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Un jour j’irai à Détroit, une pièce pour allier l’art à la justice

Un jour j’irai à Détroit, une pièce pour allier l’art à la justice

Avec le devoir de mémoire comme pari, David Desclos, Stomy Bugsy et Cyril Guelle sont à l’affiche de la pièce de théâtre “Un jour j’irai à Détroit”. Entourés de murs rouges et de fauteuils en velours, les 3 hommes rendent hommage aux tirailleurs africains, aux massacrés de Thiaroye, aux fusillés et aux femmes en temps de Guerre. Une pièce plus qu’engagée pour allier l’art à la justice.

Ce n’est pas une longue tirade qu’offrent les trois hommes, mais un rappel de l’Histoire oubliée. Celui du massacre de Thiaroye, mais également du sort des soldats durant la guerre. La pièce a été co-écrite par David Desclos et Stomy Bugsy sur la base de témoignages et de documents aux côtés de l’historienne Armelle Mabon. Initialement un seul-en-scène, elle a été mise en scène par Dominique Coubes, avec l’assistance de Laura Chevalier. Elle sera lancée à Paris le 26 mars au Théâtre du Gymnase Marie-Bell. “Un jour j’irai à Détroit” relate les histoires de trois soldats. Djili Amacombi (Stomy Bugsy), tirailleur guinéen, Marcel Brovant (David Desclos), soldat français et Igor Ladzig (Cyril Guelle), soldat américain.

Tous les trois se retrouvent enfermés entre quatre murs pour les raisons les plus absurdes. Pourtant chacune est bien inspirée de faits réels. Refus de prendre le bateau de rapatriement, refus de porter l’uniforme ensanglanté d’un combattant mort et désertion. À tour de rôle, ils racontent leurs histoires qui les ont menées jusque-là. 

Dominique Coubes, Stomy Bugsy, David Desclos et Cyril Guelle ©laura.chevalier.lamu

La mémoire manquée du massacre de Thiaroye

Dans un long monologue amer, rythmé par des cris de coeur, Djili parle pour ses frères d’armes. Certains ont fait comme lui : refuser d’embarquer pour Dakar sans leur argent dû. D’autres, sont montés à bord et se sont fait tués dans le camp de Thiaroye, le 1er décembre 1944.

La pièce met en lumière le sacrifice de ces hommes, issus de toute l’Afrique coloniale française. Eux, ont donné leur sang, leur âme, quitté leurs terres pour combattre et libérer la France. Abandonnés et tués, une fois la guerre terminée. “On leur demandait de retirer leur uniforme pour les donner aux soldats blancs. La honte, pour l’armée française c’était de dire que les colonisateurs avaient été libérés par ceux qu’ils ont colonisés”, indique David Desclos.

Au matin du 1er décembre 1944, à Thiaroye, les tirailleurs africains sont de retour d’Europe. D’après la circulaire du 21 octobre 1944, ils devaient percevoir un quart de leur solde de captivité avant de quitter la métropole. Les trois quarts restants au moment de leur rapatriement vers l’Afrique. Mais après 4 ans de captivité, ils sont exécutés dans des conditions qui demeurent encore obscures. Tués pour avoir réclamer leur argent dû. “Ce qui me dépasse, c’est qu’ils n’ont jamais perçu leur solde, ni eux, ni leurs enfants, ni leurs petits-enfants”, déclare Stomy Bugsy. 

Des promesses non tenues. Une dignité non reconnue. 80 ans plus tard, ni leur histoire, ni leur bravoure, ni leur massacre n’ont officiellement été avoués. Ainsi, face à la fabrique de ce long silence, les trois acteurs montent sur les planches. “Que le sang des innocents laisse des traces. On ne peut pas effacer l’Histoire, on peut la cacher, on peut la modifier. Tout ce qu’on enterre, repousse”, précise Stomy Bugsy.

Un devoir de mémoire à la fois pédagogique et politique

La pièce de théâtre fait appel à la responsabilité pour guérir d’une plaie qui ne semble pas cicatriser. Un support autant éducatif que politique visant à bousculer le débat public. 

« C‘est un devoir de mémoire, mais surtout un devoir de création de mémoire, puisque c’est une mémoire qui n’existe pas et qui est négligée. On la survole dans les manuels d’Histoire. Pourtant l’histoire est en permanence dans le discours public avec des gens qui font dire aux morts le contraire de ce qu’ils pensaient”, explique Cyril Guelle. “J’ai été professeur d’histoire, et pour moi la valeur cardinale de l’Histoire c’est l’honnêteté.”

 La guerrecest le massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas.

Paul Valéry

Si le massacre de Thiaroye occupe une grande place sur scène, la pièce rappelle également les injustices en temps de Guerre. “L’idée c’était de rassembler tout le monde autour de la pièce et de leur montrer que les injustices peuvent toucher tout le monde. Peu importe la couleur de peau et le sexe”, explique David Desclos. “Je joue cette pièce surtout pour le devoir de mémoire. On veut la jouer dans les écoles pour montrer aux jeunes ce qu’on ne leur apprend pas.”

Stomy Bugsy joue Djili Amacombi ©David Desclos

Malgré la dimension dramatique, c’est avec humour et engagement que David Desclos, Stomy Bugsy et Cyril Guelle jouent sur scène.

Ainsi, alliant l’art à la justice, cette pièce rend hommage à tous ceux qui ont été au front, ont vécu des injustices, de la cruauté et des promesses non tenues. L’épopée héroïque des combattants africains et des soldats fusillés qui mirent leurs forces au service d’une guerre qui n’est pas la leur mérite bien cette pièce. 

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