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Lor-K sublime les déchets qui gisent dans nos rues

Lor-K sublime les déchets qui gisent dans nos rues

Depuis son atelier du Kremlin-Bicêtre, la street-artiste Lor-K peint, dessine, coupe, colle et crée des univers à partir des déchets laissés sur le bord du trottoir, nous confrontant au frénétisme de la consommation contemporaine. 

Vous vous rappelez de cet ex ? Celui ou celle qui vous faisait hyper envie, à qui vous faisiez les yeux doux en soirée en vous disant qu’il fallait absolument que vous rencontriez cette personne, empreint.e de ce désir irrépressible d’apprendre à la connaître. Plusieurs années plus tard, vous connaissez tout de cette personne, vous savez que vous êtes très (trop ?) différent.e.s et vous vous dites qu’il est temps de lui laisser vivre sa vie. Alors vous restez vague, répondez à moitié et vous laissez chacun vivre votre vie, quitte à le/la laisser sur le bas-côté.

Finalement, on se rend compte qu’on a parfois le même comportement avec certains objets qui fonctionnent toujours mais pas comme on le voudrait, ou qui sont devenus trop vieux, supplantés par le dernier produit à la mode. Lor-K assure le service après-vente du marketing et redonne un dernier souffle à cette TV qui vous permettait de mieux voir, ce matelas de mieux dormir ou ces cartons de mieux stocker vos affaires. Une fois laissés sur le bord du trottoir, gisant en attendant les encombrants, ils auront peut-être l’occasion de muer : une chaise de bureau devient un carrousel, un matelas une part de pizza gigantesque, un scooter démembré se voit apposer un hashtag #deletethewaste. La jeune femme ne s’émeut pas de voir ses créations disparaître, au contraire, nous dit-elle de sa voix rauque, elle s’en remet à leur “mystérieux devenir”. Un devenir qui nous en apprend plus sur les villes que l’on habite. Si à Paris, l’objet est retiré dans les heures qui suivent, à Berlin, d’autres street-artistes ont le temps d’y apposer leur patte, de s’en emparer jusqu’à ce qu’il soit définitivement retiré, créant une oeuvre collaborative de tous bords. 

Lor-K sillonne Paris à scooter, s’enfonçant dans les rues où s’amoncellent cartons et encombrants pour imaginer ses différents projets. On peut nommer “Eat me”, ses “recettes urbaines” qui transforment les objets en comestibles, symbolisant la restauration rapide présente en masse dans les villes, qu’elle porte au cours d’ateliers avec les plus jeunes ou dans un livre paru en 2019 chez Pyramyd. Dans “Soft Power”, Lor-K confrontait les publicités aux déchets qu’elles génèrent en récupérant les affiches publicitaires dans le métro et les apposant près des renégats présents sur nos trottoirs. 

Ici, le message est clair : Lor-K sublime les affres de l’obsolescence programmée avec un cynisme touchant. Les affres de la surconsommation gisent à nos pieds, signe que tout a une date de péremption. 

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