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Un tour en Italie avec Fantas

Un tour en Italie avec Fantas

Avant la crise du Covid, nous avons eu la chance d’intercepté Fantas entre deux trains et trois métros. Toujours en quête d’évolution, Fantas n’a de cesse de se renouveler et nous avons hâte de pouvoir le réinterviewer à l’avenir pour de nouvelles plus fraiches.

Bonjour Fantas, peux-tu te présenter en quelques lignes ?

Mon nom est Elfantasma, Elfantas, EF. ADN NOLIFE OLA PUTOS. Je peins sérieusement depuis 1996 sur de multiples supports après avoir découvert le writing en 91-92 à l’âge de 13 ans sur trains en Italie. Avant ça je signais 3 lettres pour mimer les noms que je voyais taguer sur la porte de mon école primaire mais ça ne comptait pas vraiment. J’ai grandis avec un fort background de culture graffiti sur trains et tags ou signatures 

Comment as-tu découvert le writing en Italie?

Quand j’étais enfant je vivais là bas la plupart du temps et j’avais l’habitude d’aller en train partout, aller de Nice à Venise via Milan au moins 10 fois par an était habituel et j’ai découvert la culture trains Italienne évoluer jusqu’à son pic avec des noms tels que Pane/Fra32/Capo/Creo/Jon (ztk)/Dumbo/Panda/Shampoo et pleins d’autres comme DIAS, THE, ACD, BLN, Sherif, Rost, Royce etc…

Que signais-tu avant ?

Avant je signais RIM

Pourquoi avoir changer ?

Parce qu’en 1999-2000, en voulant faire un chiffre, je trouve par erreur mon logotype : El fantasma, mon alter ego. Je le perfectionne au niveau graphique, jusqu’à en faire un tampon qui reprend les codes du lettrage : Intérieur, contours, surcontours, sans en être une de lettre pour autant, c’est à ce moment là que j’ai défini clairement mon identité visuelle. Auparavant en signant mon autre blaze c’était sûr qu’il allait ressembler à quelque chose de déjà existant ou qui allait exister c’était casse couilles ! Les lettres d’Elfantasma combinées au logo c’est moins répandu déjà, des blazes à 10 lettres il n’y en a pas énormément !

Ca veut dire quelque chose de particulier ? Pourquoi dire que c’est ton alter ego ? 

C’est le nom que les gens de près de chez moi m’ont donné déjà quand j’avais 15-16 ans, disons que j’étais, très habile pour m’introduire dans des espaces censés êtres impénétrables et assez habitué à disparaître pendant de longues périodes : un fantôme, ça peut être également un passe muraille. C’est mon second moi en termes d’identité visuelle de ce que ça représente comme dis plus haut, c’est la forme qui me correspond le mieux et puisqu’on peut le traduire en lettres je me suis dis que j’allais transformer l’essai et jamais le lâcher.

Qu’est-ce qui t’a plut dans le writing ?

La liberté d’expression, improviser et trouver mes lettres, ma voie de communication, voyager et rencontrer des gens aussi.

Avant de tagger, dessinais-tu ? 

Non pas du tout. Mais même si je  cachais du mieux que je pouvais mes activités, ma mère comprit que je vandalisais des propriétés et elle paria avec moi que je serai incapable de faire autre chose que mon tag sur un mur, je l’ai prit au mot et paria avec elle que j’étais capable de reproduire l’image de son choix dans mon livre préféré, Le monde du silence de Cousteau, elle montra un requin bleu, J’ai dis ok, pris un vieux morceau de drap et reproduit le requin en 30 mn, j’étais très fier mais je n’aimais que faire des lettres…

Comment as-tu commencé ? 

Trains en Italie, à environ une douzaine de kilomètres de chez ma grand mère il y avait une ville de taille moyenne avec un dépôt et un atelier immense où ils fabriquaient les bombes pendant la guerre j’ai commencé sur des modèles qui pour moi restent les meilleurs les ALN 668, j’y allais en vélo, j’avais peur : c’était une bonne époque !  Et les tags en France avec des gens plus âgés qui tenaient un peu les murs près de chez moi, je découvrais un peu ça avec eux car en Italie là où j’étais c’était surtout les trains et très peu de mur à part des inscriptions de gens lambda.

Pourquoi les ALN sont les meilleurs pour toi ? 

C’est le style et l’ergonomie du modèle qui me plait. C’est aussi mes premiers trains peints. Quelqu’un qui a déjà peint un petit gris connaît ce sentiment, c’est un peu la matière originale.

Ou as-tu voyagé ?

En 2000 un jour j’ai décidé de monter à la capitale ( Paris ) et tout est parti de là au niveau du roulant, ensuite Belgique, Hollande, Espagne, mais surtout Italie. Hors graffiti j’ai vécu plusieurs séjours hors de France…Certains pour aller travailler, d’autres pour visiter et d’autres encore, pour disons, me faire discret… Etats unis, Japon, Europe de l’est.

Tu as beaucoup voyagé, as-tu constaté des différence entre les styles de lettres dans tous ces pays? Ou avec internet tous s’uniformise, ou on peut tout de même considéré qu’il y a des spécificités régionales ou nationales?

C’est une question plutôt ardue ! Je vais tenter de te répondre sans débat ou guerre de clocher pour savoir qui d’avant ou d’après ! Les USA ont fourni la matière première au terreau plus que fertile de l’actuelle Europe qui s’appropria la pratique. Bien sûr il y a partout des écoles différentes mais presque toujours avec des points de référence communes au Graffiti de ce que j’ai pu constater, le classique remplissage-contour-3d-surcontour est propre à ça je pense, après, il y a toujours eu selon la géographie et les flux migratoires des personnes des apports, des néologies : La France, l’Allemagne, les pays bas, l’italie et l’espagne ont digéré puis recraché le schéma classique que je citais plus haut directement importé des USA, les pays scandinaves, les pays de l’est depuis le départ ont vite pris leurs marques et fait “jurisprudence” dans certains domaines, tous à leur timing ou époque, mais tous ont opéré des changements majeurs dans ce que j’appelle le graffiti classique, après, depuis le post-graffiti beaucoup de standards ont éclaté pour complètement dépasser du cadre, je pense à des crews comme WUFC/SDK,PME, MOAS, RTZ, DIAS/UHT, GLK/RCLS et pleins que j’oublie… 

Internet a uniformisé la forme mais pas le fond, c’est un excellent outil pour qui prend la peine de creuser, comme avec les relations humaines, l’important est d’apprendre des autres, avec internet on peut aller plus vite du point A au point B c’est un fait. G….e Earth est notre ami par exemple, pas mal de gens font des connections entre eux et traversent des villes, pays ou continents selon leurs envies et moyens, tout cela était réservé à une élite du graffiti il y a peu de temps faut pas l’oublier.

Comment les crews que tu cites sortent du cadre ?

Ils sont tous sortis du schéma à leur manière, que ce soit les backjumps des WUFC, la dédication au train des MOAS, les end-to-end et les excès des SDK, la durée dans le temps et la quantité de prods des DIAS/UHT, la façon de peindre des THE, la détermination des GLK/RCLS à peindre tant de systèmes, tous ont contribué à l’histoire et continuent leur route.

Est-ce qu’il y a des façons spécifiques de peindre dans certaines zones, je pense par exemple à la façon dont les panels se font en Russie, deux par voiture généralement, ou bien des codes qui modifient la peinture. En terrain en Russie, on n’est pas obligé par exemple de repasser complètement la pièce du dessous, ce qui peut amener certains à développer des lettres et des styles de remplissages qui vont pouvoir occulter presque toute la surface du dessous sans avoir à recourir à un fond au rouleau.

Je pense oui mais je n’ai pas assez passé de temps dans différentes zones pour arriver à décrypter cette particularité, chez nous par exemple un panel fait minimum 7 sprays ce qui donne des ends-to ends à deux généralement, pour avoir garder la même façon que lorsque j’ai commencé en Italie je ne sketche pas et choisi seulement mes couleurs et peins assez freestyle et c’est pareil pour les rares personnes avec qui je vais peindre, moins on a d’éléments plus on sort des phases qu’on a pas l’habitude de faire, et certains autres font des tampons, toujours les mêmes phases, mêmes remplissages sans lassitude c’est cool aussi, le champ est vaste.

Ou préfères-tu peindre ? 

L’Italie c’est comme mon pays! Paris c’est bien, j’aime bien l’ambiance, tout le monde s’en fou!

Quel type de support préfères-tu peindre ?

Mobile : Le train ! Mais sans prise de tête, c’est à dire que si il roule ou pas pour moi ça ne fait aucune différence, je veux dire par là que j’aime vraiment  juste le support, car c’est une invitation selon le plan à délivrer le meilleur de ton style/message en peu de temps, de ne pas être en sécurité ou à l’abris t’oblige positivement a développer des facultés et des réflexes de gestuelle et de pensée, c’est un modus operandi qui éveille les sens et qui est hors zone de confort car instinctif, c’est une autre esthétique également, selon la taille du train ou sa forme tu “dois” t’adapter ! Ne pas avoir le choix, de passer dans un angle mort de caméra ou sous un détecteur de mouvement, devant un poste de sécu, sous la pluie dans la neige ou avec un soleil de plomb, là où rien n’est figé, là où bien que tu appose ta marque dans toute sa forme ton égo est juste malmené, froissé car tu n’est jamais prêt à ce qu’il peut arriver.

Immobile : Les stores parce que la matière me plaît et que je ne suis en aucun cas un extrémiste du support qui ne veut peindre que des trains à tout prix, les stores ondulés me font penser à la surface du panel des inox, ce bruit si particulier quand le jet frôle la tôle frrrrrr, c’est le même sur les 2. 

Qui as-tu rencontré par exemple ?

Coc, Fake B, Skofe, Axo, Homer, Muldea dans les 2000, et plus tard : Tople ( gta’s ), Sher Ladro, Skeal, Zaher, Skeo et What BP, Lady K, Ricar et pleins d’autres…

Quand on peint des trains on a toujours pleins d’histoires a raconter, peux-tu nous en raconter quelques unes ? 

Il y avait un endroit où on avait l’habitude d’aller et de déborder sur l’horaire allégrement, jour et nuit ça se peignait, et ça rentrait toujours bien comme il faut, un dépôt de taille moyenne pour la région.

Un jour, l’endroit étonnamment plein pour un jour de semaine est vraiment appétissant donc en début de soirée vers 21H30, on rentre à deux tranquille on commence à rentrer une deux trois pièces calmement mais surement, un peu trop d’ailleurs genre photos et vidéos en action, et on repère un modèle jamais vu dans la région et on le rentre, à peine on termine qu’on entend le bruits des fourgons sur le ballast en bordure de rails et le temps de calculer où on allait s’extraire, toutes les lumières d’un convoi de travail derrière nous s’allume genre plein jour et on se retrouve à se cacher sous ce même convoi de fret. Direct je cache les sacs dans des traverses empilées les une sur les autres et, sûr de moi j’embarque la personne qui m’accompagne et on slalome normal entre une vingtaine de workers qui étaient descendus de leurs véhicules pour commencer leur taff et qui nous fixent mais sans rien nous dire, en marchant on prie juste pour qu’ils ne calcule pas toutes les pièces qui sont comment dire, un peu visibles, et vers les derniers rails on accélère et monte sur le quai, croise le chef de gare, on sort, ouf !!!

La meilleure reste quand même mon premier train en France !

J’avais repéré le plan car il se trouvait sur une route que j’empruntais avec mon père assez souvent et je savais que la nuit ça dormait là. Plan de montagne bien tordu avec gendarmerie à 200 m au dessus et une seule route pour venir et repartir mdr ! Un Z2 michto ! on est pleins je peins vite un gros chrome, il me reste des sprays je floppe, taggue haut de caisse bas de caisse jusqu’à la jonction de deux têtes et là en finissant mon tag je me tourne et je vois un voiture de police stationnée juste là, derrière le train. J’ai pas voulu avoir le temps d’entendre les portes claquer, rien qu’en voyant ma tronche les autres ont capté et on a tous mit la poudre. On attend 10 mn, rien ne se passe on y retourne mais pas tous, on vide les sprays restantes sur la voiture de police qui était juste garée comme des petits cons. Quelques années après j’y suis retourné en très bonne compagnie afin d’inaugurer comme il se devait la nouvelle livrée tant attendue par tout le monde : trainistes et élus compris.

Ton meilleur souvenir ?

Metro Genova 2013, seul sur le pont de Brin sous caméras et sensors, j’accède aux têtes et il n’y avait qu’un seul tag :  KEGR THE. J’ai fait mon truc en pensant avoir filmé mon action avec un app photo numérique et en fait il est tombé et filma le sol, j’ai bien rigolé lorsque j’ai voulu regarder la vidéo.

Ton pire souvenir ?

Aucun, aussi loin que je me souvienne. Attends si un me revient mais c’est pas un souvenir c’est plutôt un regret : d’avoir laissé mes photos à des personnes qui m’étaient proches et je ne reverrai jamais ces photos, ça fait mal.

Combien de trains as-tu fais ? Et combien de whole cars sur ce nombre?

Je n’ai jamais compté et ne regarde jamais mes photos car pas à portée de main, le plus important est de rester les pieds sur terre et humble, rien n’est acquis, peindre longtemps ça m’importe. WC : une douzaine : métros et trains confondus, que des one man.

Des projets à venir ? voyages ? 

Peindre encore longtemps, rester libre et positif. Et voyager dans quelle partie du globe je ne sais pas encore 

Dédicaces pour : Skeo/What BP ( Le vrai Paris ), Locos 81 mon cousin fou, Skeal (Nice est mentality), Access ( figliooooo ), Zaher ( che botto fra ), Okar ( Ratusé ), Sher ( ti voglio bene fre ), Ladro ( chicco ), Tople ( mad sciencist ), Ricar ( ти си шеф братло ).

Merci à ceux qui m’aiment

Merci aux haters

Merci à toi qui me lira

Et un grand merci à toi Lady K pour cette interview.

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