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Chronique d’Urnes : Narco-candidat

Chronique d’Urnes : Narco-candidat

En Italie, un référendum sur la légalisation du cannabis va probablement avoir lieu. Ce sont surtout les 18-25 ans, soit la jeunesse que l’on dit loin des urnes, qui se mobilisent à cet effet. Observant cela dans le pays transalpin, le gouvernement français, et son futur candidat à la réélection, ont lancé un débat sur le même thème pour animer les présidentielles. Ainsi, chaque groupe politique a pu s’exprimer sur la question. Les candidats de droite se sont dits favorables à une légalisation afin de stimuler l’économie et ceux de gauche pour limiter la répression policière. Les Verts ont proposé l’interdiction d’agro-toxiques dans les futurs champs de cannabis. Seule l’extrême-droite s’est montrée défavorable, estimant que les fumeurs de joint tournent à gauche. Enfin, Arnaud Montebourg a annoncé qu’il se désistait pour se dédier à une beuh made in France.

Je déconne. La France reste le pays le plus répressif en la matière et celui comptant le plus de consommateurs. Il y a même un ministre de l’Intérieur qui, entre deux faveurs sexuelles contre passe-droits, trouve le temps d’inventer une « guerre à la drogue » et des revenus mirobolants aux dealers. Tout cela en complet décalage avec l’évolution du monde, comme si la France était restée coincé dans un trou spatio-temporel des années 1970-90.

Un rapport de 2016, signé par des gens aussi farfelus que l’ex-secrétaire général de l’ONU Kofi Annan et une ribambelle d’anciens chefs d’État (de droite comme de gauche), dressait le constat de l’échec absolu de la prohibition. Il pointait aussi les nombreuses atteintes à l’État de droit que celle-ci provoque, depuis la surpopulation carcérale jusqu’aux violations de droits humains en passant par les crises sanitaires. Dans les années 2010, des pays aussi différents que l’Uruguay, le Portugal ou nombre d’États des USA ont dépénalisé.

Pendant ce temps, dans un pays hors du temps, Darmanin se prend tantôt pour Nixon tantôt pour une pub débile des années 80 (« la drogue c’est de la merde »), soit des slogans éculés qui avaient cours quand la plupart des consommateurs actuels n’étaient pas nés.

Or, Darmanin, qui passe ses vacances en Corse chez un édile condamné pour trafic, ne peut pas ignorer que la « guerre à la drogue » est une ânerie. Une ânerie s’il s’agit de lutter contre les ravages sociaux et sanitaires provoqués par le crack et l’héroïne, ou contre la constitution de fortunes phénoménales capables de corrompre bien des États, voire de financer des guerres.

En revanche, ce n’est pas une ânerie s’il s’agit de favoriser une économie souterraine (les narcotrafiquants sont les plus farouches opposants à tout type de légalisation ; c’est l’illégalité du produit qui créé son prix exorbitant par rapport à son prix de production). Ce n’est pas une ânerie non plus s’il s’agit de justifier une police pléthorique adossée sur un budget en croissance exponentielle. Si le narco-trafique est un business très rentable, la guerre à la drogue l’est tout autant. Et elle à l’avantage de ne jamais finir, toujours s’étendre.

Heureusement, les élections serviront à mener un débat, nécessaire et éclairé, sur cette gabegie et ses effets. Non, je déconne.

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Notes & Références

Contre la mythomanie de Darmanin, pour qui un dealer « gagne 100 000 euros par jour », écouter ces reportages de Pascale Pascariello à Marseille qui détruisent bien des clichés :

https://www.arteradio.com/son/616207/au_charbon

https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/dealer-ou-se-battre-0

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