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“Pendant longtemps les combattants n’ont pas été respectés mondialement” : en France, les femmes s’imposent pour incarner le MMA

“Pendant longtemps les combattants n’ont pas été respectés mondialement” : en France, les femmes s’imposent pour incarner le MMA

Le 30 octobre prochain, Lucie Bertaud, finaliste de l’émission « Koh Lanta » et vice-championne du monde d’arts martiaux mixtes amateurs fait son retour dans la cage au Zénith de Paris. L’occasion de faire connaître au grand public ce sport tout récemment légalisé en France et qui a connu des débuts houleux. 

La pandémie de covid a freiné la médiatisation d’un sport controversé mais légalisé en janvier 2020 en France : le MMA ou “free-fight”. Discipline mêlant plusieurs sports de combat, c’est une véritable oasis pour qui aime la castagne pratiquement sans limite. 

Les Mixed Martial Arts, ou Arts Martiaux Mixtes en bon français, mêlent plusieurs techniques issues de la boxe, la lutte, le karaté ou le jiu-jitsu brésilien. Coups de pieds et de poings, combat au sol, lutte : dans la cage, (presque) tout y est autorisé. A quelques exceptions près : les coups de pied et de genou au visage alors que l’adversaire est au sol, les morsures, les coups à l’arrière de la tête ou de la colonne vertébrale, les attaques dans les yeux et les parties intimes. “La capacité à faire le lien entre toutes les disciplines est indispensable pour gagner un combat”, analyse Lucie Bertaud, qui officie aussi en tant que journaliste sportive. 

Un sport controversé qui effrayait les politiques

En France, la pratique venue des pays anglo-saxons a mauvaise réputation, en raison de la violence de ces coups – c’est d’ailleurs eux qui sonnent souvent la fin du combat. Après vingt ans de lutte pour sa légalisation, la pratique est autorisée depuis 2020 sous l’égide de la Fédération Française de boxe. C’est principalement la ministre des sports Roxana Maracineanu qui a œuvré pour la légalisation du MMA en France.

Le MMA comme on le connaît est un sport récent. Pourtant, le combat à mains nues, appelé pancrace, était pratiqué dans la Grèce Antique et introduit aux jeux olympiques antiques en 648 avant J-C. Le MMA est né aux États-Unis en 1980 de la cuisse du Ju-Jitsu – un sport de combat japonais pratiqué par les samouraïs pour se défendre au cours d’un duel . Il a été popularisé par Rorion Gracie, combattant à très haut-niveau de Ju Jitsu brésilien, issu des Gracie, la célèbre famille brésilienne – renommée mondialement pour avoir développé le jiu-jitsu brésilien : une forme particulière de judo/ju-jitsu.

Il popularise les combats “vale tudo” (“tout est permis” en brésilien) aux États-Unis en proposant des récompenses à qui le battra, lui ou l’un de ses frères au Vale Tudo. Ces compétitions donneront naissance à l’Ultimate Fight Championship (UFC), un tournoi dont le but est de faire s’affronter des adversaires de styles différents qui deviendra la plus importante ligue mondiale de ce sport de combat.

La ligue du Bellator est la deuxième plus grosse organisation mondiale à s’implanter en France derrière l’United Fight Championship (UFC). Quintuple championne de France de boxe, vice-championne du monde de MMA amateur, Lucie Bertaud s’est longtemps expatriée aux Etats-Unis car : “pendant longtemps les combattants n’ont pas été respectés mondialement, retrace-t-elle.  Il n’avaient aucun poids, vu que ce n’était pas autorisé ni diffusé. Nous, les français, étions traités comme de la chair à canon, on nous envoyait au casse pipe. Aujourd’hui, on peut refuser un combat dangereux, mais il m’est arrivé de combattre devant des filles qui combattaient à deux catégories de plus que moi ! Maintenant les matchmakings sont valorisés, les sponsors commencent à s’intéresser à nous.” Elle y a d’ailleurs consacré un livre, sorti en 2020, MMA, le rêve américain (éditions La Boîte à Pandore) dans lequel elle raconte sa quête de victoires outre-atlantique, alors que la discipline était encore interdite en France.

Le combat entre le boxeur Floyd Mayweather et le combattant de MMA Conor McGregor, qui s’était tenu en 2017 avait généré à lui seul 600 millions de dollars de recettes, si bien qu’il a été surnommé “The Money Fight”. Une opulence qui pourrait donner une image erronnée des recettes rapportées par le MMA en France, dont les compétitions se sont vues reporter suite à la crise sanitaire. “La pandémie m’a mise à genoux. Toutes mes activités ont été touchées. J’ai la chance d’avoir combattu en octobre [2020] à Bercy, c’était une fierté, un objectif de longue date, ça me permet de vivre. Mais les coachings ont été mis au point mort, comme les combats”, observe l’ancienne candidate de Koh-Lanta, qui est également membre du comité directeur de la fédération française de boxe. 

Pourtant, la recette du succès des combattant.e.s puise profondément dans ses racines américaines et Lucie Bertaud abonde en ce sens : “Il faut être bon à l’entraînement, polyvalent mais aussi travailler sur sa communication, avoir une belle image, un beau storytelling. Il faut avoir une histoire à vendre, être très marketing. Tout fonctionne comme ça aujourd’hui, on est un pion dans un projet qu’on vend au public. Il faut pousser les portes, ça ne suffit pas d’être bon. Arrivé à un certain niveau on parle à des gens qui gèrent un business, et il faut se demander comment on s’intègre à cette économie” analyse-t-elle.

S’il faut encore jouer des coudes, la pratique a toutes les chances de se faire une place de choix au sein des disciplines d’art martiaux : le MMA rassemblerait selon les estimations entre 30 000 et 50 000 pratiquants en France.

Ce samedi 30 octobre, Lucie Bertaud affrontera la vénézuélienne Karla Benitez au cours de deuxième édition de l’événement Hexagone MMA. L’occasion d’écrire une nouvelle page de l’histoire du MMA Français et de conquérir de nouveaux adeptes.

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