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Faux poujadisme et vrai fascisme, le programme économique de Zemmour

Faux poujadisme et vrai fascisme, le programme économique de Zemmour

Entre poujadisme, favorable aux classes moyennes, et fascisme au service des plus riches, Zemmour a choisi le second. Avec un programme économique calibré pour les plus grandes entreprises, à l’instar du programme fasciste du siècle dernier, ils détournent les colères des déclassés déjà essorés au profit des ultra-riches vers nous, étrangers et mauvais français.

Articuler un programme économique tout entier sur diverses détestations (étrangers et mauvais français) n’est pas chose si aisée. C’est la prouesse à laquelle est parvenu Zemmour le 5 février dans un meeting à Lille. Sans surprise, les étrangers et assimilés (mauvais français donc) coûtons très cher. Taxés d’“assistés” ou de subventionnés, il nous a traités de sangsues sur le dos des bons français qui, eux, travaillent dur sans parvenir à joindre les deux bouts.

La chasse aux pauvres est ouverte

L’assistanat, voilà l’ennemi a asséné le plumitif devenu aboyeur. Pourtant, bizarrement, il n’a pas prononcé un seul mot sur les milliards de dividendes versés chaque année aux actionnaires du CAC 40. Pour quelqu’un qui fait l’apologie de l’effort et du mérite, c’est très étrange. D’autant que, justement, 2022 annonce des dividendes record pour la deuxième année consécutive en France. Si Orpea traite si mal les vieux, c’est bien pour que son PDG et les actionnaires puissent se goinfrer. C’est avec des économies sur les Pepito et les couches hygiéniques que les assistés de la Bourse s’achètent des villas. Mais de ces assistés-là, il n’en a jamais été question dans le discours de Z.

Non, de ce côté, la grande plaie des finances publiques ce sont les pauvres. Il y en a trop. Alors on va en faire pour une partie des étrangers et, pour l’autre, des fraudeurs. Les premiers n’auront plus droit à rien et les second on les chassera. Car Zemmour annonce des économies gigantesques grâce à la lutte contre la “fraude sociale”. La solution est très originale, personne n’y a pensé. À part tous les candidats de droite (RN, LREM, LR et PS mais ce dernier sans le clamer, les « socialistes » se contentant de réaliser en lousdé cette chasse aux pauvres quand ils occupent le pouvoir) relayés par la presque totalité des médias dominants.

Les millions des plus pauvres plutôt que les milliards des plus riches

L’État aura enfin les moyens de ses ambitions en éradiquant la fraude sociale. Alors, voyons voir. L’État dépense 15 milliards (2019) dans le RSA qui est la prestation sociale la plus fraudée, avec une estimation à hauteur de 335 millions (2011, enquête parlementaire). Petit problème, il y aurait surtout 600 000 ménages qui y ont droit et ne le perçoivent pas (selon la Cour des comptes, pas exactement un organisme philanthropique), soit environs 5,2 milliards de non-perçus (estimation 2011). En clair, si on faisait un peu le ménage dans les comptes du RSA, son budget devrait être augmenté de 25% (avec plus d’un demi-millions de bénéficiaires en plus).

À titre de comparaison, les dividendes espérés pour 2022 sont 66 milliards. Après, on fait mine de s’étonner que tant de Français évadent le fisc dans des paradis fiscaux. Or, chaque nouvelle révélation sur les évasions fiscales parlent en milliards, et non en millions comme la « fraude sociale ».

Il n’y a guère que des crétins finis qui entre deux mannes, l’une se comptant en centaine de millions, l’autre en dizaine de milliards, en concluent qu’il faut puiser dans la première. Ces crétins occupent la presque totalité de l’échiquier politique et médiatique. Et Zemmour, jamais en reste, veut donc accentuer ce non-sens comptable.

Entre Poujade et Mussolini, mon cœur balance

Pour Zemmour, les Gilets Jaunes constituent un mouvement essentiellement poujadiste, droitier et de classes moyennes paupérisées. (Pour lui, comme pour Le Pen, de méchants gauchistes infiltrés ont dévoyé le mouvement Gilet Jaune). Il essaye donc de séduire cet électorat, en jouant de la frustration des catégories sociaux-économiques juste un peu trop riches pour bénéficier de prestations sociales dans le régime actuel (par exemple, les bourses universitaires).

Il est vrai que le poujadisme était clairement contre les impôts sur les classes moyennes. Mais son leader, Pierre Poujade (1920-2003) s’en prenait aussi volontiers aux “gros bonnets”, aux grandes entreprises dont il dénonçait les monopoles et la mainmise sur l’État (avec celle des juifs et des étrangers, bien sûr).

Rien de tel chez Zemmour. Lui, c’est plutôt l’employé du mois de Bolloré, dont il dit, un brin lèche-cul, qu’il est “un patriote”. Logiquement, dans le même sens, sa mesure phare d’augmentation du “pouvoir d’achat” est une prime totalement défiscalisée de 3000 euros par an que pourront verser, ou pas, les patrons. Autrement dit, sa seule mesure “sociale” est un simple moyen de management offert aux patrons. Gageons que Zemmour obtiendra sa prime chez Bolloré.

Le fascisme, une garantie pour les plus riches

Zemmour élimine de ses équations les plus riches, dont il n’est jamais question de redistribuer les richesses, même à la marge. Ainsi, il se place moins dans les pas du poujadisme que ceux du fascisme. En effet, celui-ci a eu la particularité –pour un mouvement populaire- de favoriser à l’extrême les grandes entreprises de l’Italie des années 1920. De fait, avant son accès au pouvoir, le fascisme était pour bonne part une milice patronale. Les aboiements de Zemmour s’inscrivent dans cette droite ligne de mouvement populaire au service des plus riches.

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