webembe-Tuitcheu autour de la cité des Tilleuls au Blanc Mesnil, dans des chambres d’adolescentes, dans la série Teen Lovers de Nine David qui appréhende la crise sanitaire comme frein à la découverte de soi et des autres, dans la construction de la confiance en soi. On pense également au travail de Paloma Vauthier autour de la pole dance comme outil de dialogue, de remise en question des normes de la sexualité, de respectabilité : à travers des oeuvres photographiques, vidéo et sonores, la jeune artiste nous donne à voir un univers visuel mais pas voyeur, intime sans être racoleur.

En bref, la dernière promo de Kourtrajmé a des choses à nous dire, et nous les livre par un œil aiguisé sur les rêves et le quotidien d’une jeunesse contemporaine qui ne se laisse pas mettre de côté.

Exposition Hard-Corps : du 22 mai au 6 juin au Centquatre.
104, rue d’Aubervilliers – 75019 Paris 
Gratuit sur réservation –
Programme complet

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