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Ils ont pris d’assaut l’Institut de France (vidéo de la performance artistique)

Ils ont pris d’assaut l’Institut de France (vidéo de la performance artistique)

Leur appel fut bref, bienveillant. Demain. Nous savions que jamais nous n’aurions à croiser leurs visages et c’est à peine si ils ont lâché leur nom ECILOP National, une anagramme dont je vous laisse deviner le sens. Ils ont renversé la langue. Démonté l’institut de France. Détourné les symboles. Planté sur le toit un magnifique (serpent/boussole) qui nous comte le futur du haut de sa jeunesse.

Qui ? Quoi ? Comment ? Ils l’ont pris d’assaut l’Institut de France, dans le noir. Ils ont défié la mort, les costumes amidonnés, les épées d’opérettes, les visages cireux pour ouvrir quelques heures une brèche dans leurs armures. C’est un réseau planétaire qui occupe provisoirement un territoire, l’espace, le temps ou l’imaginaire, et se dissout dès lors qu’il est répertorié. Ils prennent d’assaut des espaces en souffrance. Ces lieux qui s’éteignent progressivement à nos regards. Ce sont des caravanes qui passent et disparaissent comme des éclairs. Leur passage est un objet rare qui gonfle et met en lumière des terrains où l’âme se perd dans les trous noirs. C’est cet institut qu’ils ont choisi cette nuit de violenter pour en raviver la lumière.

C’est bien ici qu’une poignée de vieillards cueille notre jeunesse.

Ils ont pris l’institut de France. C’est bien ici que l’on tue la langue n’est-ce pas ? Une forme d’abattoir pour les mots comme il en existe pour les animaux. C’est bien ici que ce philosophe tout pétri de méchanceté et de rancune, Alain Finkelkraut, a été accueilli à bras ouvert il y a seulement quelques années ? C’est bien ici que l’on glande, que l’on réseaute, que l’on pavane, que l’on paresse au frais de la France et de ses misérables contribuables qui tirent la langue pour chauffer en hiver un dôme qui accueille quelques pingouins qu’on nomme des éternels alors que comme vous et moi ils passeront l’arme à gauche sans ne laisser derrière eux aucune trace sinon beaucoup de rancœur. C’est bien ici qu’une poignée de vieillards cueille notre jeunesse.

Nous avons besoin de sortir le monde de sa cage

Donner une nouvelle chance aux sources de la langue alors que dans le noir de l’académie, elle perd sa saveur, la capacité de nous « dire », de transcrire les nouvelles dimensions du monde, de symboliser cette planète qui chaque jour croit avec la jeunesse qui tremble d’impatience. Des humains, il y a longtemps, et dans un trait de génie ont inventé l’écriture, le monde se lisait alors en deux dimensions. Alors qu’aujourd’hui il explose en une multitude de langues, nous avons besoin de le sortir de sa cage. N’est-ce pas là justement que réside la source de tous nos empêchements, cette farouche résistance à l’évolution de la langue qui culmine au cœur de ces institutions.

Il suffira de peu de choses pour qu’il renaisse.

Ils libèrent les espaces sombres. Nous sommes nombreux à les attendre. Il suffira de peu de choses pour qu’ils renaissent. Un symbole qui reprend la lumière comme ce drapeau qui flotte au-delà de nos fureurs. La main chaude d’un groupe d’humains sur un terrain éteint. Un regard posé quelque part dans l’ouverture d’entrées millénaires. Et puis la ville brillera à nouveau pour quelques heures. Ce ne sont que leur trace que je respire. Pourtant ils sont là. Peut-être cette mouette.

Je prends de plein fouet le sens du mot désobéir. Sa texture est comme une évidence.

Ils ont enjambé les toits. Nous ne saurons jamais qui ils sont vraiment, à quel monde ils appartiennent, ils signalent timidement leur passage et s’élancent. Le vide ne leur fait pas peur. L’anonymat est leur point de jonction. Ils choisissent soigneusement leurs pairs tout autant que ceux dont ils veulent la conversion. J’avance lentement sur le pont des arts. J’ai soif de couleurs. Ils sont là. Je prends de plein fouet le sens du mot désobéir. Sa texture est comme une évidence. Elle glisse en moi comme de l’ambre, les couleurs du miel. Je souris à leur exploit. Je les baigne de ma reconnaissance. Nous avons tant besoin de leur insurrection hors du temps et de l’histoire.

Nous voulons tous d’un autre avenir

C’est ce territoire « perdu de la République » qu’ils ont décidé de prendre d’assaut. Le pont des arts est comme un long boulevard dont la couleur du drapeau au centre m’attire comme un aimant. Cet homme qui passe sur le toit au soleil levant a-t-il des ailes ? Nous voudrions ! Nous voudrions tous d’un autre avenir. Comme l’ont fait nos ancêtres à de nombreuses reprises, pour sauver notre peau, nous devons à tout prix désobéir.

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