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Jada Pinkett Smith grande victime du sexisme à Hollywood

Jada Pinkett Smith grande victime du sexisme à Hollywood

Depuis deux semaines, la gifle de Will Smith à Chris Rock tourne partout sur les réseaux. Entre dénonciations et justifications, chacun y va de son petit avis. Désormais, c’est Jada Pinkett Smith qui concentre toutes les attaques. Pourquoi ce revirement de situation? Jada Pinkett Smith n’est-elle pas la meilleure preuve et la plus grande victime du sexisme à Hollywood ?

Un des signes du sexisme est la manière dont les femmes sont traitées en public. Un homme public, est un homme reconnu socialement, dont le nom est de notoriété publique. C’est un personnage public, toujours au masculin. Une femme publique (l’accord induit une autre signification) se fait traiter de tous les noms.

Au point qu’elle devient un prénom sur qui toustes tombent allégrement, isolée désormais de sa famille dont elle n’a même plus le nom.

« Un homme public, c’est un homme connu, une femme publique, c’est une pute », Fatal Bazooka (2008)

Ici, Jada Pinkett Smith, devenue Jada en un revers de main (c’est le cas de le dire), en est la grande victime, démontrant une fois de plus le sexisme à l’oeuvre à Hollywood, doublé d’un racisme qui ne dit pas son nom.

Une scène improbable

Chacun.e d’entre nous a, même malgré soi, vu la scène entre Will Smith et Chris Rock lors de la soirée des Oscars du 27 mars dernier. Cette scène, condamnable absolument, au même titre que toute autre forme de violence, a fait couler beaucoup d’encre. Chacun.e y est allé.e de son jugement de valeur.

Entre défense du geste pour sa “noblesse”, dénonciation de la “masculinité toxique” de Smith ou justification par un simple « pétage de plomb ». Personne n’était pourtant dans la tête de Will Smith ce soir-là.

Toujours est-il, que cette histoire pose plusieurs questions de fond. Tout d’abord, la manière dont les symptômes sont considérés comme des causes, alors qu’ils ne sont que des effets.

En effet, la gifle de Will Smith à Chris Rock est une conséquence d’une longue série d’attaques, notamment venant de Chris Rock mais pas que, envers Will Smith depuis un peu plus d’un an. En cause ? Le fait que le couple ait assumé être dans une “relation libre”. 

Un sexisme systémique

Bref, Will Smith est régulièrement moqué en raison de son choix de vie qui ne serait pas assez “viril” aux yeux de certain.es. Le fait qu’il accepte que sa femme ait eu une vie sexuelle avant (notamment avec Tupac) et en dehors de leur union est régulièrement raillé.

Nous y voilà. Derrière cette affaire, une fois de plus, c’est une certaine représentation du féminin et du masculin qui fait débat. Un homme doit-il ou non défendre sa femme ? Qui porte la culotte dans le couple ? Bref, autant de questions qui font oublier la dimension politique des chevelures afrodescendantes. Une autre manière d’invisibiliser le problème, comme souvent quand il s’agit de questions qui n’intéressent que trop peu les blancs.

Tout d’abord, même si le geste de Will Smith est absolument condamnable, il faut le remettre dans un contexte. Celui de la domination blanche masculine où les hommes blancs exercent leur domination sur les femmes blanches, qui l’exercent sur les hommes racisés qui l’exercent sur les femmes racisées. 

Un racisme qui ne reste jamais loin 

Ce n’est donc pas Will Smith qui fait preuve de “masculinité toxique”, mais le système qui valorise la toxicité. A renforcer les clichés de genre et ses atavismes par une certaine façon de filmer, d’obtenir les rôles, de vendre, de produire et de scénariser, pas étonnant que ce genre de dérive intervienne.

Bien que responsable de lui-même et de son geste inacceptable, c’est l’idéologie hollywoodienne qui fige les catégories du masculin et du féminin qui est toxique, pas Will Smith en soi.

En somme, parler de masculinité toxique ici, serait nier la dimension systémique, pour ne voir qu’un individu qui dérape.

Cela revient aussi à nier la dimension raciste. En effet, cet acte dit bien combien les noirs sont encore et toujours là pour faire le show pour les blancs. Et c’est précisément là que le show était pathétique.

Encore une fois, des noirs en viennent aux mains, quand l’enjeu est précisément de donner à voir autre chose de la communauté, comme le dit très bien KAJ. N’est-ce pas finalement ce qui arrange Hollywood ? La question se pose.

Comment comprendre autrement que Will Smith soit banni des Oscars pour les 10 ans à venir quand il n’en a jamais été question pour toutes celles et ceux qui sont visé.es par des mises en accusation ou des mises en examen

La mise à mort publique de Jada Pinkett Smith : le sexisme à son paroxysme

Au-delà de la mise en abîme médiatique de Will Smith, de nombreux internautes se sont emparé.es de la question pour soutenir leur idole. Sauf que pour beaucoup il s’agit surtout d’attaquer Jada Pinkett Smith. Depuis quelques jours, fleurissent ici et là (mais surtout sur Twitter étrangement) des piques plus ou moins déguisés pour rappeler combien tout ça est de sa faute.

Elle devient la grande responsable du drama Smithien : tromperie (dans une relation libre, lol), révélations privées sur eux (dans un talk show dédié), abus de la notoriété de l’acteur. Elle serait donc sa “malédiction”, la “sorcière” de Hollywood, voire le pire cauchemar de tout à chacun… Ça va le sexisme, tranquille ?

Tout ça pour quoi ? Parce qu’elle a dit avoir eu une aventure avec Tupac avant Will ? Quand il s’agit de défendre l’honneur des hommes « bafoués » par les « raids féministes », il y a du monde. Mais quand une femme se fait lyncher publiquement, étrangement il n’y a plus grand monde.

Sexisme, vous avez dit sexisme ?

  • Jada Pinkett Smith est devenue tout simplement “Jada”. Elle n’a plus de nom de famille, est donnée en pâture à la mêlée.
  • Tous les torts lui sont attribués et elle devient responsable de tous les malheurs de son mari, sans autre forme de procès que de détourner ses propos.
  • Elle est à la Une des journaux sans n’avoir rien fait, mais elle volerait la vedette de son mari et surferait sur son buzz pour la plupart. Elle serait forcément calculatrice et intéressée.
  • Plus personne ne se soucie ou ne se souvient qu’au départ, c’est elle qui est victime d’agression, que c’est Sa pathologie physique qui a été moquée.
  • Aujourd’hui, c’est sa sexualité et sa vie intime qui est exposée et jetée en pâture pour démontrer sa moralité douteuse. Autrement dit, c’est sa dignité qui est attaquée sans aucun état d’âme.

Des femmes publiques jamais bien vues

Dans le magazine La Deferlante, Clémentine Autain et Agnès Jaoui faisaient aussi le constat qu’être une femme personnage public est bien plus dangereux que pour un homme.

Toutes sont transformées en épouvantails et sources de moqueries, humiliations et autres réjouissances notamment sur internet. Toujours réduites à leur sexualisation. Qui la baise ? Qui a-t-elle baisé pour être ici ? Comment se fait elle baiser ? Quand les hommes sont jugés pour leurs idées, leurs propos, leurs actes.

Une femme au pouvoir ou une femme qui réussit, c’est suspect. Elle doit forcément être un peu sorcière ou un peu pute… ou les deux ! 

A croire que le sexisme est toujours aussi fort que dans les années 70.  Le syndrôme Yoko Ono a encore de beaux jours devant lui, malheureusement.

Si un homme a des gestes répréhensibles, mieux vaut chercher du côté de sa femme pour le comprendre, surtout pas dans un système qui porte aux nues le virilisme. Pourquoi remettre en question le système puisqu’il semble si efficace, si parfait aux yeux de la plupart ?

Et ce, même si certains dans le club refusent la carte de membre, n’est-ce pas Keanu ? Toi même tu sais que la redpill, c’est sortir de cette domination masculine blanche et capitaliste. Pour cela, reste à ne pas se faire avoir par les sirènes hollywoodiennes !

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  • Merci pour cet article, très intéressant. Malheureusement il ne s agit pas d un syndrome Yoko Ono. Certaines femmes sont mauvaises de par leur attitude, influence et toxicité. Tout comme il existe des hommes du même profil. Celle-ci hélàs est de cette catégorie, il suffit de l observer et de l écouter parler, avant cette histoire elle me faisait penser à une sorcière Disney, intuitivement. Cela n a rien a voir avec du sexisme.

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