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Traits Pour Traits – Distorsions, le déterminisme par le dessin. Portrait de Jaëraymie

Traits Pour Traits – Distorsions, le déterminisme par le dessin. Portrait de Jaëraymie

Et si Eric Zemmour s’était converti à l’Islam ? Et si Valérie Pécresse était militante LGBTQIA+ ? À quoi ressembleraient-ils ? C’est dans sa série de street art « Distorsions » que l’artiste Jaëraymie y répond en choisissant d’autres destinées aux politiques, à l’antithèse des leurs images. Une démarche artistique posée dans les rues qui retentit encore plus fort en pleine période électorale.

“Si je ne crée pas, je déprime. Je ne sais pas vivre autrement.” Alors petit, Jaëraymie collait déjà sur les murs de sa chambre des dessins et pochoirs. “J’ai toujours chercher à m’exprimer. Mais l’art au départ, c’était un petit plaisir pour moi.” De la poésie au rap, puis au street art, aujourd’hui, Jaëraymie sème dans les rues des mots, des dessins et des collages pleins d’humour, de poésie et de métaphores. Auteur de l’aphorisme “Le romantisme c’est un truc de bonhomme”, il commence, par dénoncer le machisme comme démonstration de virilité. Ainsi, il dessine des acteurs de films célèbres, comme Clint Eastwood ou Alain Delon, des roses à la main, à la place de revolvers. 

« Le romantisme c’est un truc de bonhomme » ©dans_le_cabat_de_popiet

En 2017, l’artiste autodidacte réalise sa deuxième série, “Expressions idiomatiques”, où il passe en revue, de façon ludique et imagée, les idiotismes de la langue française. Aux élections présidentielles de 2017, il tapissait déjà, les panneaux électoraux, aux côtés de Combo, de fausses affiches de campagnes détournées avec des icônes de la pop culture et du cinéma.

Je souhaite que le voile soit interdit dans l’intégralité de l’espace public.

Marine Le Pen
Personnalité alternative de Marine Le Pen dans « Distorsions » à Calais, 2022 ©Jaëraymie

Distorsions

“Si tu te mets à la place des autres, tu comprends mieux”. Parce qu’à chaque élection suffit sa peine, c’est à quelques mois de la présidentielle, 5 ans plus tard, que Jaëraymie présente sa troisième série : “Distorsions”. En mai 2020, il entame son projet en peignant des personnalités alternatives aux figures publiques. À partir de phrases stigmatisantes prononcées publiquement, il dessine l’oxymore visuel de Marine Le Pen, Éric Zemmour, Emmanuel Macron, Valérie Pécresse, François Hollande et Nicolas Sarkozy. “L’idée au départ c’était de peindre des personnalités publiques qui stigmatisent, ou qui ont stigmatisé par leurs paroles. Je voulais proposer un panel de personnes qui sont à différents degrés de pouvoir. Donc, j’ai pris deux anciens présidents, un de gauche et un de droite, le président actuel, une conseillère régionale, un éditorialiste et une candidate d’un parti d’extrême droite. Je n’avais pas les élections en tête.”

Bien sûr, disaient-ils, le nazisme est parfois un peu raide et intolérant, mais de là à le comparer à l’islam…

Éric Zemmour
Personnalité alternative d’Eric Zemmour dans « Distorsions » à Montreuil, 2022 ©Jaëraymie

“L’actualité m’a rattrapé”

L’artiste travaille aux côtés de Julien Boustani, réalisateur, et Juliette Jacobs, photographe. Étant 100% indépendant, le projet sort plus tard que prévu. Les élections approchent, les candidats, se présentant un à un à la présidentielle. De toutes les figures politiques sur lesquelles il a travaillé, 4 sont candidats à l’élection présidentielle. “En fait, l’actualité m’a rattrapé et je me suis retrouvé en janvier 2022, à quelques mois des élections avec un tout autre dilemme. J’ai commencé à poser dans la rue mon premier portrait en février pour tout finir à deux semaines des élections”.

Je vois les gens qui viennent vers moi dans les manifestations. Ce sont des pauvres, ils sont sans dents.

François Hollande
Personnalité alternative de François Hollande dans « Distorsions » à Tulle, 2022 ©Jaëraymie

Plus qu’une caricature, une fiction

Le hasard ne coïncidant en rien avec ce qui était prévu, la série qui faisait écho, malgré elle, à la présidentielle, n’avait pourtant pas cette vocation. Au delà des caricatures, l’artiste a également construit toute une histoire fictive autour des personnages, en proposant des biographies, des programmes, ainsi que des vidéos parodiques avec l’aide de monteurs réalisateurs. « J’aurais voulu aller plus loin. »

En admettant que des personnes du même sexe se marient, on ne peut pas revenir en arrière ? On ne peut pas les démarier ?

Valérie Pécresse
Personnalité alternative de Valérie Pécresse dans « Distorsions » dans le Marais, 2022 ©Jaëraymie

Le déterminisme remis en question

Partie d’un état général, comme une réaction épidermique à l’actualité, “ Distorsions ” puise son inspiration dans le déterminisme. “J’étais épuisé de voir des gens stigmatiser d’autres gens, ça me heurtait. Quand je voyais l’islamophobie ambiante, l’homophobie ambiante ou le classisme ambiant, je me sentais mal de ne rien dire sur le sujet. Et donc je me suis mis à remettre en question le déterminisme comme seul et unique voie. Et si ces candidats n’avaient pas eu leur chemin déjà tracé ? Peut-être qu’il seraient devenus autre chose. Et si Macron n’était pas président ? Peut-être qu’il aurait été Gilet Jaune.” 

Si être Gilet Jaune, c’est vouloir que le travail paie plus, et que le Parlement fonctionne mieux, alors je suis Gilet jaune.

Emmanuel Macron
Personnalité alternative d’Emmanuel Macron dans « Distorsions » à Amiens, 2022 ©Jaëraymie

“Il faut faire attention à la langue française”

Pour que ses oeuvres “puissent appartenir aux gens”, Jaëraymie éparpille ses créations un peu partout en France, en banlieue parisienne comme sur une plage à Calais, mais toujours à des endroits stratégiques. Celui de Macron est posé à Amiens, de Zemmour à Montreuil, pour leur ville de naissance. Le Pen à Calais, Pécresse dans le Marais. Celui de Hollande à Tulle où il a été Maire et Sarkozy à la Courneuve.

“On me demande encore pourquoi je n’ai pas dessiné Mélenchon, mais il faut faire attention à la langue française. Le terme stigmatisation a un sens très précis. Il ne faut pas le détourner ni le confondre à des généralités. Toutes les personnes que j’ai peint, leurs phrases ont été suffisamment violentes pour qu’elles aient un impact médiatique qui fassent qu’elles entrent dans l’inconscient collectif. On se souvient tous des “sans-dents” de Hollande ou des “racailles” de Sarkozy. »

Vous en avez assez de cette bande de racailles ? Et bien on va vous en débarrasser !

Nicolas Sarkozy
Personnalité alternative de Nicolas Sarkozy dans « Distorsions » à La Courneuve, 2022 ©Jaëraymie

Des oeuvres originales données à la rue

Jusqu’à dix jours de réalisation pour chacune, les peintures entourées d’un cadre et accompagnée d’un cartel, que l’artiste pose dans la rue, sont les originales. “J’ai essayé de donner suffisamment de clés aux gens pour qu’il se disent qu’il sont face à une véritable oeuvre d’art et pour comprendre le sens de la peinture.”

Depuis la première pose, quelques unes de ses oeuvres ont été arrachées, comme celle de Zemmour, d’autres ont été recouvertes de planches en bois, comme celle de Macron, d’autres entièrement repeintes, comme celle de Hollande, et d’autres sont restées intactes.

“C’est toujours triste de voir une de ses oeuvres originales détruite. Mais mon but c’était de les poser à l’extérieur pour qu’on les voit. À partir du moment où je donne à la rue, je dois m’attendre à toutes les réactions. Mais ce que je propose au public c’est une démarche artistique réfléchie qui m’a demandé du temps, de l’énergie, et de l’argent. Donc en ayant de l’estime pour eux, j’espère qu’ils auront de l’estime pour ce que j’ai réalisé.  

Lisez le dernier portrait de la série Traits pour Traits, une production 100% sur mesure. À chaque portrait un artiste, à chaque artiste son histoire et son engagement.

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