pixel
Now Reading
Urgence climatique: le rap, absent des débats?

Urgence climatique: le rap, absent des débats?

La gigantesque pandémie de Covid-19 aura au moins eu le mérite de remettre l’écologie et l’urgence climatique au centre des débats. Un des piliers majeurs de la culture populaire semble pourtant absent des combats engagés: le rap.

La COP 26 s’est achevée sur des accords de complaisance et de satisfaction entre les grands de ce monde. Avec de belles photos souvenirs et de chaleureuses poignées de mains. Minuit moins une avant l’Apocalypse. La fameuse horloge de la fin du monde de la Guerre Froide est devenue l’horloge du réchauffement climatique. La guerre chaude. Urgence.

L’édito de François Nemo sur la COP 26 pour HIYA

Les avions vrombissent, la Terre suffoque. La Russie menace l’Ukraine de sa présence militaire aux frontières du Donbass sous fond d’oléoducs. Les prix du gaz chez nous décuplent. Total Energies s’apprête à entreprendre un pharaonique projet pétrolifère en Ouganda et en Tanzanie. Mc Donald’s supprime les pailles en plastique mais via les multinationales agro-alimentaires décime l’Amazonie. Pour cultiver le soja. Qui nourrira le bétail.

Convergence des luttes

La jeunesse flower power anti-militariste et féministe des 1960’s, source de la révolution sexuelle se mute et endosse les causes du XXIème siècle. Alors que ces mêmes causes sont toujours d’actualité et évoluent via le mouvement #metoo, de nouvelles icônes surgissent à l’image de Greta Thunberg ou Vanessa Nakate avec pour ambition de mondialiser les consciences écologiques. Mondialisons intelligemment.

Le combat de Vanessa Nakate, l’activiste ougandaise pour le climat

Quid du rap ? Qu’en est-il de notre culture qui a fait feu de tout bois en terme de contestation sociale ? Alors que Public Enemy incitait à brûler Hollywood en 1990, c’est notre maison à tous qui brûle aujourd’hui. Le groupe de rock australien Midnight Oil nous avait pourtant prévenu dès 1987 dans son hit planétaire « beds are burning ».

Verdragon, première maison dédiée à l’écologie populaire en France

Engagement timide

L’engagement timide du rap en matière d’écologie serait-il lié à son paradoxe intrinsèque de contre-culture et de réussite capitaliste et matérialiste ? Les superstars du rap des années 90 arboraient de clinquants bijoux, conduisaient de puissants bolides. Vantant les plaisirs fulgurants et immédiats d’un transfuge de classes.

Le rap a tout bonnement suivi le schéma des Trente Glorieuses. Sans se préoccuper des répercutions sur notre Terre Mère. La chère « mother earth » était seul tracas des artistes alternatifs ou afro-centristes sur la scène rap US. A l’image du classique titre « be healthy » de Dead Prez qui prônait le végétarisme et le concept très Nietzchéen « esprit sain dans un corps sain ».

Dead Prez « be healthy »

Rares ont été les échappées du peloton pour défendre l’enjeu majeur auquel l’humanité fait face aujourd’hui. L’écologie a longtemps était l’apanage des classes aisées, mais les consciences aujourd’hui s’élèvent, de manière plus globale. En occident tout du moins. Légitime est de se poser cette question : faut-il avoir le ventre plein pour avoir une conscience éco-responsable ? Sans aucun doute.

Musique et urgence sociale

Le rap est historiquement la musique des oubliés, des mis de côté. Des ventres vides. La musique qui répond a l’urgence sociale. Et l’urgence par extension néglige les conséquences. L’urgence sociale néglige par extension l’urgence climatique. L’injonction au confort et à la réussite est un plan à court terme. Le rap et les rappeurs ont toujours étaient ancrés dans cette réalité. Ainsi soit-il. Par ailleurs pour le plus grand plaisir de nos oreilles.

Le rap est résilient. Le rap a développé une faculté d’adaptation considérable pour devenir musique universelle, intemporelle et endémique à chaque contexte politique et social. Nul doute qu’il saura endosser en temps voulu la responsabilité verte. Et qu’il rattrapera ce retard pour imposer son hégémonie sur la culture mondiale. Certains artistes chez nous ont déjà franchi le cap. A l’instar d’un Rockin’ Squat (précurseur de longue date), d’une Keny Arkana ou d’un Orelsan. Sans parler des pionniers d’IAM qui en parlent régulièrement sur les plateaux TV ou radio qui les reçoivent.

Assassin (groupe de Rockin’ Squat) s’engageait pour la planète dès 1992

Le rap, futur leader écologique?

La force de la culture rap est qu’elle se renouvelle sans cesse. Qu’une variante mineure devient majeure. Le rap fonctionne par cycles. Le rap est le curseur de nos sociétés. Nous n’en sommes qu’à ses balbutiements écologiques mais il saura se renouveler pour en brandir de fermes convictions. Car le rap est fondamentalement né pour contrer l’establishment. Et tant que nos gouvernements cautionneront le massacre de notre planète, le rap saura s’en insurger, simplement parce qu’il existe.

A bon entendeur.

View Comment (1)
Scroll To Top