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L’Amérique au pied du mur

L’Amérique au pied du mur

L’Amérique a atteint ce point limite ou elle est sommée de sortir du « laisser faire » qui l’a détruite et de faire à nouveau de la politique. S’engager et choisir. L’occupation surréaliste du Capitole est le symbole de cette dérive libertarienne qui a engendré des monstres et frappé de plein fouet la démocratie avec l’obligation absolue d’un sursaut pour éviter le pire.

Nous sommes dans un interstice de l’histoire. Entre un monde ancien, à bout de force est au climax de ses contradictions et un nouveau qui s’esquisse sans avoir pour autant posé ses marques. Un temps suspendu et sans but qui laisse un espace d’expression aux « aventuriers » les plus surréalistes. C’est ce que nous vivons actuellement ; une transition historique entre deux mondes qui se déchirent. Jake Angeli, ce paganiste d’extrême droite avec ses cornes de cervidé, son manteau en poil de bête et ses tatouages païens restera comme le symbole de cette Amérique d’une sauvagerie extrême qui a dérapé sous le regard bienveillant de son Président. Un évènement inoui qui nous a frappé en pleine face lorsque la horde de libertariens a envahi le sanctuaire de la loi, de la liberté et de la démocratie ; le Capitole. Du jamais vu dans l’histoire Américaine. Preuve en est que la forme la plus extrême du libéralisme a engendré des monstres en nous plongeant dans des périodes que l’on croyait à jamais révolues.

Loin d’être un phénomène spécifiquement américain, la folie de Donald Trump et de ses troupes nous interroge tous. Les États-Unis ont toujours eu cette extraordinaire capacité de représenter le monde dans sa multiplicité et ses extrêmes, d’en être une fidèle image avec un coup d’avance. Ils sont la parfaite synthèse de ce début du XXIe siècle ! Raison pour laquelle ils soulèvent autant l’admiration que le rejet. L’Amérique cumule sur son territoire toutes les tendances politiques qui font de notre environnement un bouillon de culture d’une complexité extrême. Ce qu’elle vit aujourd’hui nous pouvons le vivre demain, hormis si l’on habite en Chine où la répression est telle que le moindre écart est fatal ; monsieur Jack Ma vient d’en être victime.

Comment va s’achever ce cycle du « laisser faire » initié par Regan et Tatcher et qui a fait voler en éclat toutes les barrières, toutes les retenues. Une période de notre histoire qui s’achève à travers cette image symbolique d’un « sauvage » chassant la loi de son édifice et plongeant l’Amérique au bord du chaos. Les valeurs de références qui fondent la démocratie sont mises à sac. Personne n’est aux commandes et chacun se sent le droit et la légitimité d’imposer sans restrictions ses fantasmes les plus bas. Un douloureux revers infligé à tous les démocrates

Dans une vision optimiste, on peut également voir dans cet épisode ubuesque un point d’orgue, une forme de délivrance, dangereuse soit, mais qui nous place sans concession face à nos contradictions et avec l’obligation absolue d’un sursaut pour éviter que ne s’affrontent sur 9,834 millions km² les deux composantes de l’Amérique qui se détestent. Il y a loin cependant de la coupe aux lèvres. Les États-Unis vont nous servir de test grandeur nature lors de ce prochain mandat. Entre ceux qui hurlent à la mort en construisant des murs et “The Squad” : les quatre parlementaires américaines qui tiennent tête à Donald Trump et ouvrent la porte à la diversité, comment l’Amérique trouvera-t-elle un terrain d’entente ? Nul ne le sait. Avec quelques années d’avance sur l’Europe elle est au pied du mur et va devoir en toute urgence trouver des accords pour éviter le pire.

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