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LA CHUTE DE L’EMPIRE AMÉRICAIN

LA CHUTE DE L’EMPIRE AMÉRICAIN

Ce titre peut paraître grotesque tant la puissance des États-Unis et sa domination sur le monde semble durable et inébranlable. Et pourtant, quelque chose s’effondre de l’intérieur au pays de l’oncle Sam. Un séisme d’obscurantisme qui pourrait tout aussi bien sauver la planète que la dévaster.

Si les États-Unis semblent être en première ligne dans ce jeu de massacre qui ouvre des béances dans la démocratie, c’est le système néolibéral dans sa globalité qui se fracture en creusant les contradictions qui fissurent l’ensemble des grandes puissances et l’équilibre international. Quarante ans d’un égoïsme sans limites qui a cassé les écosystèmes que nous avions mis en place après la seconde guerre mondiale pour réparer un monde dévasté par la haine et par la guerre. Serions-nous en train de reproduire les schémas qui nous ont déjà conduits au pire ?

Le 11 septembre aura-t-il été le point de rupture ?

C’est justement la seconde guerre mondiale qui a propulsé les États-Unis dans un cycle de domination et de croissance que l’on pensait ne jamais devoir s’arrêter. Le rêve américain, Hollywood, la puissance technologique, une marche sans fin ni frein vers le progrès qui unissait les américains autour d’une même confiance dans l’avenir. Le 11 septembre 2001 aura-t-il été le point de rupture ? C’est à partir de cette époque et les orientations politiques catastrophiques qui ont été prises que le pays a accumulé les échecs et laissé voir au monde qu’il existait deux Amériques qui avec la perte d’un destin et d’un projet commun montraient leurs oppositions et leurs fractures. Si tous les pays font l’expérience du conservatisme et du repli face à la peur de l’avenir, la violence qui s’installe aux États-Unis entre des communautés qui n’ont plus rien à voir ensemble atteint un point de non-retour.

Ce sont les fondements mêmes du droit qui sont remis en cause

Après des décennies d’ascension et de domination sans partage, l’Amérique doute et se fracture un peu plus chaque jour. Plus que d’une fracture, c’est d’un schisme dont il s’agit. La confrontation de deux visions qui s’affrontent, une dictature religieuse obscurantiste face à une partie de la population acquise aux notions de progrès social et de tolérance. Aucune ne reconnait à l’autre le droit même d’exister. Ce sont les fondements mêmes du droit qui sont remis en cause lorsqu’un président en poste refuse, dans une logique aveugle et destructrice, de céder sa place après son échec aux élections. Nous entrons de plein pied dans cette zone grise ou les pulsions écrasent le droit et la démocratie au profit de la dictature.

La remise en cause de près d’un demi-siècle de jurisprudence est le fruit d’un véritable coup d’état

C’est encore la cour suprême qui outrepasse son droit en devenant un outil politique à la botte des républicains. L’histoire n’est pas nouvelle. Lors des élections présidentielles de 2000, c’est la majorité conservatrice de la cour suprême qui a donné la victoire à G.W. Bush en arrêtant le recomptage des voix en Floride. Mais la dichotomie « activisme versus retenue judiciaire » n’a jamais été aussi prononcée avec l’annulation de l’arrêt Roe v. Wade qui est l’un des marqueurs politiques les plus marquants de l’histoire américaine récente. Cette remise en cause de près d’un demi-siècle de jurisprudence est le fruit d’un véritable coup d’état qui enlève toute légitimité aux juges qui piétinent sans vergogne la « règle du précédent » et qui veut que les arrêts précédents fassent jurisprudence.

Tous les clignotants sont au rouge et la prochaine élection présidentielle risque d’être un moment de grande violence.

Quand une règle qui permet la stabilité du droit dans les pays de « common law » est bafouée, alors on peut s’attendre à une explosion du cadre démocratique. Un scénario effrayant dans lequel de hordes de citoyens convaincus de leur bon droit occupent les lieux de pouvoir avec des armes de guerre comme nous l’avons vu lors des dernières élections.

D’autant plus que la nomination de trois des juges conservateurs de la cour – Gorsuch, Kavanaugh et Coney Barret – ont été élus par un président qui a obtenu 3 millions de voix de moins que son adversaire et ne représentent pas la majorité des Américains qui sont favorables à l’intervention volontaire de grossesse. La colère et le sentiment d’injustice est profond du côté des démocrates. Tous les clignotants sont au rouge et la prochaine élection présidentielle risque d’être un moment de grande violence. C’est un effondrement de la démocratie américaine a laquelle il faut s’attendre.

Quarante ans de néolibéralisme ont laissé le monde exsangue, déchiré, sans projet, sans boussole.

Malheureusement les États-Unis ne sont que l’un des symptômes qui affecte aujourd’hui l’équilibre des pouvoirs au niveau mondial. On sent partout cette perte de sens et cette volonté d’en découdre qui en découle. Étrange phénomène que celui de la violence qui advient dans ces périodes d’aveuglement ou la raison et l’optimisme s’écroulent au profit de nouvelles barbaries qui semblent incontrôlables. Un moment de fatigue et de rejet ou les pulsions les plus sordides touchent des populations que l’on pensait ouvertes sinon acquises aux vertus de la raison.

Si les États-Unis sont aujourd’hui les plus exposés à un éclatement qui pourrait prendre la forme d’une guerre civile dont on imagine les conséquences politiques et économiques sur le reste du monde, les autres régions clés comme la Russie, Chine ou le Moyen-Orient sont également dans des situations de grande précarité sociale et politique qui pourraient exploser à tout moment. Tout ça tient sur fil ! Quarante ans de néolibéralisme ont laissé le monde exsangue, déchiré, sans projet, sans boussole. Les premiers à en payer les conséquences seront les plus puissants.

Saurons-nous renaître en imaginant de nouveaux équilibres ?

Il est nécessaire de se préparer à un « accident de parcours » aux États-Unis et tenter d’anticiper les nouveaux équilibres mondiaux sur la base de cet échec. L’Europe est en première ligne et doit se préparer en toute urgence à cette éventualité qui semble de plus en plus probable. L’Amérique nous entrainera-t-elle avec elle dans les abîmes ou saurons-nous renaître en imaginant de nouveaux équilibres ?

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