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Superbowl : leçon de transmission pour le spectacle VIVANT

Superbowl : leçon de transmission pour le spectacle VIVANT

A l’occasion du superbowl, nous avons assister à une véritable mise en valeur de la culture HipHop. Rares sont les moments historiques qui soient médiatisés, mais là ce fût le cas. Alors révolution ou coup marketing? Les deux captain… Retour sur une leçon de transmission à destination de tous les acteur.ices du spectacle vivant.

Pour le show le plus attendu et le plus regardé de tous les Etats Unis, Mary J Blige, Dr Dre, Snoop Doog, Kendrick Lamar, Eminem et 50 cent étaient réunies. Chose inouïe en soi, pour nous français peinant à rassembler nos légendes sans que ça s’embrouille pour des histoires d’égo. Nous étions donc obligé.es de revenir sur cette leçon magistrale de transmission dont les acteur.ices du spectacle vivant devraient s’inspirer.

Valoriser toutes les légendes

Loin de saluer la performance de Dre qui parvient à proposer un show légendaire grâce à ses 5 collègues, c’est Eminem qui a occupé le haut de l’affiche. Eminem qui met un genou à terre (bah oui, plus facile de braver un interdit quand on est blanc, ça s’appelle le privilège blanc).

Eminem qui fait un show à 50 ans (et Mary J, on en parle, non mais c’est quoi ce sexisme ??)… Bref, comme à leur habitude, les commentaires français de  twitter et d’ailleurs ont transformé un show valorisant la culture dans sa dimension inclusive, en un torrent de poncifs éculés.

Entre autres goodies du genre, nous avons eu droit à Ouest France qui oublie 50 cents. RTL a parlé d’un “âge d’or du rap américain” dans les années 90, se fourvoyant ainsi totalement.

Non seulement, Kendrick Lamar n’est pas de cette génération, mais c’est surtout un calque erroné d’une perception française de l’histoire où le mieux est toujours avant. Ou encore Télégramme qui omet carrément Mary J dans son chapeau et son intro et introduit son papier, par “le rap et le hip-hop”, mauvaise pioche… 

Asseoir la culture HipHop

Bref, le halftime du superbowl a fait grand bruit cette année encore et a célébré comme il se doit ses stars. Qu’elles soient d’hier ou d’aujourd’hui peu importe. Leur apport est majeur et méritait cette mise en avant nécessaire. Loin d’être un “âge d’or” nostalgique, c’est un art bien vivant et bien vivace.

Faire le halftime du superbowl, c’est symboliquement asseoir la culture HipHop comme un élément phare de la culture américaine. Pas un âge d’or passé et dont il s’agirait d’être nostalgique, mais une culture ancrée dans son présent et impossible à dénigrer désormais. Que les stars soient sur scène ou non, le show met tout le monde d’accord. 

Sortir de la nostalgie 

Reconnaitre ses pères et mères (Merci Mary J pour tout ce que tu as fait pour nous), ce n’est pas de la soumission à l’autorité comme seuls les enfants mal élevés le pensent. Le respect des ancien.nes passent par le fait de reconnaître leurs apports. Non pour les vénérer et ainsi empêcher toute critique, mais bien pour savoir d’où l’on vient, ce qui nous a été transmis. Ecoutons P. Bourdieu sur ce point.

Aucune génération n’est auto-créée et les apports des ancien.nes permettent et autorisent les créations des jeunes générations. Il y a un rapport de descendance, une filiation, un continuum entre ce qui se faisait dans les années 90 et aujourd’hui.

C’est précisément parce que nul.le n’est éternel qu’il est important de célébrer celleux qui ont fait notre culture sans les ridiculiser. Car tel est l’enjeu. Ne pas ridiculiser le passé, sous couvert de fausse nostalgie.

Ne pas transformer le vivant en mort vivant. C’est ce que le belge Kobo évoque d’ailleurs dans son titre Nostalgie et Succès.

En plus de la nostalgie, une des oeuvres du temps sur la mémoire est aussi la mystification du passé et avec elle, la caricature. En effet, à trop vouloir que le passé soit absolument toujours meilleur que le présent, il se tord, se modifie.

Le présent nous est toujours un peu insupportable car nous n’avons aucune prise sur lui. En revanche, nous pouvons tordre le passé et le faire aller dans notre sens, comme le futur d’ailleurs.  

A chaque fois que nous essayons de nous souvenir de quelque chose qui nous semble absolument bon, nous en occultons tous les éléments négatifs pour que le sentiment corresponde exactement au souvenir désiré. Dur de faire la bonne mise à jour, n’est-ce pas Lefa

La mémoire n’est donc pas un disque dur purement neutre et objectif, loin de là. C’est pourquoi la nostalgie nous emmène toujours dans un passé mystifié où tout est beau dans le meilleur des mondes. Coumbaia. 

Comprendre les véritables enjeux de la transmission

Nous y voilà. La transmission n’est pas nostalgie. Et c’est là que le débat autour de la présence de l’hologramme de Tupac interroge. Pourquoi vouloir associer un hologramme à des personnes vivantes? Est-ce à dire que mort ou vif, l’important c’est le show? Peut-on faire performer un mort? Quel sens? Quel intérêt ? Et pour les autres? Peut on jouer avec la mort en plein superbowl? 

Parler de transmission, c’est évoquer la mort sans pour autant être mort. Faire voter les morts en France, nous savons faire, mais les faire parler, beaucoup moins. Transmettre est un acte de générosité ultime et ne peut être réduit à des questions d’héritages et de capitaux. C’est notamment ce que faisait déjà Fianso, dès 2013 (donc avant le succès qui est le sien aujourd’hui). 

Transmettre n’est pas qu’un acte notarial, qu’une histoire de capital économique, loin de là. Le capital culturel transmis lors du superbowl dépasse toutes les sommes touchées par les protagonistes. Ce qui a été offert au monde est précieux et inestimable. 

Un live pour les VIVANTS

Tupac méritait il d’y être présent? En tant qu’acteur majeur de la culture HipHop, bien sûr, car il y a plus que participer. En tant que mort, crucifié pour la cause, beaucoup moins. Autant les autres invité.es étaient là pour assurer un show en live (qui veut dire vivant, rappelons le, il s’agit de spectacle VIVANT), autant lui n’aurait rien d’alive… 

Faire revenir à la vie un mort, n’est-ce pas aussi une manière de dénigrer son existence ? Si notre existence prend sens précisément parce qu’elle est finie, que nous sommes mortels, alors si quelque chose en nous devient immortel, c’est notre existence entière qui en est pénalisée… Ce ne serait donc pas lui rendre hommage, mais quelque part lui nier l’exceptionnalité de son existence et de sa production musicale. As he used to say…

Autrement dit, faire revenir Tupac via un hologramme aurait du sens pour que les jeunes générations puissent avoir accès à ce qu’ils ne connaissent pas, mais c’est l’objet des musées et non du live… 

Le faire venir mort en live (mort vivant….) c’est aussi dénigrer les collègues, elleux bien vivants, mais dont le live effectif n’aurait plus vraiment de sens, puisque mort aussi iels auraient pu… (ça va ça suit?)

Ne pas confondre le live et le musée. Le spectacle vivant doit le rester (vivant), faire vivre, évoluer la culture et la transmettre dans sa vivacité. 

De l’autre côté du spectre, le musée a pour fonction de donner à voir le mort, le passé, fait mémoire. Le musée sert ceux qui n’ont pas eu la chance de vivre le présent en question (je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans)… Les morts se respectent et se regrettent mais sans les faire revenir n’est-ce pas Rohff

Attention donc à ne pas mettre au musée les vivants et les morts sur scène, ce serait le monde à l’envers… En somme, notre culture marcherait sur la tête, alors même qu’elle cherche à la relever. Humblement prenons notre leçon de transmission et célébrons nos acteurs HipHop en tant que spectacle vivant.

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