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Traits pour Traits – Un rap politique.  Portrait de Res Turner

Traits pour Traits – Un rap politique.  Portrait de Res Turner

Pour ce nouvel épisode de Traits pour Traits, c’est à Res Turner de se faire tirer le portrait. L’artiste qui ne mâche pas ses mots nous livre ici sa perception du rap et de son engagement. Contre les injustices, il utilise ses textes éclectiques comme une arme politique. 

« J’rappe avec le cœur, considère ça comme un don d’organe ».

Graffeur, rappeur, improvisateur et militant, Lionel Bordas, de son nom d’artiste Res Turner, est l’un des MC francophones les plus titrés au monde. Double champion du monde du « End of the Weak » en 2013 et 2015, finaliste de La France à un incroyable talent en 2013, Champion de France du battle « Redbull dernier mot » en 2017 et vice-champion de France en 2019, à 39 ans, Res Turner se pose là. « Le fait de briller dans ces compétitions m’a permis d’apporter de la lumière sur ce que je fais à côté et sur les thématiques qui me tiennent à coeur ». Res Turner nous livre des récits à contre-courant de ses collègues rappeurs, abordant le spécisme, l’écologie ou la surconsommation. 

« Laisse-nous être la voix de ceux qui n’en ont pas ».

EARTHLINGS 2

« L’humain écoute plus facilement quand on lui parle avec violence ».

Rien ne prédestinait Lionel Bordas à militer de ses rimes. Originaire de Balzac, une petite commune près d’Angoulême, il débute sa carrière dans le hip-hop par le graffiti. « Quand j’étais petit, mon frère écoutait beaucoup de genres de musique. Du reggae, au métal, au rap, à la funk… Moi, je suis resté bloqué sur le rap ». Aux côtés de ses amis, il commence alors à rédiger des textes pour le plaisir. Très vite, ses paroles prennent une autre tournure quand il participe aux championnats de musiques urbaines et se fait remarquer. « Je pars de loin. À la base, je suis un jeune, comme tant d’autres, qui a grandi dans un système qui nous apprend à être sexistes, homophobes, spécistes… Quand j’ai commencé à m’intéresser aux injustices en général, j’ai pris du temps à tout assimiler ».

Finale Championnat « Redbull dernier mot » en 2019 ©res.turner

En 2009, Res Turner part en tournée en Inde avec son ancien groupe Slave Farm Crew. Là-bas, il est confronté à la misère des bidonvilles et centres pénitenciers pour mineurs où il anime des ateliers pédagogiques. « À mon retour, je me suis rendu compte du monde qui nous entoure et de ce qu’on mettait dans nos assiettes. J’ai commencé à m’intéresser à toutes les injustices, à l’écologie, au gaspillage, aux sans abri et aux réfugiés» De ces rencontres bouleversantes, et au fil de l’information, Res Turner a su remettre en question ses comportements, ses habitudes, ses achats et son alimentation.

©res.turner & ©gladwood

« J’ai la chance d’utiliser l’impact des mots ».

Son rap allie mélodie et engagement, information et provocation. Entre les lignes, il espère amener ceux qui l’écoutent à la discussion et à la prise de conscience. « Ça m’arrive de provoquer volontairement les gens. Il y a plusieurs façons de militer, il y a la façon informative et il y a la façon provocatrice. Moi j’utilise les deux ». Parce que l’expression artistique ne lui suffit pas, Res Turner embarque dans un mouvement pédagogique auprès des jeunes et du public non exposé à l’information. Il se rend alors dans les écoles, les prisons, les maisons de retraite et les bibliothèques pour sensibiliser un maximum de personnes aux causes qui lui tiennent à coeur. « J’ai la chance d’être artiste et d’avoir une petite renommée dans mes spécialités. (…) Par le biais de mon statut, mes mots vont être mieux entendus qu’une personne lambda ». 

Atelier pédagogique au collège de Brunstatt ©res.turner
Session graffiti auprès des réfugiés Sahraouis ©res.turner

« J’troque pas mes principes pour plus de followers ».

Comme un exutoire et une ligne de conduite, Res Turner s’accroche au rap et cherche à le transformer. A ses yeux, certaines questions comme la cause animale ou les réfugiés sahraouis manquent. « Par exemple, dans le rap, quand on va utiliser des mots d’animaux, ce sont toujours des termes rabaissants et péjoratifs ».

« Dans les milieux médiatiques, il n’y a pas de place pour le rap que je propose. Dois-je parler de ce qui est médiatiquement vendeur pour qu’on m’écoute ? » Res Turner, depuis vingt-ans, écrit pour un monde meilleur. « J’ai toujours essayé d’aller plus loin. Pour être une meilleure personne et combattre ce qui me semble injuste dans ce monde »

« Pour aller plus loin », justement, l’artiste réalise une série documentaire d’entrevues avec différents activistes (prochainement sur sa chaine Youtube). Parallèlement à son dernier album, RESIST, sorti en 2021, il cherche à « faire sauter la prison cérébrale ».

8ème de finale du championnat « Redbull dernier mot » en 2019 ©res.turner

Lisez le dernier portrait de la série Traits pour Traits, une production 100% sur mesure. À chaque portrait un artiste, à chaque artiste son histoire et son engagement.

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