pixel
Now Reading
Selon que vous serez militants ou supporters

Selon que vous serez militants ou supporters

Ce 28 mai, la finale de la coupe de l’UEFA, qui opposait les clubs de foot de Liverpool et Madrid, a été marqué par une réception chaotique des supporters au Stade de France (Seine Saint-Denis). Nombre de médias, européens et français, ont mis en cause le dispositif de sécurité pour son ineptie et sa violence. C’est pourtant le même qui est habituellement déployé pour « gérer » les mouvements sociaux en France.

Depuis samedi et les milliers de supporters brutalisés par les forces de l’Ordre françaises, c’est confirmé : le foot est bien plus important que le régime politique. S’il fallait synthétiser les réactions médiatiques, politiques et diplomatiques de ces derniers jours ça pourrait tenir en deux phrases : « Rien à cirer de l’État de droit ou de la démocratie. En revanche, ne touchez pas au droit sacré du football ».

Que s’est-il passé? Quelques milliers de supporters ont subi pendant quelques heures le traitement habituellement réservé à tous les mouvements sociaux en France depuis des années. Gaz toxique, attaques de jeunes gens excités, casqués et surarmés (CRS et BRA-V), puis des mensonges officiels.

Darmanin se félicite de n’avoir tuer aucun supporter

Darmanin a estimé que cette gestion des foules a permis d’éviter des morts. C’est probablement une manière, pour lui, de rappeler que pour son ministère la gestion d’une fête de jeunes peut parfaitement déboucher sur la mort d’une personne. C’est normal. Et, donc, il faudrait remercier son ministère de n’avoir tuer personne à l’occasion du match de foot. Logique.

Il faut dire que Gérald Darmanin et le préfet Lallement doivent être très surpris. En effet, depuis samedi soir, médias et politiques leur reprochent plein de choses qu’ils sont habitués de faire toute l’année sans que ça n’émeuve personne.

Une gestion dans la « norme Lallement »: la brutalité physique puis la violence du mensonge

Comme à leur habitude, après la brutalité des forces de l’Ordre, le préfet de Paris et le ministre l’Intérieur sont sortis faire le service après-vente en mentant effrontément devant les médias. Nombre de ces derniers se sont étonnés de cette communication officielle qui n’a aucun soucis de vraisemblance. Préfet et ministre ont justifié ainsi leur brutalité par la présence de « 30 000 à 40 000 » supporters qui seraient sans billet ou avec des faux billets. Autrement dit, il y aurait la moitié de la capacité totale d’accueil du Stade de France en faux-billets. Une exagération lancée par la préfecture sans le moindre début de preuve. C’est simple: si vous n’y croyez pas, c’est que vous n’êtes pas de leur camp. Circulez (ou le tonfa).

Pendant des années, ces mêmes Darmanin et Lallement n’ont cessé de mentir sur à peu près tout. La moindre manifestation qui n’est pas de « leur camp » est systématiquement réprimée et ses manifestants sont taxés de « casseurs ». Et pour ce qui est des contes à dormir debout, rappelons que Darmanin a affirmé qu’un dealer de haschisch gagne 100 000 euros par jour.

L’État n’est pas dans le même camp que la société, affirme Lallement

Les mêmes médias qui pointent l’invraisemblance des « 40 000 » supporters inventés par la préfecture ne sont jamais posé la moindre question sur les mensonges de Lallement à propos des Gilets Jaunes. Il est vrai, ces derniers demandaient un peu de démocratie, de la dignité et une répartition plus juste des richesses. Ils ne venaient pas beugler autours d’un ballon rond. Ils n’avaient donc pas le droit à la même considération.

Réprimer les citoyens, protéger les consommateurs

Pour la plupart des médias, français et internationaux, le fond du problème n’est pas la violence policière en soi. Ce qui est inadmissible c’est qu’elle s’exerce sur des supporters et non pas sur un mouvement social qui fasse (un peu) vivre la démocratie. Les supporters de foot doivent être protégés et non pas attaqués. Pourquoi ? Parce que ce sont les administrés tel que les rêvent les gouvernants (politiques et économiques) : des consommateurs qui ne remettent jamais en question l’ordre établi. Et surtout applaudissent à deux mains la corruption. Quel gouvernant pourrait se plaindre de gens qui consomment et s’accommodent très bien de la corruption ?

Car, quelque soit l’amour ou l’intérêt qu’on porte au sport, il y a quelque chose qui crève les yeux: la très grande corruption des organismes qui gèrent ses spectacles. Elles sont une sorte de concentré de toutes les corruptions de notre système. Argent et spectacle au détriment du moindre droit social, politique et environnemental.

Un Mondial de la corruption applaudis par des centaines de millions de supporters

Dépenser des énergies fossiles à foison, utiliser de la main d’œuvre presque esclave, passer l’éponge sur des centaines de mort pour construire des stades, des millions de dollars en pots de vin, le tout pour organiser un Mondial dans un pays où le foot n’existait même pas il y a 30 ans… Cela semble surréaliste, c’est pourtant exactement le Mondial de cette année. Et il y aura des centaines de millions de supporters pour applaudir cette débauche de fric, d’esclavagisme et de destruction de la planète. Vive le ballon rond ! Ne nous parlez surtout pas des morts sur les chantiers pour qu’on puisse boire une bière en regardant des types payés des millions pour courir derrière la baballe.

Pour arriver à l’absurde de stades en plein désert, il en faut de la corruption. Et si les supporters n’ont rien à dire sur cette corruption, ils sont complices. C’est le boycott ou la complicité. Il n’y a pas de demi-mesure. La plupart des supporters ont choisi leur camp. Et c’est pour ça qu’ils devraient être protéger par Lallement et non attaqué par ce gardien de l’Ordre injuste et corrompu.

Sauver « l’image de la France »

Normal donc que la répression policière, si habituelle en France, provoque pour une fois un scandale. Les supporters sont un gros paquet de fric. Les attaquer, c’est mettre en péril plein de pognon. Et les Darmanin-Lallement devraient, précisément, savoir distinguer le citoyen (à frapper) du consommateur (à cajoler). C’est leur fonction. Voilà à quoi se réfèrent vraiment tous ces éditorialistes qui se sont indignés des violences policières de ce samedi en criant à « l’image de la France » qu’on assassine. Les mêmes qui applaudissaient aux coups portés contre les Gilets Jaunes, dans la plus brutale répression d’État depuis la guerre d’Algérie.

View Comments (0)

Leave a Reply

Your email address will not be published.

Scroll To Top