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JetLagN’Flow #2 Rencontre avec la rappeuse allemande Sorah

JetLagN’Flow #2 Rencontre avec la rappeuse allemande Sorah

Pour commencer l’année, sur JetLagN’Flow, cap sur une nouvelle rappeuse à l’identité internationale : Sorah. Anglaise, française, algérienne, et basée en Allemagne, elle nous fait traverser les frontières en oscillant entre toutes ses langues, et son rap engagé.

« S’il n’y a pas de frontière pour l’oppression, alors il n’y a pas de frontière pour la révolution » clame en français Sorah, dans son morceau Black Lives Matter, sorti en juin 2020.

Et pour la musique, pareil : « elle ne connaît pas de frontières. Elle se transmet dans tous les cercles de notre société, tout le monde écoute et échange de la musique. C’est un langage universel. Même avec des gens qui ne comprennent pas ta langue, vous pouvez faire de la musique ensemble pendant des heures. Ca pour moi c’est révolutionnaire » affirme la jeune rappeuse.

Le clip du morceau « Black Lives Matter », en featuring avec le rappeur, Intare, sorti le 21 juin 2020.

Sorah, dont les langues maternelles sont l’anglais et le français, navigue aisément dans ses textes entre les langues. Basée en Allemagne, elle préfère utiliser l’anglais pour être comprise du plus grand nombre, et commence même à rapper en allemand.

« Tout le monde écoute et échange de la musique. C’est un langage universel. »

Grande fan de hip-hop, elle se produit tout d’abord sur scène comme chanteuse. Elle débute le rap durant le premier confinement en 2020. Avec des textes engagés, le rap est pour elle le meilleur vecteur pour faire passer ses messages : « j’avais tellement de trucs à dire et le rap ça me permet de placer beaucoup plus de mots par minute, s’amuse-t-elle, je continue à chanter aussi, mais je trouve que le chant peut innocenter et réduire la colère parfois. »

Le clip du morceau « Fighters », sorti le 2 décembre 2021.

Du public d’extrême gauche berlinois…

Bien que l’algorithme Spotify lui annonce être écoutée jusqu’en Malaisie ou en Ukraine, elle considère que son public est majoritairement allemand. C’est, en effet, le lieu où elle s’est le plus produite, particulièrement dans des scènes du milieu d’extrême gauche à Berlin, ou à Hambourg.

Tourné au cœur de Berlin, le clip de Black Lives Matter, sorti en 2020 – durant les mobilisations internationales suite à la mort de Georges Floyd – est interprété en trois langues : « Black Lives Matter pour moi c’était hyper important de le faire avec Intare, l’autre rappeur qui ramène une partie en allemand. Le message est en français, en anglais et en allemand, certes il y a quelques trucs qui changent, mais le message il est le même, et j’ai envie que les gens comprennent ce que je dis. C’est important pour moi d’avoir, les mots, le flow, et les rimes. »

« J’avais tellement de trucs à dire et le rap ça me permet de placer beaucoup plus de mots par minute

Le clip du morceau « Blackout », en fetaturing avec Intare, issu de l’EP Frontlines.

… à l’international, pour faire traverser les frontières aux luttes sociales.

Influencée par leur drill, et le grime, elle aimerait augmenter sa présence en Angleterre, freinée par le contexte de crise sanitaire. En effet, celle-ci est importante pour se faire connaître à la fois du public et des médias.

C’est aussi en France qu’elle aimerait évoluer : « Les français comprennent ce que je dis. Ici je peux être sur scène et faire un texte qui est hyper profond politiquement et les gens vont le sentir, parce que la puissance des mots ne ment pas, mais si je mets autant d’énergie dans des textes qui ont du sens, j’aimerai aussi que les gens puissent le comprendre. En France il y a une autre radicalité politique, et j’aimerai que ma musique contribue à exprimer la colère contre l’Etat.»

« Plus il y a de langues mieux c’est, plus les gens comprennent. Pour moi c’est important de parler aux femmes et LGBTQI du monde entier.»

A travers ses textes anticapitalistes, féministes et antiracistes, Sorah souhaite que ses messages touchent même au-delà de l’Europe : « Il y a un rappeur palestinien que j’ai rencontré et avec qui je vais faire quelques featurings, pour faire un mélange avec l’arabe aussi. Je me sens aussi beaucoup reliée au monde arabe par mon père et ma religion. Plus il y a de langues mieux c’est, plus les gens comprennent. Pour moi c’est important de parler aux femmes et LGBTQI du monde entier.»

Indépendante et engagée, pour le grand public.

« C’est difficile en tant que femme dans le rap, mais c’est aussi difficile en tant que personne en Allemagne qui chante dans une autre langue. C’est aussi difficile d’être indépendante et de ne pas être financée » déplore Sorah, toujours déterminée à diffuser ses messages.

« J’ai déjà joué en Allemagne, un peu en France et en Espagne, et le public est toujours hyper réceptif. Ils sont heureux de voir une femme forte rapper devant eux » précise Sorah, dont la reconnaissance musicale vient surtout des milieux d’extrême gauche. Dernière frontière à traverser, sortir de la bulle militante et toucher un public plus large. C’est ce qu’elle souhaite faire dans son prochain EP, le premier en solo, qui sortira courant 2022.

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