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Chronique d’Urnes – Le bolchévisme contre-attaque : le retour d’Hollande

Chronique d’Urnes – Le bolchévisme contre-attaque : le retour d’Hollande

Cette campagne est tellement à droite que plus personne ne sait comment qualifier chacun. On s’y perd entre la droite classique, la droite centriste, la droite dure, la droite vraiment très à droite, la droite de la droite, l’extrême-droite, la droite de l’extrême-droite et quelques projets de coup d’État d’ultra-droite (dont le leader est un ancien cadre du Modem, c’est-à-dire de l’extrême centre de l’ultra-droite, si on suit bien). Sans oublier l’omniprésence de CNews qui, à ce stade, ne devrait plus s’appeler la « Fox News à la française » mais plutôt « Mille Collines hexagonale », en référence à sa cousine rwandaise qui a joué un rôle central dans le génocide de 1994, puisque ses intervenants invitent à l’épuration ethnique (avec le sourire, c’est plus sympa).

CNews, invité Renaud Camus, 31 octobre 2021 (capture d’écran)

Bref, il était temps qu’apparaisse une personnalité puissante de gauche en mesure de rééquilibrer ce panorama. Et voilà que ces dernières semaines, dans un fracas de chœurs de l’Armée Rouge chantant le triomphe du socialisme, l’Homme de gauche est apparu. Travailleur connaissant la rudesse du monde du travail, souffrant dans sa chaire la dégradation des services sociaux et la vie chère, sans dent parmi les sans dents, un homme du peuple aux convictions révolutionnaires chevillées au corps : j’ai nommé le camarade François Hollande.

Et là, ça ne rigole plus, la droite n’a qu’à bien se tenir. Notre homme est venu remettre un peu d’ordre social, pour ne pas dire socialisant, voire communisant, voire communaliste, voire bolchévique, voire autonomiste, voire situationniste, voire anarko-autonome. Tel un Lénine s’emparant du Palais d’Hiver, Hollande défonce tout avec un livre fracassant. Affronter, voilà le titre du nouveau petit Livre Rouge qui mènera le prolétariat mondial vers un horizon d’égalité. Les chaînes du capital se distendent déjà, les chiens capitalistes tremblent dans de pathétiques gémissements, Hollande les affronte.

Armé de la même force de conviction avec laquelle –dans sa version Béta de 2012- il s’était attaqué à son ennemi, la Finance, le voilà  en prise avec le capitalisme dans son ensemble. Alors, il est vrai, son ouvrage reste assez discret sur la méthode pour faire rendre-gorge au capitalisme (qu’il nomme sept fois, presque toujours avec un adjectif : « débridé », p.14, « prédateur », p.43, « apatride », p.167, « mondialisé », p.212 ; autant de fois que Mélenchon qui lui est « fantasque », « plus socialiste » issu d’un « trotskisme ombrageux » et, bien sûr, « populiste ». Espérons que Mélenchon ne s’allie pas avec le Capital, sans quoi nous aurions un mélenchono-capitalisme débridé, apatride et ombrageux, ce qui serait très fantasque).

Mais fi de ces détails, l’important est que Hollande est là, et lui sait affronter l’extrême-droite. Même pas besoin de livre, il a déjà livré la recette qui marche : la gauche d’extrême-droite. Il s’agit d’une audacieuse acrobatie qui consiste à appeler la tendance la plus minoritaire du parti (« socialiste », rappelez vous) représenté par Manuel Valls (5% aux primaires en 2011) pour en faire un Premier ministre bien « blancos » tendance on déteste les bougnoules et les Roms qui « ont vocation à rentrer en Roumanie». C’est ainsi que vous avez une proposition phare du Parti des Porcs (alors appelé Front National) : la déchéance nationale, présentée par un gouvernement « socialiste ». V’la de la stratégie ! Six ans plus tard, on peut juger de sa pertinence.

Il faut dire, Hollande n’a fait que mener à son terme une tendance lourde au sein du PS, qui a souvent eu des petites tendresses pour le Parti des Porcs. Dans les années 80 déjà, François Mitterrand offrait une rampe de lancement à Le Pen père (à travers un ample accès à la télé public et un mode de scrutin favorable). Dans la foulée, son Premier ministre, Laurent Fabius, estimait  que les Porcs donnaient « de fausses réponses à de vraies questions ». Or quiconque sait que poser la question c’est déjà y répondre. Par exemple, au hasard, poser celle du socialisme, c’est répondre que « le parti socialiste est un parti de classe qui a pour but de socialiser les moyens de production et d’échange, c’est-à-dire de transformer la société capitaliste en une société collectiviste ou communiste » (Déclaration de principes de la SFIO, 1905). Curieusement, le bouquin d’Hollande parle beaucoup de l’idée de « socialisme » mais jamais de socialiser ni de collectiviser quoique ce soit. Un oubli sans doute.

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