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Paye ta déf’ #1 : L’appropriation culturelle culturelle

Paye ta déf’ #1 : L’appropriation culturelle culturelle

Dans cette nouvelle rubrique à peu près mensuelle, les mots sont passés au crible de leur définition réelle. Histoire de s’assurer qu’ils signifient la chose qu’ils désignent et surtout de savoir de quoi nous parlons. Certains sont captifs, d’autres sortis à tord et à travers. Tous nous servent à nous dire, à exprimer nos maux, nos réalités, nos perceptions, alors autant bien les définir… Alors, ce mois ci, c’est payes ta déf de l’appropriation culturelle !

20 août 2018. Madonna fait une apparition aux MTV Music Awards dans une tenue qui ressemble fortement aux habits du peuple amazigh d’Afrique du Nord. Elle est très vite accusée d’appropriation culturelle. La défense mobilise deux arguments. Primo, la tenue n’est pas un copié-collé d’habits traditionnels mais un mélange de plusieurs d’entre eux. Deuxio Madonna, à travers son geste, rend hommage aux cultures nord-africaines. Il faudrait presque l’en remercier.

Appropriation vs circulation

La notion d’appropriation culturelle ne doit pas être confondue avec celle de circulation des pratiques culturelles. Cette dernière est une forme d’échange ancienne et naturelle, entre les peuples et les êtres humains. Cette relation est le plus souvent horizontale, comme lorsqu’on un empreinte les habits ou on copie le style d’un ami ou de notre grand-mère. L’appropriation culturelle est avant tout un rapport de pouvoir, vertical et qui implique des formes de domination.

En d’autres termes, ce qu’il faut regarder attentivement lorsqu’on veut parler d’appropriation culturelle, c’est la situation politique de chacune des parties en présence. Le cas de la chanteuse espagnole Rosalía permet de mieux comprendre cette notion. Celle-ci est devenue célèbre à travers son style flamenco et gitano. Rappelons qu’en Espagne, les Gitan·es appartiennent à un peuple racialisé et minoré alors qu’iels y sont installé·es depuis le 15e siècle.

Le peuple gitan a été persécuté et criminalisé au cours de son histoire et jusqu’à aujourd’hui, les Gitan·es n’ont pas les mêmes droits que le reste des Espagnol·es. Ainsi, 80% des Gitan·es vivent dans la pauvreté et 46% dans la pauvreté extrême. Rosalía Vila Tobella n’est pas gitane, elle est une talentueuse artiste originaire de la petite classe moyenne de Barcelone.

Sa famille n’a aucun lien ni avec le peuple gitan ni avec le flamenco. Comment arrive-t-elle au flamenco ? A cause de la politique d’expropriation culturelle opérée par l’État-nation espagnol depuis le 19e siècle. Celui-ci a fait du flamenco la musique nationale espagnole. Depuis des décennies, et tout particulièrement depuis la période du dictateur Franco (1939-1975), le flamenco est enseigné dans des écoles de danse et de musique. Des professeurs et des danseurs blancs se sont appropriés ce style musical sans prendre en compte les Gitan·es.

Appropriation vs redistribution

Rosalía s’inscrit dans ce processus global. Assez jeune, elle suit des cours de danse flamenco. Puis s’inscrit à l’École Supérieure de Musique de Barcelone pour apprendre le chant et la musique. Très vite, elle se spécialise dans le style flamenco et adopte les formes d’expression culturelle des Gitan·es. Cela est perceptible dans sa manière de s’exprimer, de chanter, de danser.

Elle devient célèbre et la première espagnole à recevoir un MTV Music Award en 2019. Rosalía renforce donc le processus d’appropriation culturelle.

Elle utilise une culture qui n’est pas la sienne à des fins d’enrichissement personnel, sans jamais retourner le moindre centime au peuple gitan. Ni même une quelconque reconnaissance. Les Gitan·es ont aussitôt dénoncé son « gipsy-fake » et l’ont même accusée d’antigitanisme.

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