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Jacinda Adern, un nouvel art de vivre ensemble

Jacinda Adern, un nouvel art de vivre ensemble

Jacinda Adern, première ministre de Nouvelle-Zélande, hisse la politique au niveau d’un art de vivre ensemble. De quoi donner à réfléchir aux technocrates planétaires qui ne cessent d’utiliser la peur et l’exclusion comme mode de gouvernement. Modèle à suivre… 

Bonjour à vous tou.te.s, on imagine les réactions de la classe politique lorsque la première ministre de la Nouvelle-Zélande élève le concept de gentillesse au rang national. Idéaliste, douce rêveuse ? Les commentaires railleurs n’ont pas manqué et pourtant c’est la femme politique la plus populaire au monde après quatre années d’exercice et plébiscitée avec 64 % de voix aux dernières élections législatives. Il se passe quelque chose au pays des kiwis. Malgré une récession économique sans précédent à la suite des mesures anti-Covid19, des mesures contre le réchauffement climatique qui n’ont jamais été mises en œuvre malgré les promesses, les Néo-Zélandais lui accordent leur confiance et lui donnent un blanc-seing pour mener à terme son projet politique. Un rêve inaccessible pour les dirigeants du reste de la planète qui voient leur côte de confiance chuter systématiquement six mois après leur élection. Pourquoi ?

« They are us », dit-elle en désignant les musulmans après l’attentat de Christchurch qui a fait cinquante et une victimes dans une mosquée. Jacinda Ardern se rend sur le lieu de l’attentat voilée, enlace les proches des victimes, débute son discours au parlement par Assalamu alaykum, [« Que la paix soit sur vous », en arabe], ce qui lui vaut les foudres de certains médias qui y voient une occasion pour elle de redorer son blason politique. Malgré ces attaques elle fait preuve d’une insolente tranquillité et jamais on n’a senti que la situation la dépassait. Elle explique patiemment en direct, installée dans son canapé et vêtue d’un sweet shirt pourquoi et comment il faut respecter les règles sanitaires. Sa détermination à faire face aux différentes crises que connaît le pays et l’efficacité des mesures concrètes qu’elle a mises en œuvre comme le contrôle des armes à feu et la mobilisation contre les réseaux sociaux qui relaient des thèses extrémistes ont rapidement balayé les doutes. En conciliant autorité, pédagogie et « gentillesse », Jacinda Ardern fait de la politique un art de vivre ensemble et permet à la Nouvelle-Zélande de se projeter dans ce qu’elle a de meilleur : la diversité, l’ouverture et l’unité. De quoi interpeler les défenseurs hexagonaux d’une laïcité guerrière.

Cette femme installe le doute : pourrait-on diriger une nation sans passer par les codes habituels de la politique, l’affirmation unilatérale et verticale de sa puissance ? Prendre le contre-pied d’un discours politique qui ne laisse aucune place à la pédagogie, à l’empathie ? C’est une profonde réforme de l’inconscient culturel et politique qu’elle met en œuvre dans son pays et qui passe par le langage, les gestes, son empathie. Son genre n’est pas étranger à cette nouvelle représentation du monde qu’elle a forgée. Un dirigeant masculin associerait ces comportements à de la faiblesse et craindrait une perte de légitimité. Jacinda Ardern serait-elle ainsi en train de porter quelque chose de plus grand encore ? Une nouvelle étape de la démocratisation des sociétés européennes engagée au siècle des Lumières et qui laissait de côté cinquante pour cent de l’humanité ? Un nouvel équilibre des genres qui nous autoriserait à espérer un monde moins égotique. 

Nous saurons très prochainement si elle saura garder la confiance dont les citoyens l’ont gratifiée. avec la mise en place ces réformes audacieuses comme de la semaine de quatre jours, la création de nouveaux jours fériés pour réduire le chômage et dynamiser l’économie. Si elle saura se confronter à l’angoisse du peuple et de son époque et envoyer un message qui reconnaît à fois les différences de l’être humain et son universalité. Mais qu’importe qu’elle honore ou non son second mandat, elle nous déjà ouvert à l’idée que dans une société qui n’accepte pas pleinement toutes ses composantes, la démocratie est un projet inachevé, incohérent et tronqué.

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