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Moments – épisode 1 : La VIDA de Diego

Moments – épisode 1 : La VIDA de Diego

©sebastian-hidalgo

Moments. Rencontres. Partage. Humain. Voilà les mots-clés. Ici on parlera un peu d’art et on parlera surtout aux artistes. Parce que chaque relation est d’abord un moment passé. Loin des galeries et des bouquins. Près des « c’est ça » et des « t’as vu ». La buena onda.

Partie 1

DIEGO

– Wesh le sang, tranquille ou quoi ?

– Impeccable !

Après 1 mois de chantier « sport » au mythique Vélodrome, Diego peut enfin me donner rendez-vous. On s’est vu 3 jours il y’a 4 ans à l’Open Summer festival à Toulouse où j’étais bénévole à l’époque. Avec des gars comme ça, il n’en faut pas plus pour lui attribuer le statut de collègue sans rougir. Il semble que la comète sur laquelle on avait fait les plans croise enfin nos orbites respectives.

Difuz – Stom500

Le Panier

J’aperçois Diego avec autant de certitudes que de doutes. J’ai l’adresse devant moi. Il n’y a pas d’autres resto dans cette rue. Ce bleu sur ce dos, c’est celui de l’Uruguay. Une tête se tourne, des yeux se plissent, une main se lève. C’est bien nous… comme promis il y’a 4 ans.

Diego est avec Bernard et Franck. Le premier, une sorte de mécène local, amoureux d’art et adepte des relations simples. Le second est un ami d’enfance de l’artiste, graffeur également. De notre côté nous sommes les parisiens tolérés. Une peintre, deux photographes et moi-même. Du fait des différentes nationalités autour de la table, nous alternons en permanence anglais, français, espagnol. La fluidité des conversations n’en est guerre atteinte. Nous évoquons l’histoire récente du panier, les anecdotes fusent. La première : Bernard loue ce lieu (où nous sommes actuellement) à ce petit resto qui nous sert quelques bières. L’ancien locataire, n’est autre que Diego ou plutôt Difuz qui y avait son premier appart-atelier.
Bernard, qui est d’une autre génération, nous raconte sa rencontre avec le graffiti, son histoire personnelle, ses voyages. Nous parlons peinture, photo, histoire (méditerranéenne).

On est là. Au Panier. Ce quartier fort de Marseille, qui fut longtemps les rues d’accueil des immigrés, expatriés et autres exilés venus par bateaux d’Italie, d’Ibérie, du Maghreb. Un quartier qui abritait les docks et toutes les économies souterraines que cela implique. C’est aussi là que presque 10 ans auparavant, des types comme Diego ou Franck commencèrent à investir cette zone encore désertée par les peintres. Les deux graffeurs regrettent aujourd’hui l’esprit des débuts ou on tapait un mur, un rideau de fer… ça s’arrangeait avec l’épicier, ça papotait avec les voisins… et ça finissait en repas de quartier. L’objectif était de sortir de la logique habituelle de vandale déjà exploitée ailleurs (sur les autoroutes, les toits, les trains, …). Ici, au Panier, l’objectif était de tafer sur de belles pièces et partager un moment humain au cœur du quartier.

Aujourd’hui c’est un peu le Disney du graffiti. Des touristes du monde entier s’y baladent, achètent du savon de Marseille, des bonbons à la lavande, un t-shirt estampillée “street art“ et finissent par manger au Montmartre avec vue sur la Bonne Mère… Super.

Mais non, c’est bon, c’était pas mieux avant. Mais ça a changé. Comme toute la ville. Y’a du bon et du mauvais. « Après c’est à nous les marseillais de faire en sorte que ce soit cool » . Planète Mars.

©sebastian-hildago

Trêve de papotage, les retrouvailles sont confirmées. La buena onda ressenti il y a 4 ans semble être toujours la bonne. On se promet une visite de l’atelier pour le lendemain. Bernard règle la dernière tournée. Franck nous donne rendez-vous pour une jam et nous conseille le nouveau resto-bar qui a ouvert juste un peu plus bas.

¡ Hasta mañana !

– La vérité ça fait plaisir

On se voit demain.

Sisi frérot !

DIFUZ

Voilà Diego. Allons voir du côté de Difuz. Il monte à la capitale vous présenter sa VIDA dès ce jeudi 14 octobre à la galerie ArtCan, Paris VIIe.
VIDA où ses pièces sont des hublots sur sa propre histoire. Intimement liée à celle de Massilia et à celle de sa famille KFC – crew Hip Hop marseillais qu’il créa il y’a maintenant 20 ans avec au départ quelques collègues – . Alors on colle son museau à la vitre comme un minot dans un aquarium géant. On y voit des clopes qui flottent au milieu de poissons, de singes, de chats, d’une veste de l’OM, d’une tasse de café, d’une théière, d’un kebab… On cherche la raie manta mais on ne trouve que des femmes, des hommes, qu’on a l’impression d’avoir déjà croisé. Peut-être son pote, son ex, son cousin, sa tante, le voisin, l’épicier, … autant de protagonistes antihéros qui se retrouvent presque par hasard dans ses toiles.

©sebastian-hildago

Merci à Bernard, Franck, Grandir_Grndr, Melchi

Photographies par Sebastián Hidalgo

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