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Denis Robert, un thermomètre de l’état des médias français ?

Denis Robert, un thermomètre de l’état des médias français ?

Des documents à haute teneur explosive ont été publiés en avril dernier par le nouveau site d’information Blast. Ce mercredi, la Justice s’est prononcée en première instance contre Bernard-Henry Lévy qui avait attaqué le site pour diffamation. Par sa décision, le tribunal semble ainsi valider la véracité des documents publiés. Dès lors, la question est de savoir si les révélations de ces documents vont être relayées et exploitées par les autres médias, sachant qu’ils impliquent, outre BHL, Carla Bruni-Sarkozy, Laurent Platini et Human Rights Watch à l’argent du Qatar.

Jusqu’où peut aller l’omertà médiatique ? Pour les différents conspirationnismes, la question est vite répondue : elle est totale, si bien qu’ils vont inventer des systèmes de « décryptage » (en fait, précisément, l’inverse) pour interpréter –en clef paranoïaque- les messages, et les non-dits, de « Les-Médias ». Pour les autres, la question est bien plus difficile, périlleuse et, dans le fond, complexe. Et d’ailleurs, elle ne peut se poser en termes d’omertà, elle doit distinguer le plus finement possible entre les médias, comprendre leur organisation et les hiérarchies internes, ainsi que la formation et le recrutement des journalistes. En bref, faire sa propre enquête sociologique de ces gens qui nous parlent pour tirer quelques conclusions sur le fonctionnement général des médias dominants. Conclusions précaires desquelles surgiront sans cesse des contre-exemples, des exceptions. C’est le travail de longue haleine, entre autres, de sites tels que Acrimed et Arrêt Sur Images.

Aujourd’hui, on peut ici aussi se pencher sur la question car nous avons un cas particulièrement saillant à observer en direct. Le nouveau site d’information Blast, dirigé par le journaliste Denis Robert, a sorti un scoop détonnant. Il informe que des personnalités telles que Bernard-Henry Lévy, Carla Bruni et le fils Platini ont été démarchés par le Qatar. Le site a publié un ordre de paiement, signé par le ministre des Finances du Qatar, de 6 millions d’euros pour Carla Bruni. Le second, d’environs 9 millions d’euros (en ryals qataris), est destiné à BHL. Le troisième, d’une somme équivalente, destinée cette fois à Laurent Platini, fils du célèbre footballeur et haut dignitaire de la FIFA. Le quatrième document émane du conseil ministériel qatari et autorise le paiement de 3 millions d’euros à l’ONG Human Rights Watch.

Autant dire que ces quatre documents sont quatre bombes journalistiques. Vu les dates, le chèque à Carla Bruni interroge sur l’amitié franco-qatarie sous Sarkozy, celui à BHL sur son rôle dans l’intervention française en Libye, celui à Platini sur l’attribution –scandaleuse sous tous rapports- de la Coupe du monde au Qatar en 2022 et, enfin, HRW a rendu un rapport plutôt clément sur la situation des droits humains au Qatar. Pourtant, depuis la publication fin avril de ces documents, la plupart des médias « de référence » ne se sont guère intéressés aux scoops de Blast. À peine quelques papiers, ici ou .

Bug journalistique ? Tous les journalistes sont allés à la plage ensemble ? Pas vraiment. La publication des documents cités remonte au 29 avril 2021. Or, outre un démenti de HRW,  en réaction, le « philosophe » à la chemise blanche a assigné le site, donc son directeur Denis Robert, en justice. De plus à ce stade, rien ne prouve que les chèques aient été encaissés par les intéressés. Aussi, au vu du caractère explosif des dossiers, on peut comprendre que les « grands » journaux se soient abstenus de relayer les informations de Blast dans l’attente du verdict.

On peut cependant remarquer que Denis Robert n’est pas n’importe qui dans le journalisme français. Il a déjà passé dix ans à combattre une quantité invraisemblable de poursuites-bâillons (procédures judiciaires qui visent à faire taire des journalistes) pour l’Affaire Clearstream révélée au début des années 2000. La Justice lui a donné raison, contre les entités financières qui ont organisé le harcèlement judiciaire. Contre aussi des journalistes (dont Philippe Val, alors directeur de France Inter) qui l’ont calomnié pendant ce temps. Avec un tel passif côté mainstream médiatique et un tel palmarès côté Denis Robert, on pourrait s’attendre à ce que les nouvelles révélations de son site soient prises au sérieux, et relayées, par les principaux journaux, quitte à préciser leur caractère litigieux. D’autant que, dès mai, le tribunal a estimé qu’il n’y avait pas lieu de retirer la publication, fort indice que les juges donnaient foi à la véracité des documents mis en cause.

Le tribunal a débouté BHL ce mercredi 22 septembre, ce qui signifie que les documents publiés lui paraissent fiables, en tout cas pas « des faux grossiers» comme l’affirmait le philosophe-va-t’en-guerre. Donc, ou bien, dans les prochains jours les quatre documents révélés par Blast vont occuper bien des premières pages de journaux. Ou bien il sera intéressant d’observer quels sont les médias qui en parlent et lesquels préfèrent ne pas se fâcher avec Sarkozy, BHL, la FIFA et, bien sûr, le Qatar. Autrement dit, le site d’information nous offre un bel observatoire (non conspirationniste) sur le degré d’omertà qui peut s’exercer dans le monde médiatique français (le mot important c’est degré).

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