pixel
Now Reading
« Serviteur du peuple », Partie 1 – Un scénario clairvoyant

« Serviteur du peuple », Partie 1 – Un scénario clairvoyant

Dans « Serviteur du peuple », le président ukrainien, Volodymyr Zelenskiy, jouait déjà le rôle de sa vie sans le savoir. Aujourd’hui la série comique et loufôque pour l’époque revêt une signification particulière.

Ecrite, réalisée et jouée par Volodymyr Zelenskiy, la série « Serviteur du peuple », sortie entre 2015 et 2019, se compose en 3 saisons et 51 épisodes. Mêlant le genre comique et politique, elle raconte l’élection d’un professeur d’histoire devenu président de l’Ukraine contre toute attente. Loufôque pour l’époque, la série traduit la réalité d’aujourd’hui, tant sur l’élection de Zelenskiy que sur la politique ukrainienne. Produite par la société télévisuelle studio Kvartal 95, fondée par Zelenskiy en 2003, la série se place rapidement à la tête des succès de la télévision ukrainienne. Aujourd’hui, d’une clairvoyance déconcertante, elle suscite un regain d’intérêt et une hausse des visionnages, sur Netflix américain comme sur Arte

Bande d’annonce « Serviteur du peuple ».

Parfois comique, parfois satirique et parfois engagée, la série brode un aperçu de la réalité ukrainienne. Des coulisses de la corruption politique aux revendications du peuple ukrainien, elle est en fait largement tourné vers l’Ouest. Elle exprime tous les problèmes sociaux, économiques et politiques d’un pays qui tente tant bien que mal d’adhérer à l’Union Européenne. Truffée de messages contre l’élite du pays, la série vise également le pouvoir russe. Toujours pour s’en moquer mais jamais ouvertement évoquée. 

Un anti système populaire

Dans cette série satirique, Volodymir Zelenskiy interprète Vassili Petrovitch Goloborodko, un humble professeur d’Histoire. Venant d’une modeste famille ukrainienne de Kiev, Vassili apparaît comme un adolescent incapable de préparer son petit déjeuner ou de repasser sa chemise. Des nuits passées à rêver de Plutarque, de Che Guevara, Louis XVI et Iaroslav le Sage (le seul Ukrainien du lot), il ne s’épanouit qu’en classe où il partage ses opinions idéalistes sur la démocratie et l’humanisme. Surnommé par sa famille Vassia, le personnage n’a rien d’un héros et tout d’un simple citoyen, honnête et révolté. Révolté contre le pouvoir absolu, contre la corruption, les discours mensongers et l’hypocrisie de la politique. 

Un jour d’école, Vassia se fait filmer à son insu lors d’une discussion privée avec un de ses collègues où il s’emporte dans un discours antisystème. Involontairement, Vassili dit tout haut ce que le peuple pense tout bas. Cette vidéo, diffusée sur les réseaux sociaux, devient virale, à croire qu’il met tout le monde d’accord. Elle séduit les internautes ukrainiens et ses étudiants se mobilisent via un site de financement participatif pour lancer sa campagne. Le voilà désormais embarqué contre son gré dans la bataille électorale. 

Un réformateur au pouvoir

Dès le premier tour, Vassili réunit 67% des suffrages. L’arrivée de cet anti-héros au pouvoir ravit les oligarques corrompus qui espèrent en faire leur marionnette. Mais rongé par la corruption, Vassili, l’homme honnête et incorruptible se veut justicier et réformateur. Le pays se retrouve avec un président qui vit dans un modeste appartement, se déplaçant sans gardes du corps et ne voulant pas toucher à l’argent de l’État. Lorsqu’il arrive dans la capitale en tant que président, il est présenté à un défilé de membres du personnel. Cette masse salariale gouvernementale, comiquement gonflée, comprend plusieurs esthéticiennes, masseuses, un « motivateur personnel » et même la psychologue du psychologue.

Mais malgré sa naïveté un peu trop prononcée, Vassili joue au milieu des élites, avec la farouche volonté de faire le ménage au sein du gouvernement contre le copinage et les privilèges. Un jeu qu’il pense mener. Mais à l’autre bout de la laisse se trouve Yuriy Ivanovich Chuiko, le premier ministre. Lui, se présente comme le conseiller au service du président. Mais dès la première saison, on le voit déjà converser avec les oligarques du pays. Dans une étude sortie en 2021 sur « Serviteur du peuple », les auteurs, Nataliya Roman, Berrin A. Beasley et John H. Parmelee écrivait que l’intrigue, bien qu’elle soit fictive, fait référence à de vrais problèmes ukrainiens. »

Entre fiction et actualité

À mi chemin entre la satire de Veep et West Wing, la série se regarde à travers le prisme de l’Histoire en devenir. Alors qu’aujourd’hui l’Ukraine se bat pour son avenir, la série évoquait déjà la question européenne. C’est dans l’épisode 18 que la série évoque l’actualité ukrainienne, quand Vassili reçoit un appel d’Angela Merkel, l’ex-chancelière de l’Allemagne, qui lui annonce l’adhésion de l’Ukraine dans l’Union Européenne. Un appel qui était en fait destiné au président du Montenegro. Cette scène, pour le moins satirique, fait écho à la réelle demande du président Zelenskiy pour l’intégration « sans délai » de l’Ukraine dans l’UE depuis l’invasion de la Russie, – alors que commission européenne a ouvert la voie à une réelle adhésion. Une autre scène, tournée comme un malentendu comique, s’apparente à l’actualité lorsque une météorite se dirige vers Kiev pour rayer l’Ukraine de la carte. Son premier ministre,  Yuriy Ivanovich Chuiko, s’étonne que Vassili n’ai pas fui le pays.

“La guerre a commencé il y a 8 ans”

Ce n’est pas simplement la vie imitant l’art, c’est l’art qui semble avoir alerter sur ce qui pourrait arriver.  Dans la série, les rapports tendues entre l’Ukraine et la Russie apparaissent occasionnellement. À coup de phrases et d’images subtiles, la série porte la représentation des relations russo-ukrainiennes. Elles, sont épineuses. Angoissantes pour l’Ukraine, irritantes pour la Russie et désolantes pour le Monde. Encore une fois, la réalité aura dépassé la fiction. Ce 24 février, alors que les nations referment la page des Jeux Olympiques de Pékin, Poutine annonce l’invasion par le nord de l’Ukraine. Mais les visées impérialistes de l’homme rouge, qu’on dit imprévisible, ne datent pas d’hier. Comme le déclarait Volodymyr Zelenskiy dans une récente interview : « La guerre a commencé il y a 8 ans quand la Russie lance l’annexion de la Crimée. »

View Comments (0)

Leave a Reply

Your email address will not be published.

Scroll To Top