pixel
Now Reading
De Pairs en Fille(s), chapitre 3: la nostalgie du dimanche

De Pairs en Fille(s), chapitre 3: la nostalgie du dimanche

Comme chaque mois désormais, lettre ouverte à ma fille que je vois devenir femme. Passer de père à pair, ne se fait pas sans repères, alors voici le troisième volet de cette série. D’un pair(s) à sa fille, une histoire d’amour, de transmission qui aujourd’hui, se mue en nostalgie : celle du dimanche qui nous saisit…

Il est de ces choses que nous dictent notre monde et nos sociétés qu’il est parfois bon de refuser. L’une d’elles, à mon sens, est l’injonction au bonheur. Parfois, baissons les armes et savourons. Un peu de solitude, un peu de lenteur. Un peu de nostalgie.

L’atmosphère du dimanche

Le dimanche est universel. L’atmosphère du dimanche est la même pour nous tous. Infusée d’une nostalgie éphémère, une parenthèse dans le tourbillon de nos semaines. Le dimanche, en fin d’après-midi est délicat. Il peut à lui seul déterminer notre semaine à venir. Parfois nos lundis dépendent du dimanche, parfois nos dimanches dépendent de nos semaines.

Le dimanche peut être la clef de nos turpitudes. La nostalgie, les regrets, les remords, une gueule de bois. Tu verras parfois même un souvenir agréable est triste le dimanche au coucher du soleil. Une question, une promesse, le cœur qui se sert, une histoire gâchée. Une histoire abandonnée, une autre inachevée.

Une rupture amoureuse, un deuil. Un début d’une autre histoire, même heureux nous prend aux tripes un dimanche au coucher du soleil. Cette solitude particulière oscille entre douces promesses et douloureuses réminiscences.

Le dimanche, c’est un numéro mal noté dans le répertoire de nos téléphones. C’est un quai de gare, un train, un paysage qui défile. C’est un million de kilomètres qui martèlent un samedi soir trop beau pour être vrai. C’est une femme, un homme, qui sert nos cœurs. C’est une larme sur une joue qui vient fendre un sourire.

La nostalgie comme moteur, et si ?

La douleur de la nostalgie peut être un moteur pour la créativité. Elle peut en être l’essence même, un catalyseur de notre inspiration. J’aime à croire qu’il est parfois bon d’embrasser la nostalgie. Toute la subtilité étant d’éviter qu’elle ne devienne mélancolie. Mais la douleur n’est plus d’actualité dans notre monde où la fulgurance de nos mœurs se moque de la tendresse de nos cœurs.

Notre vie est une longue phrase. De longs méandres de syntaxe. Nos corps et nos âmes sont en tension permanente. L’impérative quête du bonheur me semble vaine. Seule la ponctuation flottante d’un nostalgique dimanche soir fait respirer la narration de nos histoires.

Un dimanche c’est un avion qui décolle au-dessus d’une lumière pourpre. C’est un hublot sur lequel une tête lourde de trop de souvenirs et d’inquiétudes s’appuie, laissant entrevoir un infatigable océan. Immuable et inchangé, sous la pesanteur de nos plus secrètes mémoires.

Se fondre dans l’instant, saisir le temps qui passe

Les couleurs trop vives de ta tristesse s’estomperont sur l’implacable frise du temps, qui court, tu le verras, plus vite que nous ne volons.

Un dimanche à Coney Island, le charme désuet d’une digue et d’une vieille fête foraine, a fait couler certaines de mes larmes. Une promenade discrète sur Tomo Utca. Sillonner la ville jusqu’au Pont des Chaînes et le majestueux Danube. Un dimanche hongrois pourpre, une immensité trop belle pour te sembler accessible. Je t’y emmènerai très bientôt. On rentrera le lundi matin.

Tu te souviens de ces petits instants de silence au bord d’un canal dans une Camdem Town toute en briques sombres comme cette fin d’automne. Un moment n’est beau que parce qu’il a une fin. La joie n’existe que par les pauses de nostalgie que nous nous octroyons.

Jetons nos parapluies par-dessus bord et dansons sous l’averse. Notre douleur ne disparaîtra jamais, entre nous soit dit. Décidons ensemble de ne plus en souffrir, et avançons. N’en souffrons plus, sauf le dimanche soir.

View Comments (0)

Leave a Reply

Your email address will not be published.

Scroll To Top