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Magic Barbès, hommage à Cheikha Remitti

Magic Barbès, hommage à Cheikha Remitti

©-GRNDR-Remitti-2021

Les mains brunies par le henné sacré, trois dunes et un croissant de lune : son nez, ses pommettes, son sourire. La force du visage singulier de Saadia El Ghilizania présageait le destin de l’icône Cheikha Remitti.

Ce jeudi (30 septembre) à l’occasion du festival Magic Barbès au FGO Barbara, les chanteuses : Hadjla, Nawel Ben Kraïem, Samira Brahmia et Souad Asla rendront hommage à Cheikha Remitti à travers une création originale dédiée à la chanteuse : Les Héritières. On retrouvera également le collectif à Toulouse mardi 5 octobre lors du festival Origine Contrôlées, organisé par Takticollectif1 (partenaire de Magic Barbès).
Nous rendons, nous aussi, hommage à Cheikha Remitti (ou Rimitti), la Maman du Raï. Née à Tessala en Oranie en 1923, elle s’est éteinte à Paris en 2006 deux jours après un méga concert au Zénith et une carrière foisonnante. Avec une dizaine d’albums, une belle centaine de 45 tours et cassettes à son actif. Bien qu’analphabète elle a créé plus de 200 chansons.


« c’est le malheur qui m’a instruit, les chansons me trottent dans la tête et je les retiens de mémoire, pas besoin de papier ni de stylo »

La bohémienne
Son parcours commence dans la misère rurale algérienne des années 1930. Orpheline, au cœur d’épidémies de typhus, elle prend sa liberté en rejoignant une confrérie d’artistes soufis. C’est le temps du nomadisme et de la rencontre avec la tradition melhoun (première poésie populaire arabe), la gasba (flûte) et le bendir (tambour sur cadre). Elle est la première femme à pratiquer ces instruments dans une culture où la danse et le chant sont les seules pratiques autorisées aux femmes (les cheikhat cf Cheikha).

Le patriarche et le colon
Cheikh Mohamed Ould Ennems, qu’elle rencontre en 1940, lui fait découvrir le milieu algérois des bars et cabarets. Elle commence alors à “écrire“ ses chansons et poser les bases de sa réputation sulfureuse. Remitti, « remettez, remettez [une tournée] ! » Et oui, en plus d’être une femme, rurale, la cheikha boit, fume, baise et surtout, elle le chante. Premier succès : Charrak Gatta, 1954. Littéralement « déchire découpe » tabou suprême : la virginité. Il n’y a pas de superlatif en français pour décrire une telle audace.
Sans surprise, elle s’attaque ensuite aux colons (les mêmes chez qui elle faisait 3 sous en ménage pour acheter son pain adolescente). Elle chante la résistance et la gloire aux moudjahidine (maquisards). Elle mettra en musique le poème subversif de Houari Hanani, S’hab el Baroud (Compagnons de Poudre), texte de 1931.
Dressée face au patriarche algérien et au colon français, tatouée, féminine, libre et forte. Suffisamment de raisons pour être dénigrée par la bourgeoisie algéroise. Trop en avance, elle finit par choisir l’exil et s’installe à Paris en 1978.

Place Cheikha Remitti, 75018

La parisienne
C’est naturellement dans le nord de Bèriz que la diva fera résonner sa voix caverneuse et son énergie communicative. C’est dans les cabarets de Barbès et de la Goutte d’Or qu’elle obtient son titre de Mère du Raï. Elle n’a oublié ni la gasba ni le bendir dans sa valise et a fait voyager sa musique jusqu’à des contrées rock sur Sidi Mansour2, trip hop sur N’ta Goudami. Elle utilisera même l’Auto-Tune, très présent dans le raï dès le début des années 2000. Remitti joue sa musique aux quatre coins du monde et rassemble autour de cet équilibre parfait entre instruments acoustiques et électroniques, influences du monde, transes et poésie chantée/scandée des plus puissantes.

Remitti, « remettez, remettez ! » On célèbre la liberté.

Illustration par grandir_grndr

1 Proche des Zebda et La Rumeur, fleuron du quartier des Izard, le Takticollectif fait vivre la culture toulousaine et interpelle notre société depuis 2004 avec entre autre le festival pluridisciplinaire Origines Controlées et toujours les mêmes mots-clés : culture – diversité – immigration – stéréotypes – colonisation – mémoire.

2 Album en collaboration avec Flea, bassiste des Red Hot Chili Peppers.

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