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Damso, QALF

Damso, QALF

L’album le plus attendu de l’année (Damso le disait lui-même sur le morceau God bless) est enfin sorti le 18 septembre dernier, 2ans après Lithopédion. Dems tease ce projet depuis Salle d’attente son premier projet.

« Gros, c’est la violence, pas trop de clémence », voici les auditrices/auditeurs prévenus. Ce qui pourrait annoncer un album, nwaar, sombre, saal, registre dans lequel l’artiste belge s’est déjà illustré dans ses précédents projets. Ce qui sera plutôt nuancé tout au long de QALF.

Pour la construction musicale de QALF, Dems s’est entouré d’une petite armée de beatmakers talentueux où chacun de ces soldats a un rôle bien défini. Damso a misé sur des associations de beatmakers sur tous les morceaux. A l’exception de SENTIMENTAL produit par The Beginning, prod qui a une couleur plus lounge house et ROSE MARTHE’S LOVE orchestré par JXN Beats. Sur le reste des titres il a capitalisé sur diverses associations entre Prinzly et Jules Fradet qui ont participé au mix du projet, Benjay, Damso lui-même, Ponko, Fally Ipupa, Saint DX, Paco Del Rosso, Oz Touch, Rodriguez Vangama, Renaud Rebillaud et Pierrari. Le nombre d’intervenants pourrait être déroutant, mais le fait que tous les éléments musicaux soient très justement dosés, donne à chacun des titres une identité forte. Finalement musicalement rien n’est laissé au hasard les uns s’occupent des drums, les autres des mélodies, d’autres des guitares, Damso tire le meilleur de chaque beatmakers. Le tout savamment mixé, un mix qui a toute son importance comme sur ses précédents opus, ce qui participe à la couleur des morceaux et plus globalement de l’album. QALF, c’est plusieurs textures musicales où l’incohérence n’a pas sa place. Damso joue même sur les textures musicales à l’intérieur des morceaux comme MEVTR où le titre a une intro où l’on entend une femme chanter avec un piano très présent, ce qui va différer avec la suite du morceau qui sera lourde et « grasse ». Il réédite ce tricks sur DEUX TOILES DE MER. Sur QALF, Damso navigue entre des ambiances tantôt sombre aux couleurs plus rap, tantôt un peu plus lumineuse aux nuances plus pop. Il y a toujours cette ambivalence qui fait parti intégrante de son univers. Sur un morceau comme 911 on le retrouve sur une prod au couleur plus pop un peu année 80 assez smooth. Ce qui est un intéressant chez Dems, c’est la manière dont les prods transmettent aussi des émotions comme sur ROSE MARTHE’S LOVE où l’on peut y percevoir tristesse, une sorte inquiétude ainsi qu’une sorte de rage et aussi de l’amour. A travers les différentes prods, Damso et son équipe de beatmakers ont réussi à créer une ambiance très organique, comme il le dit lui même « Paco, Prinzly, Saint D, tout est aligné ».

Comme Damso ne laisse rien au hasard, ses collaborations ne sont pas hasardeuses non plus. Ici on le retrouve en feat avec son comparse belge Hamza, sur le titre BXL ZOO, sur cette prod Uk Drill l’alchimie entre les deux artistes est palpable. La présence d’Hamza rajoute une vraie plus-value au morceau, il maîtrise parfaitement l’atmosphère Uk Drill et ses arcanes (il le prouve sur le projet 140 BPM). S’enchaîne tout de suite le feat avec Lous and The Yakuza, COEUR EN MIETTES, beaucoup plus doux avec cette guitare très présente et plus pop surtout sur le refrain. Ces deux sont peut-être finalement à l’opposé mais ils se complète avec ce côté nwaar exprimé de deux manières différentes. Il collabore aussi avec Fally Ipupa sur le titre FAIS CA BIEN, qui apporte avec sa voix et son style la couleur congolaise qui est si chère à Damso. L’alliance des deux artistes fonctionne très bien surtout sur le dernier refrain où l’on ne sait plus qui fait les backs de l’autre entre Damso, sa voix et Fally avec sa voix plus aiguë.

L’écriture, comme sur ses précédents opus, Damso s’en sert comme véhicule pour les images et les émotions, qu’il veut transmettre. Il s’en sert pour évoquer des thèmes qui lui sont chers comme ses relations tumultueuses avec les femmes « Ce sont les bouts de mon cœur brisé qui blessent » ou « L’amour réciproque n’empêche pas la tromperie, c’pour ça que mes je t’aime sont souvent incompris » , le sort du Congo et par extension celui de l’Afrique sur le titre POUR L’ARGENT « Congo Afrika, tout pour la mula », la situation des noirs en occident « Les négros sont fâchés, innocents, matraqués » ou encore « On a brisé les chaînes hier, aujourd’hui on brise le silence ». Il approfondit sur la paternité en dévoilant dans sa situation la difficulté que ça peut-être d’être père « Pourri d’seum, j’vois rarement mon fils. Studio, tournée, père absent », mais aussi le bonheur que ça procure notamment dans l’interlude téléphonique de DEUX TOILES DE MER où l’on entendant Dems sourire. Morceau où il répète sur le refrain comme une sorte de mantra qu’il a changé, qu’il n’est plus le même qu’hier. Fait nouveau dans son écriture l’artiste profite du morceau POUR L’ARGENT pour écrire son 1er couplet ou il mixe Lingala et Français. Sur QALF, Damso n’oublie pas d’utiliser une de ses grandes qualités, cette propension à écrire des égo-trips comme lui seul sait les mettre en images comme sur MEVTR (Meilleur d’Entre Vous Tous Réunis) « Je place mes finances, j’travaille en freelance, j’vis dans l’opulence », ou avec le titre D’JA ROULE « Avant d’m’éteindre, j’vais t’allumer ». Les adlibs sont aussi millimétrées, faisant parti intégrante de la narration et de la rythmique des morceaux. Elles sont ponctuations, affirmations, répétions, réponses ce qui dynamise les titres.

Pour ce retour on retrouve Damso sur des fondamentaux de son univers qu’il a amélioré, il partage peut-être plus facilement certains sentiments. La paternité et les épreuves traversées notamment l’hospitalisation de sa mère l’on peut-être rendu plus SENTIMENTAL. Sur QALF le côté nwaar qu’on lui connait cohabite avec une douceur relative, ce qui peut parfois dérouter les auditrices/auditeurs de la première heure. Comme à son habitude l’artiste à laisser planer un mystère faut-il écouter l’album de la track 1 à la14 ou le contraire ? Une chose est sûre, son public a l’opportunité de choisir le sens dans lequel il veut écouter QALF. Tous les éléments de l’univers de Damso, la musicalité, la voix, l’écriture, le mix, l’égo-trip, les sentiments ( « bons ou mauvais »), le mystère sont présents dans QALF mais travaillés, agencés parfois différemment. Ce qui ne laisse personne indifférent(e). En fin de compte Qui Aime Like Follow !   


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