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Les mots captifs – La chasse aux squatteurs

Les mots captifs – La chasse aux squatteurs

Depuis le 1er février, il est désormais possible pour les propriétaires de disposer de l’aide d’un huissier de justice pour se débarrasser des occupants de leur bien. Une nouvelle loi censée lutter contre les squatteurs, ces individus qui occupent des résidences vides face à l’absence manifeste de solution alternative. Retour sur ce mot captif de « squatteur », habilement mobilisé à des fins politiques.

La voix des propriétaires n’a pas eu du mal à se faire entendre par le gouvernement. Celle des mal-logés, en revanche, peine à trouver sa place. Avec sa nouvelle mesure, le gouvernement a en effet entrepris une chasse aux squatteurs, bien appréciée par les propriétaires mais inquiétante face à la situation du mal-logement en France.

Le squat dans la culture urbaine

Il s’agit d’un terme bien connu du rap français. Le squat y est présenté comme un repère. On squatte « les dépôts » (Lunatic, « Le silence n’est pas un oubli »), « les bancs des tieks » (Sexion d’Assault, « A 30% ») ou encore « le ciment » (Djadja&Dinaz, « On reconnaît »). C’est aussi un lieu d’appropriation artistique avec, en premier lieu, le graffiti.

Pourtant, le squatteur n’a pas souvent bonne réputation. L’expression peut être perçue comme une insulte, comme en témoigne Booba dans son titre « On m’a dit » :

« On m’a dit « oh ! T’es bon qu’à squatter les halls » »

Le squatteur serait finalement celui qui ne sait rien faire d’autre que de stagner : le faignant, le dealer, le voyou.

Un cadrage bien défini

Cet aperçu du terme permet de mieux comprendre son utilisation dans le champs médiatique et politique. Le squatteur porte en lui les stigmates qui l’empêche d’être légitime. Il n’est ni question d’entrer dans la complexité de sa condition, ni dans le contexte social qui l’a amené ici.

Parler d’un squatteur, c’est le réduire à son squat ; c’est l’enfermer dans le présent. Le squatteur squatte, voilà tout.

Un mot lourd de sens

En désignant ainsi ces personnes, on se laisse le droit de les délégitimer. Parler d’une personne qui squatte la résidence d’un propriétaire est une chose. Parler d’une personne sans-abri, qui souhaite occuper temporairement un logement vacant lorsque aucune autre solution se propose à lui, en est une autre.

Une France mal-logée

Ainsi, l’instrumentalisation du problème des squatteurs occulte un véritable problème de fond : le mal-logement en France. Cela n’a rien de nouveau. Comme chaque année, la Fondation Abbé Pierre alerte sur les difficultés liées au logement. Aujourd’hui, plus de 4 millions de personnes souffrent du mal-logement, dont 1 million qui ne dispose pas de logement personnel.

Une cause qui est familière au monde du rap, à l’image du rappeur Fianso, lui-même parrain de la Fondation Abbé Pierre. A l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, le 17 octobre 2019, l’artiste recevait carte blanche pour rassembler des rappeurs lors d’un concert bénévole à l’Olympia. A l’affiche, on y retrouvait Chilla, Vald, RK, Soolking et Heuss l’Enfoiré.

Un événement fort réjouissant, dans un temps davantage à la chasse aux squatteurs qu’aux plans pour lutter durablement contre la crise du logement. Et quand le politique déserte, la culture prend le relais…

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