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Rapology : Le rap comme réponse à la dépression?

Rapology : Le rap comme réponse à la dépression?

Les temps sont rudes et cela se sent bien dans la musique. Même les rappeurs abandonnent leur carapace d’égo-trip et de flex pour livrer leurs démons intérieurs. Une virtuosité pathologique, qui séduit de plus en plus le grand public, tout autant en proie aux maux de l’esprit. Ce mois-ci, SciencesPeura s’y confronte pour un Rapologgy dédié à la dépression dont le rap pourrait être la réponse…

La dépression est désormais reconnu et admise dans nos sociétés, d’autant plus depuis l’arrivée du COVID. Ce fléau frappe aujourd’hui plus de 15% de la population française (source: IFOP). Pour ce nouvel épisode de Rapology, impossible pour nous, association étudiante, de ne pas interroger comment le rap peut être une réponse, ou tout du moins, une aide face à la dépression.

« J’ai vu trop de potes subir le sort de déception, menant à ce genre de dépression qui pousse à l’addiction ».

Chilla sur Indigo – 2016

Ainsi, ce trouble peut mener au suicide et affecte plus particulièrement les jeunes. Le suicide est d’ailleurs la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans selon le MENJS-M (16%). 

Quand le rap prend à bras le corps la détresse des jeunes

Si l’on décrit souvent le rap comme une musique d’opulence où les artistes narrent une vie luxueuse, remplie de succès et d’aisance financière, une partie de la scène rap traduit son profond mal-être.

Ce faisant, ils décrivent une réalité bien plus sombre et cruelle que le fantasme ne laisse l’imaginer. Le rap est également morose, et tout comme Damso, l’industrie semble avoir perdu de sa vitalité. 

Morose – Qalf Infinity – 2021

L’aparté s’impose. Impossible de traiter ce sujet sans aborder Stromae et sa prestation sur le plateau de TF1 de “L’enfer”. 

Stromae au 20h de TF1 – performance live – 13 janvier 2022

Stromae fait partie des artistes qui symbolisent le mieux l’acceptation du mal-être. Il a construit son image, sa carrière et sa réussite en abordant des sujets personnels.

On le retrouve d’ailleurs en featuring avec Orelsan sur “La Pluie”, où celle-ci représente la lassitude, l’ennui. Une forme de déprime qui ronge le moral et qui permet à Orelsan de faire une ode au désespoir. 

Orelsan – La pluie – La fête est finie – 2018

Alors qu’est-ce qui pousse les rappeurs à aborder de tels sujets ?

Des sujets tabous que le rap aborde sans complexe

Aux Etats-Unis, les premiers artistes à avoir ouvertement parlé de dépression sont notamment : Kanye West avec des albums tels que 808 & Heartbreak et My Beautiful Dark Twisted Fantasy, Mac Miller dans Faces ou bien encore Kid Cudi avec Man on the Moon.

Ce dernier a d’ailleurs été un pionnier en la matière. Il expose avec virtuosité ses méandres inconscients, conscient que sa musique permet aux jeunes de ne pas se sentir seul.es face au suicide.

Emission Etiquettes – France TVslash/causes – mai 2021

Egalement aux Etats-Unis, la vague “Emo-rap” ou “Emo-trap” mérite notre attention.

Représentée par des rappeurs tels que XXXTentacion, Lil Peep ou plus récemment Juice WRLD, ce mouvement est purement explicites. Ces artistes admettent consommer de la drogue pour noyer leur chagrins.

Ils en sont d’ailleurs décédés tous les trois. Certaines critiques ont ainsi fustigé ces artistes, les accusant d’inciter les jeunes auditeurs à la prise de drogues.

Néanmoins, n’ont-ils pas favorisé une forme de libération de la parole sur le sujet?

De l’expression à la prévention ?

De la même manière, les rappeurs ont joué un rôle dans la prévention des conduites à risques. Eminem, par exemple, s’est rendu célèbre pour avoir enregistré des albums entiers sous narcotiques, tout en incitant ses fans à rester loin de cela. 

Certains y verront sûrement une forme de double discours, mais c’est précisément les consommateurs qui en parlent le mieux.

En France, des artistes comme Népal, Guizmo ou encore Vald s’épanchent dans leurs textes. Ils ont ainsi participé à la démocratisation du sujet.

Chacun dans un registre différent, ils évoquent tous leur mal être. Vald nous le livre avec son détachement, Guizmo sans aucun filtre.

Dans Trajectoire, que certains considèrent comme un chef-d’œuvre, Népal dévoile un spleen rempli de poésie, de justesse.

Ce faisant, il force l’auditeur à une introspection, critiquant la prise de drogue, allant même jusqu’à annoncer sa fin de manière résignée. 

Trajectoire – Népal – 2020
Quand la subversion se fait introspection

Voilà donc le constat final. Le rap s’ouvre à des sujets intimes et personnels, s’éloignant de fait de l’image archaïque que les médias en ont.

Vald – Journal perso 2 – Ce monde est cruel – 2019

Très loin de la promotion du “mâle alpha” accompli et refusant de briser sa carapace, c’est la vulnérabilité qui est mise à l’honneur.

En donnant de la visibilité à des sujets aussi tabous, ces artistes participent donc à la compréhension de la nécessité d’un accompagnement psychologique.

Celle-ci est d’autant plus essentielle pour cette génération qui souffre très souvent en silence. D’autant plus qu’elle est la première à expérimenter la solitude et la distanciation sociale.  

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