pixel
Now Reading
Ce néolibéralisme qui fracture la République

Ce néolibéralisme qui fracture la République

Moins les communes sont peuplées, plus le vote Le Pen est élevé. Le néolibéralisme a fracturé la république en créant deux mondes, deux Frances qui s’opposent. Comment redonner à la République son pouvoir d’intégration et de justice sociale ?

Comme celle du Tour de France, la caravane des élections est passée, avec ses meetings, ses casquettes, ses T-shirts, ses promesses, ses déballages et son hystérie. Que nous reste-il au lendemain de cette grande parade qui a mis la France en effervescence ? Une fracture abyssale. Un gâchis monumental. Une France laminée par quarante ans de néolibéralisme. D’un côté un pays à majorité urbaine suit encore – pour combien de temps ? – la politique prédatrice d’un système républicain-libertarien, surtout libertarien et animé par une vision fictionnelle du monde, de l’autre la France rurale et des petites villes, du monde paysan, des employés et une partie du secteur tertiaire. Ces derniers ont déjà décroché et rongent leur frein dans un désir compréhensible de revanche. La première est représentée sans enthousiasme par M. Macron et la seconde « récupérée » par Mme Le Pen. Le néolibéralisme a profondément fracturé la République

Soixante-treize pour cent des grandes villes ont voté en majorité pour M. Macron, alors que ce dernier fait jeu égal avec Mme Le Pen dans les communes rurales. « La concentration des gagnants de la mondialisation sur les territoires qui regroupent richesse et création d’emplois produit ainsi une pensée, un discours unique, celui de la mondialisation et de la métropolisation heureuse », analyse Christophe Guilly, auteur de Fractures françaises, créant le concept de « nouvelles citadelles ».« Des citadelles imprenables édifiées au nom de la rationalité économique et qui captent l’essentiel des richesses et de l’emploi. » On croyait la lutte des classes enterrée, voici son grand retour.

Une situation intenable qui fracture la République

Que pouvons attendre d’une plèbe isolée, à l’écart des centres de décision, sans moyens pour se déplacer ni offrir un avenir à ses enfants, sinon qu’elle se révolte ? C’est une situation intenable. Une révolution ne manquera pas d’éclater si nous ne réinventons pas notre démocratie à l’aune du XXIe siècle. Nous sommes dans une impasse qui prend sa source dans une crise de représentativité. Quatre grandes forces politiques coexistent : l’extrême droite, la droite néolibérale, la gauche derrière M. Mélenchon et les abstentionnistes. Sachant que le système électoral donne le pouvoir absolu à la République en Marche, trois quarts des français ne sont pas représentés. Le pays est de fait ingouvernable. On pense bien-sûr à la proportionnelle, mais dont on a déjà testé les limites sous la quatrième République et qui ne suffira pas à rétablir l’équilibre démocratique. C’est la nature de la représentativité en soi qu’il faut questionner.

Comment réintégrer la démocratie dans notre système de représentation ?

Jacques Rancière parle d’« illusion démocratique » :« Les gens subissent un pouvoir dont ils s’imaginent être la source », alors que cette représentation produit un métier exercé par des politiciens qui « pour l’essentiel, s’autoreproduit et fait valider cette autoreproduction par la forme spécifique du peuple qu’il produit, à savoir le corps électoral. » La situation restera figée autour d’un ordre injuste et dominant s’il n’existe pas en parallèle du système de représentation des contre-pouvoirs autonomes et puissants qui proposent en permanence un autre regard sur les problèmes que posent aujourd’hui la démocratie dans un monde en perpétuelle accélération. Comment réintégrer la démocratie dans notre système de représentation ? Voici la grande question qui s’impose et à laquelle nous devons répondre sous peine de chaos.

Qui posera poser la question fondamentale des exclus dans le jeu social ?

Aucun des deux grands blocs qui fut présent au second tour des élections présidentielles ne sauront agir pour poser la question fondamentale des exclus dans le jeu social. M. Macron n’a nullement l’intention – ni la sensibilité, ni la culture – pour traiter un tel sujet. Il sera dans la continuité de son premier mandat. Le problème avec Mme Le Pen est son incompétence. Elle gère sa « petite boutique », une rente transmise par son ancien tortionnaire de papa, mais ne possède aucune des qualités nécessaires pour représenter ces millions de gens qui voient en elle la résurgence d’un « parti communiste » du XXIe siècle. Mme Le Pen est une illusion. On peut s’interroger sur sa véritable volonté d’accéder au poste suprême. Trop compliqué pour elle.

On attend avec impatience ce qu’adviendra l’espoir porté par la création de l’Union populaire qui laisse entrevoir à une vision plus créative et plus positive de l’avenir; Le retour d’une véritable gauche.

Une force unitaire pour porter tous les mouvements

C’est aux citoyens de se fédérer pour rendre visibles les sujets qu’ils portent et défendent. Il ne s’agit nullement de préparer un grand soir. Ce qu’il nous manque avant tout c’est une force unitaire pour relier tous les mouvements qui construisent des formes de vie autres. La demande de démocratie est immense, même du côté des deux grands blocs, RN et LRM, dont il ne faut pas ignorer l’adhésion par défaut.

Ce ne sont pas les Français qui, dans un déni de démocratie, glissent dangereusement vers les extrêmes, mais une absence d’offre politique qui les prive d’un avenir et les pousse vers le pire. Soyons fidèles à nous-mêmes en investissant nos intelligences dans la nouvelle union naissante.

Scroll To Top