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Cinco, prince du Pess Umba

Cinco, prince du Pess Umba

Cinco, rappeur de Choisy-Le-Roi, a commencé à rapper il y a 10 ans. En 2022, il sort Sacrifices qui vient couronner une discographie déjà bien étoffée. D’abord connu comme un rappeur mumble, Cinco s’impose aujourd’hui comme prince du Pess Umba ou Pess en France. Focus sur ce rappeur prêt à monter sur le trône du cassage de codes.

La voix du Pess

Cinco n’est pas nouveau, mais s’impose désormais comme le Prince incontournable de la Pess Umba en France. En effet, il promène sa nonchalance et sa voix un brin nasillarde reconnaissable entre mille sur des prods depuis sa 1ère mixtape Told Y’all Vol.1 sortie en novembre 2016. Mixtape sortie sur Haute Culture sous le blaze de Zgarman un de ses aka. Le rappeur fait parti de ces artistes à la signature vocale. Il explique : « Avant j’avais une voix grave, j’ai mué dans l’autre sens ». Cependant, Cinco a perfectionné son instrument vocale au fur et à mesure de ses projets. Il reconnaît en avoir joué et même l’avoir cherché. Il confie même « j’ai travaillé ma voice et c’est ce qui fait que je suis reconnaissable facilement maintenant ».

Le Pess Umba comme étendard

Cinco s’est illustré dans le paysage francophone par son utilisation du mumble (marmonner en anglais), sans pour autant y trouver son public. Cette étape pourtant nécessaire à ses yeux, l’a ouvert aux autres cordes de son arc. Il pratique un style de rap nommé le « Pess Umba » ou « Pess ». Selon lui, il s’agit de «l’art de prendre l’instru de côté, casser les codes du rap. Prendre l’instru sur un autre temps, éviter les rimes riches et même faire revenir la rime plus loin ». Autrement dit, triturer la langue, surprendre l’auditeur et ne pas être là où on l’attend. Tout un programme. Il y fait d’ailleurs une courte allusion sur le titre G13 où il balance le terme tel une onomatopée. Grâce à ce style, il s’adapte différents type de prods comme sur Peach Drill sorti en juillet 2021, qui contraste avec The North Doesn’t Forget, qui le précède. Mais Sacrifices est le projet où la polyvalence dans l’utilisation de sa voix, des flows et des ambiances s’entend le plus. C’est un Cinco à l’aise dans différents univers musicaux que nous y retrouvons.

Pess tout terrain

Navigant entre histoires street, égo-trip, sous, ou relations avec les femmes, il assure les marronniers du rap. Il ne s’en contente pourtant pas et aborde aussi des questions plus sociales comme le racisme en France, « Arabes et Noirs, ils veulent nous récurer » assène-t-il sur Level par exemple. Ou encore : « Pour eux nous sommes tous des Ngolo Kanté » sur G13. Ce faisant il interroge la manière dont les institutions acceptent ou non la contradiction, surtout si elle n’émane pas des bouches « autorisées ». Il interroge donc aussi le rapport à la police et le présente sous un nouveau jour : « On vesqui les keufs comme on vesqui l’ennui ». A croire qu’il s’agit d’un jeu d’enfant… Il fait d’ailleurs le lien avec la mission première du corps policier et rappelle ainsi qu’il représente la France. Quand la police attaque un citoyen, c’est la France qui s’attaque elle-même. « On aime une France qui empêche de respirer. Mon G les keufs devraient cesser les tirs. Sinon notre relation va empirer ». Il effleure aussi la remise en question, même si cela reste en surface, notamment depuis qu’il est père « Je suis papa j’arrive pas à me ranger ».

Le rappeur sait alterner entre le deep et le léger.

Un univers multiple

Cinco développe un univers multidimensionnel. Il le décrit comme un mélange d’influences, d’émotions et de sa personnalité. Même si son rap a évolué depuis ses débuts, il y a tout de même des invariants. Il dynamise toujours son rap à coups d’ad-libs énergiques, ainsi que de gimmicks dont il a le secret : « Parce que tout ce qui est petit est mignon. Mais tout ce qui est gros est motherfuckin’ monstrueux you know msayin’ » (il est possible de se demander de quel gros parle-t-il ?). Gimmick avec lequel il ouvre quelques uns de ses morceaux. L’utilisation de nombreux anglicismes, de mots issus du Darija, du Lingala (Cinco étant d’origine congolaise) ou différents argots imprime son style. Tant et si bien que l’invention d’une nouvelle langue se pose réellement à son écoute, une sorte de Pidgin. Ses inspirations multiples se joignent aux influences pop culture comme les séries. Il fait notamment référence à Game Of Throne, «  j’oublierais pas j’suis du Nord (le Roi) » ou The North Doesn’t Forget titre d’un de ses albums.

Cinco est donc au carrefour de multiples influences. Il rappe parfois nonchalamment, rappote et chantonne tout en imprimant la Pess comme sa marque de fabrique. À travers ses 8 projets l’artiste a évolué tout en gardant une identité propre. Allant même jusqu’à construire un langage qui lui est propre, demandant parfois des efforts de compréhension pour les auditeur.ices (mais Genius est là !). Sa musique parle pourtant d’elle-même et en plus de tout déchirer dans le Rap, il pense à ouvrir un steakhouse for real. A croire que Prince de la Pess Umba n’est pas le seul titre qui attire Cinco.

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