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Portrait d’une Cardi B en fleur, champignons VS NFT et les Simpson chez Balenciaga : Chronique de la fashion week de Paris

Portrait d’une Cardi B en fleur, champignons VS NFT et les Simpson chez Balenciaga : Chronique de la fashion week de Paris

7h de sommeil en 7 jours, Nina Kraviz dans trois lieux différents un même soir, les shows précèdent les after shows aux airs truman show : pas de doute, la Fashion Week vient de s’achever à Paris. Session rattrapage. 

Dans cette chronique sur les collections printemps-été 2022, il sera très peu question de stars type Catherine Deneuve au défilé Chanel, on n’est pas là pour faire de la confiture dans des vieux pots mais plutôt pour décortiquer l’actualité d’un secteur qui se remet en question…à son rythme. Mais les initiatives sont là et cette semaine, on a choisi d’être optimistes et d’embrasser le show comme Cardi B, foulant la place de l’Étoile dans une tenue entièrement verte entre Kermit la Grenouille et le plus stylé des télétubbies, signé Richard Quinn et pensé par le styliste de la rappeuse, Kollin Carter. Sans transition. 

© Iamcardib

Champignons VS technologies NFT : le combat des titans

Stella McCartney a comme toujours imposé un flow sans limites à l’espace Niemeyer, siège du Parti Communiste à Paris où le mycologue américain Paul Stamets a ouvert le spectacle en récitant une ode aux pouvoirs des champignons. Côté collection, des pièces asymétriques et sportswear à l’allure toujours pointue, tout en présentant un sac entièrement conçu en cuir de mycélium, les filaments que l’on trouve dans les champignons. 

Pour ne pas sortir trop vite du bois, passons à John Galliano, directeur artistique sulfuro-épuisé chez Margiela qui a mis en scène “une jeunesse utopique” en train de pêcher dans show organique non-genré aux allures de sorcellerie grunge et joyeuse entre cannes à pêche et mannequins jouant à pierre feuille ciseaux. 

© Stella McCartney

Attention à la redescente brutale avec le duo Dolce & Gabbana qui signe Collezione Genesi, une collection NFT (du sigle Non Fungible Token, une technologie d’éléments cryptographiques qui fonctionne comme un code unique – pour simplifier très grossièrement). Sur les neuf pièces de la collection inspirée de l’histoire vénitienne, quatre pièces sont uniquement disponibles dans le métavers, un environnement virtuel. Les cinq autres pièces existent physiquement, et sont aussi accessibles dans le métavers. L’objectif ? À part le profit, on sèche un peu, même si les œuvres d’art en NFT sont particulièrement prisées en ce moment. En tout cas, la maison annonce que cette première collection virtuelle de jetons non échangeables s’est vendue pour la somme record de 1885,73 éthers, soit l’équivalent au taux de change actuel de près de 5,6 millions de dollars, rapporte le site spécialisé Fashion Network. Mission accomplie, donc ?

Extinction Rébellion chez Vuitton, les Simpson chez Balenciaga : la société du spectacle 

Alors que Virginie Viard a choisi pour Chanel de réinstaurer une ambiance 80’s avec mannequins aux grands sourires et photographes au pied du podium, Demna Gvasalia (Balenciaga) visiblement mort d’ennui a fait défiler les mannequins au beau milieu des invités dans un show façon télé-réalité au théâtre du Châtelet. “On voulait qu’il se passe quelque chose de fun” a-t-il commenté, puisant dans la traditionnelle effervescence et les codes sociaux chers au milieu de la mode. Pêle-mêle, Isabelle Huppert, Elliott Page en Crocs goth, Naomi Campbell et Lewis Hamilton ont défilé au milieu d’une myriade de VIP, et les invité.e.s se sont finalement retrouvées au beau milieu d’un Truman Show façon bling. 

© Balenciaga

Ce qu’iels ne savaient pas, c’est qu’iels participaient au lancement de la première du film collab Les Simpson x Balenciaga dans lequel Marge et Bart se retrouvent mannequins à Paris. Peut-on faire meilleur mix ? On retient aussi que 95,2% des tissus de la collection sont certifiés durables, en cuir végétal, fibres dérivées du cactus ou biopolymères (issus de la biomasse). 

Le défilé Louis Vuitton, qui clôt historiquement les fashion weeks parisiennes a été marqué par l’irruption d’une militante Extinction Rébellion flanquée d’un grand drapeau où figurait la formule “Overconsumption = extinction” (“Surconsommation = extinction”). 

Marine Serre, qu’on attend chaque fois en trépignant présentait sa collection « Fichu pour Fichu »  conçue à 90% à partir de matériaux recyclés (45% sont upcyclés, 45% en matière recyclée) contre 40% il y a quatre ans. La créatrice a imaginé  “ce à quoi l’avenir pourrait ressembler si nous changions nos habitudes et réfléchissions plus profondément à la nourriture que nous mangeons, à la façon dont nous nous déplaçons dans la vie et aux vêtements que nous portons.” Les silhouettes taillées dans des draps de lit, torchons de cuisine et matières recyclées à la fibre nous donnent envie de nous asseoir dans la cuisine de mamie, coudes sur la toile cirée pour équeuter des haricots verts. 

© Marine Serre

Au défilé Vivienne Westwood, on trouve une Georgia May Jagger au milieu de déchets marins, quand les autres mannequins posent entre des carcasses de navires ou enchevêtrés dans des filets de pêche. Les notes du défilé étaient accompagnées d’un dossier de 28 pages décrivant les caractéristiques écologiques de la collection : 98 % des matériaux sont à faible impact et sans cruauté. 

Des revendications, de l’engagement, des mises en scène spectaculaires et du scandale : voilà ce qu’on peut appeler une fashion week réussie et haute en couleurs. On se retrouve la semaine prochaine pour les coups de cœur des collections printemps-été 2022. 

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